dimanche 1 février 2026

De la différence entre de la bonne et de la mauvaise propagande

Ayant déjà écrit un excellent article sur la propagande, ici, je ne vais pas recommencer et risquer d'être moins bon. Ce nouvel article est plutôt une illustration de ce qu'est la bonne propagande par rapport à la mauvaise.

Dernièrement donc, je suis tombé sur une vidéo anglophone discutant de la reconstruction de Marioupol après-guerre, c’est-à-dire très précisément après mai 2022. Sans surprise, cette thèse avec images en boucle venait de Grande-Bretagne, grand fabricateur de propagande russophobe s’il en est. L’angle du réalisateur était assez nouveau pour moi (mais pas sa conclusion) surtout par rapport à son point de départ. En fait, je n’ai jamais vu un tel biais propagandiste, même pourtant chez ceux qui y ont le plus d’intérêt, je veux dire chez les nationalistes ukrainiens. Ces derniers en effet soit évitent de parler du sujet soit font des reportages style radiotrottoir en mode cherry-picking (comme chez nous quoi) puisque les journalistes pro-Zelensky sont toujours autorisée à travailler en Novorussia et qu’on peut toujours trouver des mécontents, en tout temps et en tout lieu, n’est-ce pas. Cela m’a suggéré les réflexions suivantes.

Marioupol est anciennement une ville du sud-est de l’Ukraine, maintenant rattachée à la Russie. Avant la guerre, elle comptait environ quatre cent mille habitants. Les milices nationalistes Azov d’inspiration nazi (ce n’est ni une hyperbole ni une caricature : leur grand homme étant Bandera, un nazi pur jus quoique ukrainien), devenues maintenant une brigade de l’armée régulière du sous-Reich, occupaient cette ville avant mai 2022 avec toutes les conséquences désagréables qu’on imagine pour les habitants de culture russe, à savoir quatre-vingt-dix pour cent de la population totale : harcèlements, arrestations arbitraires, disparitions pures et simples. Remarquons que la milice à pris le nom d’Azov justement parce qu’elle s’est établie à Marioupol, située au bord de la mer d’Azov et non parce qu’elle en est originaire (en fait la plupart de ses militants viennent de la Galicie, tout à l’ouest de l’Ukraine, côté Lvov et Ivano-Frankivsk). Suite au déclenchement officiel des hostilités (en réalité déjà bien commencées dès 2014) en février 2022, l’armée russe venue de Crimée a rapidement coupé le soi-disant bataillon Azov (en fait de la taille d’une brigade, plusieurs milliers d’hommes) de ses arrières et de toutes ses voies d’approvisionnement. Les Russes ont tout aussi rapidement libéré plusieurs villes sur leur chemin menant à Marioupol, comme la ville portuaire de Berdiansk, et finalement entamé le siège de la ville ou toutes les troupes Azov s’étaient repliées, très précisément dans le complexe industriel géant d’Azovstal (en russe, l’acier d’Azov). L’armée ukrainienne a tout fait pour essayer de débloquer le siège, puisque les militants Azov sont une des principales pierres d’assise du régime au pouvoir à Kiev, envoyant même quelques commandos héliportés pour sauver les officiers supérieurs, qui se sont tous très mal terminés. Elle a échoué. Et finalement, entre mille et deux mille soldats survivants d’Azov sont sortis de leur trou et se sont rendus en mai 2022. A cette époque, le pouvoir russe a montré une naïveté coupable, ce qui lui arrive régulièrement (cela fait partie du charme russe, disons) en confiant les principaux officiers du bataillon Azov au pouvoir turque (qui possède un tout autre genre de charme) avec la promesse qu’ils seraient retenus le temps de la guerre. Naturellement, la promesse du turc Erdogan ne valant par un kopek, tous ces officiers ont été relâchés et renvoyés à Kiev, sans doute à la suite de quelque marchandage avantageux avec Washington pour les Turcs. C’est pourquoi il existe toujours aujourd’hui une brigade Azov, même si les soldats ont changé.
Lors de l’assaut puis du siège, la ville a été très sérieusement démolie, en particulier par les troupes d’Azov durant leur fuite. Les chiffres varient mais on peut estimer qu’au minimum un bâtiment sur deux a été détruit entièrement ou gravement endommagé. Actuellement, selon les dires d’habitants plutôt bien informés de Marioupol, il y aurait environ trois cent vingt mille habitants et la ville ne cesse de voir sa population augmenter. Elle augmente parce qu’une partie des populations déplacées lors des combats est revenue (de Russie pour la très grande majorité) et parce que les travaux de reconstruction ont amené de nouveaux habitants, pas toujours russes et encore moins ukrainiens, d’Asie Centrale mettons (les Russes ont eux aussi leurs immigrés). Enfin, les habitations flambant neuves et les prix de l’immobilier étant relativement bon marché pour un Russe, cela a attiré un certain nombres d’opportunistes argentés dans la ville.
La vidéo en question ne cherchait pas à nier l’ampleur des reconstructions : lignes électriques, eau courante, réseau d’assainissement des eaux, gaz, routes, immeubles, écoles, terrains de jeux, hôpitaux, bâtiments administratifs, théâtres, parcs, plages même, tout cela a été refait, souvent à neuf. Elle ne cherchait pas non plus à nier que la population locale, dans sa très grande majorité, est plutôt ravie du changement de “propriétaire”. (Il y a des russophobes partout y compris à Marioupol mais leur nombre est tout à fait gérable sans avoir recours à des mesures discriminatoires ou punitives : qu’ils parlent ukrainien, qu’ils vitupèrent contre les « Moskals » si ça leur fait plaisir, du moment qu’ils ne nous emm… pas semble être la philosophie ordinaire du Marioupolais. On peut même trouver des habitants qui déplorent ouvertement les reconstructions russes de la ville, trop modernes à leur goût, trop propres, qui regrettent le charme, le pittoresque du vieux sud ukrainien et il y a certainement une part de vérité dans leurs plaintes, mais ces gens sont une toute petite minorité). Le biais du réalisateur ne se trouvait pas là. Plus subtil, plus factuel aussi que la majorité des reportages à charge, pas difficiles à trouver sur Internet, il insinuait un raisonnement très curieux, établissait des relations de cause à effet pour le moins particulières. En effet, selon lui, si la Russie s’occupait si bien de la ville, ce n’était pas du tout, comme un esprit naïf pourrait le croire, par fraternité, charité, compassion, mais uniquement par un calcul politique froid et dénué de toute espèce de gentillesse (comme un Russe qui, comme on le sait sont froids et pas gentils) : car si elle ne le faisait pas, cela aurait engendré du chaos, de la colère contre l’occupant et qui sait — on a toujours le droit d’espérer, hein — le renversement du gouvernement et du grand méchant Vlad, l’empaleur de bébés, 
l’empoisonneur universel, le destructeur de nations libres et démocratiques.

Bizarrement, à aucun moment dans ce film ne transparaissait l’idée que la motivation principale ou au minimum une des motivations de ces milliers de reconstructeurs, de bénévoles venus de toute la Russie (y compris du Donbass) pouvait simplement être le désir de venir en aide à ces populations qui ont souffert durant huit ans comme aucun Européen modernes, même pas les Serbes, n’en ont la moindre idée.

 

Et pour finir, ci-dessous, une très belle histoire, très émouvante, en images elle aussi même si celles-ci n’ont à peu près aucune importance. Ce n’est probablement pas un documentaire au sens propre, une histoire vraie comme disent les candides, mais les petits détails sonnent beaucoup trop juste pour que ce ne soit que de l’imagination et de l’art du conteur, qui rassemble ici le grand talent de l’écrivain et du comédien. Je ne mets jamais en principe de vidéo en russe sur ce blog puisque personne ou presque ne comprend cette langue en francophonie mais je fais une exception pour celle-ci d’une qualité assez incroyable (sauf l’image, un simple support, qui tourne en boucle). Les sous-titres en anglais et en français sont disponibles pour vous aider et j’ai pu vérifier que la traduction anglaise au moins est correcte. Deux choses importantes : la narratrice et le texte qu’elle lit sont réels, produits du savoir-faire humain : pas d’IA* là-dedans ; tout le reste est possiblement faux, y compris les noms et les têtes de jolies femmes.

I.A. : Idiotie Automatisée




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