Pour faire suite à mon
dernier article, je remarque que la propagande venant des USA a récemment
changé sa « narrative ». Autrefois, c’est-à-dire, avant la seconde
irruption du bébé géant dans la Maison Blanche, elle consistait à
prétendre que le chaos exporté par ses bras armés (Ministère de la Guerre, CIA,
une ribambelle d’ONG à son ordre…) était une nécessité dictée par la
« liberté et la démocratie » et d’affirmer haut et fort que la guerre
c’est la paix, quand elle est menée par les gens biens, qui sont occidentaux et
plus particulièrement étasuniens, cela même si cela doit coûter la vie à des
milliers, ou millions, de civils. Refaire la liste de ce type d’actions depuis
1945 vous fait commencer par la Corée peu après la seconde guerre mondiale et
finit (à l’heure actuelle mais la liste est toujours en cours évidemment) par
Cuba aujourd’hui, complètement asphyxiée par le blocus naval de son détestable
voisin. Trump a changé tout ça. Il faut d’ailleurs le mettre à son honneur, si
on ose dire, d’avoir clarifié considérablement la politique réelle des USA.
Avec lui, il est impossible de continuer avec l’ancienne bonne parole :
qui pourrait dans son bon sens encore la prendre au sérieux, n’est-ce
pas ? Le contenu de la propagande a donc dû s’adapter à ces nouvelles
façons du grand faiseur de chaos. La raison invoquée habituellement, à savoir
donc d’apporter liberté et démocratie à tous ces pauvres peuples tyrannisés et
trompés par leurs leaders, est devenue secondaire et souvent carrément omise.
Va-t-on apporter la liberté et la démocratie aux Cubains, aux Vénézuéliens, aux
Iraniens, aux Palestiniens ? Non, bien sûr. On va simplement leur prendre
le peu qu’ils ont, dans la tradition bien établi des USA, inchangée depuis des
siècles elle, qui est de voler les pauvres pour donner aux riches. Et on leur
remettra un pourcentage symbolique pour le prix de leurs richesses exploitées
par l’oligarchie étasunienne. C’est le deal : il n’y en a aucun autre.
Notez bien que cela n’a rien de nouveau, cela a toujours été le deal depuis le
temps des colonies, sujet que nous autres Français maîtrisons fort bien, même
si nous invoquions d’autres raisons nobles et vertueuses, comme d’apporter le
progrès, l’instruction et les bonnes manières. La seule différence avec Trump,
c’est la manière : les masques sont tombés. Les pirates, les
assassins et les bandits ne font même plus semblants d’être autre chose que ce
qu’ils sont.
Dans ce nouveau paradigme, l’avenir de pays comme Cuba paraît très sombre. Il
faut d’ailleurs saluer le courage et la ténacité hors du commun des Cubains
pour avoir résisté depuis plus de soixante ans aux pressions, comme disent les
gens bien élevés (des sacrés hypocrites), venues de leur voisin du nord.
Comment cette île à un jet de pierre des USA, pas très grande qui plus est, a
pu survivre et garder sa souveraineté aussi longtemps dans ce contexte, est une
sorte de miracle à mes yeux. Cela l’est d’autant plus si on compare avec le Vénézuéla.
Celui-ci avait l’avantage de la taille, de ne pas être une île et de se situer
un peu plus loin de l’étoile de la Mort. Cela n’a pas suffi. En une seule
opération d’une nuit, son président a été enlevé, emprisonné et le reste du
gouvernement s’est empressé de confier les clés du pays à la CIA (presque
littéralement). Certains commentateurs bien intentionnés mais visiblement
aveuglés par leur foi dans les idéaux généreux des Chavistas sont encore à
chercher un sens à tout ça comme si ce n’était pas évident. Non seulement,
Maduro, président légitimement élu et reconnu par l’ONU, a été vendu ou disons
échangé contre quelques assurances, par ses propres frères (ou sœurs dans ce
cas) Chavistes, mais les intérêts du pays ont été vendus à l’envahisseur Yankee,
probablement pour une poignée de dollars. Il est impossible d’interpréter
autrement la visite du directeur de la CIA à la présidente par intérim Delcy
Rodriguez immédiatement après l’opération Maduro et le comportement de celle-ci
devant son nouveau patron. Les gens au pouvoir nominalement sont toujours les
mêmes (hormis le principal bien sûr qui est parti pour croupir à perpétuité
dans sa geôle new-yorkaise, sauf si quelqu’un décide d’abréger ses jours selon
la méthode Epstein Express) mais le régime chaviste est tombé en l’espace de
quelques semaines.
Cuba résiste toujours. Mais pour combien de temps encore ? Je ne suis pas spécialement
fan du castrisme ou du chavisme ou d’ailleurs de n’importe quel autre isme mais
je reconnais aux peuples comme aux individus le droit de faire leurs propres
choix, même si ce sont des erreurs. Ce principe est d’ailleurs, sous une forme
plus policée, passé dans la charte des Nations Unies (mais que plus personne
n’écoute, semble-t-il).
Le gouvernement Trump est en train de créer, en toute connaissance de cause,
une catastrophe humanitaire à Cuba. Sans pétrole, une économie moderne ne peut
tenir plus de quelques semaines (si vous ne le croyez pas, essayez ça en France
et vous verrez le résultat ; c’est d’ailleurs à peu près la seule façon de
sortir de l’impasse dans ce pays : bloquons le pétrole et dans deux
semaines tout le monde est dans la rue, même les invalides, même les
paraplégiques). J’ai entendu à ce sujet Ben Norton, excellent journaliste et
très pointu sur l’Amérique Latine (voir plus bas sa vidéo) dire que les Chinois
allaient faire quelque chose à ce sujet et envoyer des panneaux photovoltaïque
aux Cubains. Quelle blague ! Norton est intelligent et très compétent en
géopolitique américaine mais il est clair qu’il a sauté les cours de sciences
dures ou même pas si dures que ça durant son parcours scolaire. Ce n’est pas
avec un panneau photovoltaïque que tu vas faire marcher ta vieille 404 ou ta
pétrolette et aller au boulot pour gagner de quoi acheter du pain. Et le
boulanger ne va pas faire fonctionner son four avec un panneau voltaïque.
La Russie, paraît-il, s’apprêterait à envoyer un pétrolier à Cuba. En tout cas,
les USA ont déjà menacé les Russes de les sanctionner s’ils osaient venir en
aide aux Cubains, ce qui a dû les faire bien rire. Il est évident que la
tactique Trump est recopiée sur celle de son copain Netanyahu, encercler,
affamer, empêcher toute aide et au besoin bombarder si les malheureux
protestent un peu trop bruyamment. Ce serait une bonne initiative de la Russie
mais est-ce seulement possible ? Cuba est bien loin de la Russie et la
Russie n’a plus le pouvoir de dissuasion de l’URSS à l’époque de l’affaire des
missiles cubains. Et les USA d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier : ils
sont totalement hors de contrôle, ont jeté tout semblant de moralité à la
baille. Comment le Kremlin va-t-il protéger son pétrolier ? je ne sais
pas. Je suis sûr d’une chose en tout cas, Poutine ne démarrera pas une guerre
frontale avec les USA pour Cuba, et donc la troisième guerre mondiale, quelle
que puisse être sa sympathie pour ces ultimes résistants d’Amérique.
Le sort des Cubains ne fait malheureusement que peu de doutes. Trump est à la
recherche de fruits faciles à cueillir pour redorer son blason avant les
midterms qui arrivent à la fin de l’année. Le Vénézuéla n’a pas suffi. Le
Groenland pourrait être une bonne option, très facile, mais compliquée à
présenter même pour ses donateurs peu délicats. Reste Cuba. L’ardeur des
premiers révolutionnaires est passée, Il n’y a plus de Che Guevara pour exalter les foules, l’URSS n’est
plus là pour faire contrepoids ; la bête féroce et puissante qui a juré sa
mort est maintenant totalement déchaînée et ne se soucie plus de respecter même
les formes du Droit international. Je ne crois pas que la Russie actuelle puisse
les sauver : elle a trop à faire avec le proxy de l’Empire que certains s’obstinent
à appeler l’Ukraine ; si elle doit faire un effort supplémentaire pour un
allié, ce sera l’Iran qui est un enjeu stratégique bien supérieur pour la
Russie (et beaucoup plus proche d’elle, beaucoup plus facile à ravitailler en
objets volants par exemple). Quant à la Chine, n’en parlons pas, elle ne battra
même pas des paupières quand les petits enfants cubains se feront découper au sabre à cane.
Et malheureusement, le sort des Cubains en général et des castristes en
particulier sera épouvantable, bien pire que celui du couple Maduro. Le siège
total du pays est en cours. La haine que les USA vouent à Cuba est clairement
personnelle et c’est une haine de longue date, rancie et mortelle. Pourquoi une
telle haine pour un pays, un peuple qui ne présente aucun danger pour les Etasuniens,
qui n’a jamais eu aucune intention d’attaquer son grand voisin et qui n’en a évidemment
pas les moyens semble incompréhensible. En fait le seul tort des Cubains (dans
leur grande majorité) est d’avoir choisi un autre chemin, de ne pas vouloir
danser sur la musique yankee, et de se trouver, par manque de chance, juste à côté. Bien sûr, il y a
quelques raisons plus particulières, comme le fait que nombre de Cubains de l’ère
pré-Castro ont immigré aux USA, souvent avant même la chute de Baptista, ce
grand ami des maffieux et ceux-là ont des comptes à régler. Pensez seulement à
Rubio, ce fils d’émigré cubain, celui qu’on a surnommé aux USA Narco Rubio,
avec la main mise sur l’île. Imaginez la destruction et le chaos et la
vengeance qui vont s’abattre sur la Havane. Ce sera bien pire qu’un cyclone de
catégorie 5. Oh, ils ne vont pas procéder à un génocide comme leur "maître à penser" en Palestine, ils vont juste détruire totalement leur société, piétiner
absolument tout ce qui rappelle l’héritage castriste, une bonne partie de l’histoire
de ce pays donc, et remplacer les universités et les hôpitaux (toujours de
bonne qualité à Cuba malgré les décennies d’embargo et le manque de matériel)
par des casinos avec la bobine du bébé géant en néons tricolores.
La capture de Maduro et de l’État
vénézuélien rentre parfaitement dans la catégorie du colonialisme. La capture
de Cuba sera bien pire, car il s’agira de totalitarisme en action, sans frein
ni limite. Le sale boulot sera fait pour l’essentiel par des Cubains, toute la
racaille que pourra réunir l’Oncle Sam dans cette île, même s’il faut vider les
prisons cubaines pour ça. Ce sera une orgie de violence et de vol comme en Lybie, comme en Syrie, comme en Ukraine.
Pauvres Cubains !
Je vous recommande la vidéo suivante, de Ben Norton, qui en sait bien plus long
que moi sur l’histoire, la situation actuelle de Cuba. Son journalisme n’est certainement
pas objectif, comme disent les demi-savants, et milite clairement à gauche mais
ses exposés sont très bien faits, toujours étayés par des sources non suspectes
de "gauchisme" et je défie quiconque de trouver plus percutant sur
le sujet en trente minutes.
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