dimanche 27 septembre 2026

Timber Timbre de Taylor Kirk (ou vice-versa) : trop vieux pour mourir jeune

 


    Je ne pensais pas écrire un nouvel article musical cette année et plutôt poursuivre dans une veine vastement philosophique mais j’ai été récemment frappé, avec retard comme souvent, par une nouvelle concernant Taylor Kirk, ce genre de nouvelles qu’on qualifie coutumièrement de triste : celle qu’il craignait et vénérait depuis toutes ces années, sa muse la plus fidèle est venue toquer à sa porte en avril de cette année. J’imagine que ça n’a pas été une grande surprise ; il l’attendait depuis longtemps, la belle dame de ses rêves. Mais nous ne sommes pas jaloux. Nous avons tous à notre tour rendez-vous avec cette belle inconnue, n’est-ce pas ?
Si j’étais un glorieux adepte de la grande science numérologique, je soupçonnerais que les nombres pairs aient un effet vibratoire fortement négatif sur Timber Timbre et plus précisément sur son chanteur, auteur, compositeur principal et généralement unique, Taylor Kirk. Et je ne dis pas ça (seulement) parce qu’il est mort en 2026, année paire, en avril, mois pair, un mardi 14, jour doublement pair, à 44 ans, autre nombre pair, beaucoup trop jeune pour mourir mais néanmoins « trop vieux pour mourir jeune », comme il chantait avec, je crois bien, un brin d’auto-dérision en plus de son cynisme habituel. Cela n’aurait rien pour m’étonner car j’ai personnellement un problème avec les années impaires, depuis au moins ma naissance. Et comme Kirk est l’inspirateur et le créateur essentiel du groupe, ces mauvaises ondes émises par les nombres pairs permettraient ainsi de trier aisément les bons albums des moins bons du groupe : il suffirait de considérer le numéro d’opus ou bien l’année de fabrication ou les deux ensemble et de croiser les données. Moi, je sais quand j’écris des histoires et les années paires, à une seule exception près, sont nettement plus fécondes et productives que les années impaire. Vous pouvez rire ou hausser les épaules de pitié, mais c’est un constat brut (je ne sais pas si ça marche aussi pour les articles, il faudrait que j’étudie la chose). Et si ça marche pour moi, me dis-je, ça peut marcher aussi pour d’autres, alors pourquoi pas Kirk.
Bon, je ne sais pas en quelles années ont réellement été conçus, imaginés, composés les différents albums de Timber Timbre et c’est ce qui compte, n’est-ce pas, plutôt que la date de sortie. Restent pour le confirmer les numéros d’opus de ses œuvres, en solo ou en groupe. Les opus 1 et 2, Cedar Shakes et Medicinals, ne se distinguent pas clairement à mes oreilles, sinon que les rythmes du second sont un peu plus monotones. Ce qui est clair, c’est que ces disques (des projets solo de Kirk en réalité) ont un son un peu trop brut et râpeux pour coller vraiment avec le tour d’esprit plutôt sophistiqué et quelque peu torturé de leur auteur. Mais pour la fraîcheur et le charme, je mettrai en effet le numéro 1 avant le numéro 2, d’une courte tête. C’est vraiment avec l’opus n° 3 et tout le confort moderne apporté par un vrai studio d’enregistrement et de vrais musiciens d’accompagnement, ce qu’on appelle un groupe quoi, que les morceaux de Kirk prennent leur envol et en fait atteignent immédiatement leur altitude de croisière, une altitude tout à fait impressionnante, presque stratosphérique, certes plus élevée que les voies trop fréquentées des gros porteurs ordinaires. C’est effectivement une des caractéristiques de la musique de Timber Timbre quand elle est réussie, que d’être à la fois très sombre, très louche, très creep, creepy, creeping pour reprendre une famille de mots visiblement appréciée de Kirk, et pourtant faite d’une matière très aérée, très spacieuse, très claire. L’opus n°3, sans autre nom que celui du groupe, est donc une telle réussite. S’il a des défauts, je ne les ai pas trouvés. Toutefois, si j’ai choisi un titre de cet album pour illustrer musicalement et orner graphiquement la tête de cet article, ce n’est pas parce qu’il est mon préféré mais parce que c’est leur pochette la plus réussie, selon moi (j’espère que vous êtes en train d’écouter ce morceau tout en lisant mon article : très belle musique, n’est-ce pas ?). L’opus suivant, le numéro 4 donc, intitulé Creep on creepin’on, est un creux entre deux sommets, ce qui confirme la règle de fer édictée plus haut. Ici, le groupe fait ce que j’appelle de l’autoparodie, ce qui est un peu tôt après un seul album (de groupe). De toute façon, c’est un genre que j’apprécie peu en général et encore moins dans ce cas précis. Il faut ici dire un mot de l’univers personnel particulier de Kirk (c’est vraiment le sien et seulement le sien).
À mon avis très influencé par le cinéma (en plus de sa propre biographie), celui qui est « noir c’est noir il n’y a plus d’espoir » qui va de Freaks ou de M le Maudit jusqu’aux plus récents Seven, Zodiac du spécialiste es-serial killers, le talentueux David Fincher (je recommande d’ailleurs plutôt sa série télé Mindhunter, assez récente pourtant, d’une sobriété remarquable et dénuée du voyeurisme presque inévitable avec ce type de sujet). La caricature d’un genre déjà très lourd, même mêlée d’auto-dérision, donne ici un résultat assez irritant quoique non dénué de séductions sonores, et de toute façon très inférieur à l’opus précédent, aussi bien pour la forme que pour le fond. Je retiens néanmoins le titre n° 7 (très bon chiffre paraît-il, sauf si on casse un miroir) pour ce texte, bien trouvé, en plus de s’être révélé quelque peu prophétique : « Too old to die young ». Avec l’opus n°5, Hot dreams, on retrouve les hauteurs du numéro 3, on est peut-être même encore un peu plus haut. Ce mariage entre textes noirs, ambiances macabres et musique très lumineuse, très spacieuse, très nette (sans flou aucun) est vraiment un plaisir à l’écoute. Une grande beauté sonore. Là encore, je n’ai pas trouvé de défaut notable, autre que les obsessions habituelles de son auteur pour les histoires d’amour qui finissent très, très, très mal. La science numérologique est impitoyable : l’opus numéro 6 (un très mauvais chiffre de toute façon) est donc un ratage, le seul véritable ratage du groupe. Même le titre de l’album est laid : Sincerely, future pollutions. On peut éventuellement faire une exception pour le titre n°1, Velvet gloves and spit, si on est d’humeur généreuse. Il y a probablement une erreur d’aiguillage au départ, une direction artistique erronée : cette route n’était visiblement pas la bonne pour ces musiciens. Il y a aussi — mais les deux causes ne sont pas indépendantes — un manque d’inspiration flagrant. Oui, l’inspiration compte en art. Ni le talent (considérable chez Kirk) ni le travail ne peuvent compenser ou combler le vide d’âme, l’élan créateur, la divine vibration. L’opus N°7, qui est le dernier sorti, sera donc leur album final (puisque je vois mal comment un groupe comme Timber timbre pourrait continuer sans Kirk, ce serait comme des planètes voulant tourner sans leur étoile). Lovage, c’est son titre, est une plante courante de la famille du céleri. Je suppose qu’il y a d’autres idées contenues dans ce titre mais je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient être… Eh bien, ce n’est pas un mauvais titre. L’album est d’ailleurs intéressant, nettement plus intéressant que le précédent, plus inspiré justement, et devient carrément bon à partir du titre n°7, Holy motors. Il me paraît néanmoins plus inégal que les opus n°3 et 5, trop inégal pour pouvoir leur disputer la palme du chef d’œuvre. Il y a aussi une note plus funèbre dans ce disque, un peu moins le sentiment des grands espaces, quelque chose de plus confiné (à l’image de la pochette intérieure, un simple salon plongé dans la pénombre) de plus intime aussi. Très franchement, l’impression première est celle d’un album solo de Kirk avec des accompagnateurs, ou plutôt un accompagnateur, le pianiste. C’est en effet le piano qui domine l’album, plus que la guitare, ce qui est une surprise pour ce groupe en général et pour Kirk en particulier. La note funèbre dont je parlais plus haut résonne ici ou là, mais surtout sur les trois titres finaux, et cela n’a rien à voir avec le folklore morbide habituel de Kirk, toujours bien présent (« If you want to see a dead body… », 800 pristine corpses, etc). Le 8 est un très mauvais chiffre pour Kirk puisqu’il n’était pas Chinois, tout comme le nombre 800 donc. Je ne pense pas avoir imaginé cette note funèbre, influencé que j’aurais été par la connaissance de la mort très précoce de Kirk (mais tout de même pas assez précoce pour mourir jeune) puisque lorsque j’ai découvert cet album, j’ignorais la nouvelle. Tout au plus peut-on noter que la pochette n’aide pas à la gaité. Le fait qu’elle soit en noir et blanc n’est pas la raison puisque toutes les pochettes de Timber Timbre le sont. Mais ce piano à peine éclairé avec dessus cinq fausses bougies semble plutôt un décor d’ambiance pour funérarium. Lovage est aussi le nom du soi-disant dernier titre, ce fatal numéro 8, une manière très réussie, très émouvante je dois dire, de clore cet ultime album. Eh bien non en fait, la grande science numérologique n’a pas dit son dernier mot. Kirk a en effet ajouté un dernier titre, caché, mais un vrai morceau, pas comme ces bruitages dispensables et très longuets qu’on peut parfois trouver sur des fins d’album (comme Kid A pour prendre un des meilleurs). Ce n’est pas une interprétation de ma part, c’est un fait et un fait que je peux chiffrer précisément. Le dernier titre, Lovage, crédité sur la pochette, dure 3mn 40s — c’est marqué dessus — et se termine en effet à 3mn 40s sauf qu’une chanson toute différente, et à guitare(s), commence à 3mn 41s pour se terminer selon mon lecteur à 6mn 19s. Il y a donc bien en réalité 9 morceaux dont un sans titre mais qui aurait pu être With you, 9 qui est le chiffre de la perfection selon Dante, même si on réside en enfer.

Taylor Kirke était un excellent showman, à sa façon, en concert : voici donc un des meilleurs enregistrements live que j’ai pu trouver du groupe, au pic de leur forme, en France, à Paris j’imagine.


Cet article est terminé mais je voudrais en profiter pour me fendre d’une sorte de bref hommage au Canada, pays qui ne m’inspire généralement que très peu et encore plus rarement pour m’émerveiller. Kirk était en effet Canadien comme les autres musiciens de son groupe. Comme souvent ou même toujours, j’ai pris le train en marche pour Timber Timbre, vers 2013 ou 2014. En tout cas, c’était l’année ou un autre groupe canadien, the Besnard Lakes, avec à sa tête un autre grand guitariste, Jace Lasek, a sorti ce bel album au titre incompréhensible, Until in excess, imperceptible UFO, dont j’ai parlé ici. La musique très (trop ?) inactuelle des Besnard Lakes est parfois qualifiée de rock impressionniste, ce qui semble être une catégorie créée spécialement pour eux, ou plus souvent de néo rock progressiste, ce que je traduis par rock pour musiciens demi-savants. Ils ont d’ailleurs récidivé en 2021 avec un album peut-être encore plus beau, au moins pour la pochette : The last of the great thunderstorm warnings. Mon impression est que dans cet album les Besnard Lakes ont décidé qu’ils allaient enfin faire ce qu’ils avaient vraiment envie de faire depuis toujours et d’envoyer au diable toute autre considération. Et sans doute le peuvent-ils car le vrai métier de Jace Lasek, celui qui fait rentrer des sous régulièrement, est d’être ingénieur du son et producteur pour tout un tas d’autres musiciens canadiens (il possède un studio d’enregistrement à Montreal). Dégagé des mesquineries ordinaires et autres mondanités ennuyeuses, The Besnard Lakes nous sort alors le grand jeu et tout ce qu’on adorait ou détestait avant se retrouve ici à la puissance 2 ou 3. C’est le nec plus ultra de leur style, grand flou en diable, tout le contraire de la précision et de la concision kirkiennes. Et comme ils ont décidé de ne rien se refuser avec The last warnings, pourquoi pas un double album, hein ?! Il s’agit en effet d’un double album, un concept album dont le concept est la mort, bien que je le trouve au final nettement plus guilleret que n’importe quel opus de Timber Timbre. Et comme dans tout double album prog qui se respecte, on trouve un de ces titres à rallonge, aussi inévitable que terrible, mortellement long, dix-huit minutes s’il vous plait. La musique de Timber Timbre et de the Besnard Lakes sont donc presque à deux extrémités opposées du spectre musical, à l’intérieur duquel, en restant dans ce pays et dans ce millénaire, on pourrait aussi trouver les remarquables Patrick Watson, Lhassa (qui était Étasunienne mais vivait et travaillait au Canada), Black Mountain, Godspeed you black emperor, pour ne citer que mes préférés. Comment un pays aussi insignifiant, la Belgique des USA, peut sortir autant de pointures dans le domaine musical moderne, en particulier depuis la fin des années 90, est un mystère total à mes yeux. Comparez avec notre pays ! Peut-être parce qu’ils sont à moitié, voire aux trois-quarts, Anglais ? Il y a tellement d’études scientifiques bidon qui se font chaque année de nos jours que je m’étonne qu’on n’ait pas encore eu l’idée pourtant très raisonnable de faire une étude sur la corrélation entre la génétique de “l’Anglais” et la capacité à produire de la bonne musique blues pop rock.

La pochette très belle, la plus réussie de toute leur carrière, due aux pinceaux d’une artiste contemporaine, et probablement voisine alors du couple Lasek/Goreas, Corri-Lynn Tetz. Très curieusement, pour une artiste spécialisée dans l’érotisme féminin, un peu niais, elle réussit ce très beau paysage onirique, collant parfaitement avec l’ambiance de l’album.








dimanche 30 août 2026

Une histoire abrégée du Christ, p II : la perfection est de ce monde

 

     Il y a quelques années de cela, j’avais fait paraître une histoire abrégée du Christ : Yeshoua, et j’avais indiqué au lecteur que je comptais bien produire en suivant le cours des Âges une seconde partie qui traiterait de tout le branle-bas qui lui a succédé. Eh bien, ce moment est venu, on dirait. Peut-être donc voudriez-vous lire ou relire d’abord cette première partie. Ne serait-ce qu’en raison d’une vérité suffisamment établie qu’il vaut mieux commencer par le début que par le milieu ou par la fin. C’est en effet le bon ordre pour nous autres, créatures de chair, inscrites dans la flèche du temps.
Ainsi donc, j’avais alors l’idée de me pencher fortement sur le cas des diverses églises ou sectes se réclamant du « Fils de l’homme ». Toutefois, ayant mieux réfléchi, je ne vois plus pourquoi je consacrerai du temps et de l’énergie à des choses qui, de fait, ne m’intéressent pas beaucoup, et même me déplaisent assez fortement. Le sujet de cette seconde partie sera donc bien plus intéressant et à coup sûr bien plus essentiel ; j’en reviendrai à une des “commandes” les plus simples, les plus fondamentales et les plus impossibles à tenir pour tout un chacun (apparemment) que Yeshoua nous a données.
La perfection n’est pas de ce monde est un proverbe, une maxime couramment utilisée, vraie dans la très grande majorité des cas, et néanmoins absolument fausse. La perfection est de ce monde et s’il en fallait une preuve, elle nous a justement été fournie par l’auteur de cette recommandation ambitieuse mais juste : « Soyez parfait comme votre Père dans les Cieux ».
Ce n’est pas une figure de style, un excès de rhétorique dû au penchant bien connu pour l’hyperbole de son professeur. La possibilité de la perfection existe, à tout moment, en tout lieu, pour tout homme (et toute femme évidemment). Même l’idiot du village peut être parfait. En fait, ce serait même beaucoup plus facile pour lui que pour vous ou moi. Cela n’a rien à voir avec les différentes capacités de l’âme, encore moins avec le QI.
Il existe cependant des cas où la perfection non seulement n’est pas de ce monde mais est impossible apriori. C’est le cas par exemple d’un écrivain occupé à taper un texte, quel que soit le texte, quel que soit le sujet, y compris un texte à propos de la perfection, sur son clavier d’ordinateur. Celui-là ne peut pas être parfait. Il s’est en effet, pour un moment, abstrait du temps et même de l’espace. L’endroit où vous écrivez n’a absolument aucune importance. Et je reconnais qu’il est parfaitement ridicule de noter le lieu précis où vous avez rédigé tel texte, tradition courante chez les écrivains. La perfection n’est pas abstraite, elle est inextricablement liée à un moment précis, à un lieu précis, à la ou aux personnes présentes à ce moment t, dans ce lieu x. Car la perfection, pour nous, est de ce monde. Avec tout ce que cela implique. Pour nous, créatures de chair, la perfection est ainsi faite, toujours fugitive, mouvante, changeante, avec le temps qui passe, les lieux qui changent, les personnes et les êtres qui vivent et passent autour de nous. La littérature, comme les arts le plus souvent (en dehors peut-être de l’architecte-paysager), est une chose fixée, arrêtée dans son cours, essentiellement morte. Ce n’est pas inutile, certes, mais ce n’est pas parfait et n’a aucune chance de l’être. Quand vous lisez, la seule chose qui est vivante, c’est vous. Et c’est pourquoi Yeshoua n’a pas laissé d’écrits, pas même les quelques mots qu’il a tracé dans la poussière devant la femme adultère parce qu’ils ne s’adressaient qu’à elle et à personne d’autre, qu’à ce moment précis et à aucun autre, et qu’il a donc aussitôt effacés après avoir été lus (personne ne les connaît hormis cette femme inconnue).
Tout le monde peut être parfait. Yeshoua ajouterait sans doute tout le monde doit l’être (mais tout le monde ne le sera pas). Même un écrivain peut être parfait, quand il arrête d’écrire. D’ailleurs peut-être le serais-je ou plus probablement l’ai-je été : qui sait ?
Qu’est-ce que la perfection, plus précisément ? C’est de dire la parole juste, de faire l’action juste, d’avoir l’attitude juste, juste au bon moment, au bon endroit, avec les bonnes personnes (ou même sans aucune personne autre que soi, puisqu’il y a en réalité toujours quelqu’un d’autre que soi). La meilleure image que je connaisse (ou plutôt que je ne connais pas car je n’ai jamais pratiqué ce sport), la meilleure métaphore est celle du surfeur surfant la vague. Tant qu’il avance sur la vague, sur la crête du brisant où commence à moutonner l’écume, en équilibre miraculeux sur le fil de la falaise liquide, toujours debout sur son surf, toujours dans le vent, ou bien au cœur du rouleau déjà à demi écroulé, il est parfait. Et le fait, inéluctable, qu’il va tomber de son surf, qu’il sera peut-être déchiré sur les récifs de coraux ou mangé par un requin ne changera rien à cette perfection atteinte. C’est à son crédit pour le reste des temps. C’est enregistré dans le seul livre qui compte, le livre des comptes, celui qui change en permanence, ajoutant page après page, mais sur lequel rien ne s’efface.
Comme le suggère mon image du surfeur, le temps de la perfection pour les êtres de chair, les êtres de ce monde, est rarement durable. Quelques secondes pour beaucoup, quelques minutes pour quelques-uns, quelques heures ou quelques jours parfaits pour un petit nombre d’entre nous et puis c’est le grand plouf. Yeshoua s’est maintenu sur le crêt de la vague au moins une année, peut-être davantage, qui peut le dire ? Il a surfé la plus longue vague qui puisse être, ou plutôt qui pouvait être, une vague comme il n’y en a jamais eu avant ni après. Et il n’est jamais tombé. Parce qu’il était devenu la vague, une onde qui n’était déjà plus de ce monde.
Alors peut-être est-ce cela qui explique l’inexplicable, pourquoi ceux qui l’avaient abandonné, par lâcheté, par faiblesse, se sont soudain précipités sur ses traces, avec une ardeur et une foi qu’ils n’avaient jamais montrées avant. À cause de cette vague immense que Yeshoua avait déclenchée, invisible à leurs yeux mais bien réelle.

De ce que je viens d’affirmer, il découle logiquement que toute institution fondée sur un livre, qui en tire son autorité, est bâtie sur du sable. Les églises sont de telles institutions. Dieu, l’esprit saint, la perfection, l’harmonie des sphères diraient certains, sont choses insaisissables pour nous autres, toujours fluides et changeantes, aussi insaisissables que l’eau des fleuves où le temps qui s’écoule et ne revient pas. Rien de tout cela (qui est en fait une seule et même chose) ne peut être saisi, posé quelque part, fixé, que ce soit sur cet écran que vous regardez ou par la pointe de quelque ciseau dans des plaques de roche dure. Suis-je en train de dire que tout cela était inutile ? Que tout écrit est vain et superflu ? Évidemment non. Si je pensais cela, je ne serais pas éveillé au milieu de la nuit en train de taper ce texte sur mon clavier. Que ces textes ou au moins certains d’entre eux — je parle de ces textes sur lesquels ont été fondées des églises, des religions entières parfois — soient encore intéressants et porteurs de sens, je ne le nie pas. Et si on s’était contenté de dire ce que je viens de dire, il n’y aurait aucun mal. Ce que je nie, c’est qu’ils soient complets, parfaits, divins. Cette prétention à la perfection, à la divinité, n’est rien autre qu’une usurpation grossière, qu’elle soit le fruit de la crédulité ou de la malice. Et j’ajoute qu’il s’agit d’un des cas les plus flagrants et documentés d’idolâtrie.
Suis-je en train de dire que la personne de Yeshoua, sa vie, son enseignement, sont aussi imparfaits ? Non, au contraire, j’ai passé toute la première partie de ce texte à expliquer justement pourquoi ils l’étaient, parfaits. Sa vie en tant que missionnaire de Dieu a été parfaite. Mais les écrits censés la raconter, souvent mal et parfois faussement (que ce soit par crédulité ou par intérêt bien compris), ne le sont pas, eux. Et plus le temps passe, et plus le sens se perd. Et c’est tout à fait normal. Ce qui ne l’est pas, en revanche, c’est de continuer, mille ans, deux mille ans, trois mille ans après, de faire semblant de croire, ou pire, de le croire vraiment, que le sens est toujours là, plein, entier, exactement comme lorsque Yeshoua guérissait les aveugles et les lépreux.
Suis-je en train de dire que les auteurs, les écrivains de l’Ancien testament, du Nouveau ou du Coran n’étaient pas inspirés par Dieu ? Même pas. Je ne suis pas bien sûr qu’ils aient entendu la « voix » de Dieu résonner dans le ciel mais j’admets qu’au moins certains d’entre eux l’ont bien entendue dans leur cœur. Ce que je dis, c’est que la traduction qu’ils en ont faite, de mots écrits sur un parchemin ou quelque rouleau en faveur chez leurs grands prêtres est nécessairement imparfaite, incomplète, entâchée d’erreurs et d’incompréhensions, exactement comme l’est le compte-rendu écrit d’un rêve, surtout d’un grand et beau rêve, ceux que l’on fait parfois en dormant (et qui nous réveillent au milieu de la nuit). Car on ne peut pas comprendre la voix vivante de Dieu et la retransmettre par les lettres figées dans l’espace et dans le temps, déjà mortes avant que l’encre n’ai eu le temps de sécher à la surface du parchemin. Le temps est terrible pour ce genre de prétentions. Et les écrivains qui ont œuvré pour les livres « sacrés » n’y font pas exception. Que l’on ne voie toujours pas cela, mille ans, deux mille ans, trois mille ans plus tard, est un mystère à mes yeux. Certains de ces livres, de ces chapitres ou de ces sourates ne sont maintenant plus guère que des élucubrations à peine supportables, des balbutiements informes, d’autant plus dommageables qu’ils prétendent au statut de préceptes éternels et universels ou pire encore feignent d’exprimer des commandements divins. Les seuls commandements divins ont été formulés par Yeshoua : Aimez Dieu, aimez vous les uns les autres et soyez parfait. Leur caractère divin est précisément marqué par leur impossibilité d’application dans la pratique. En clair, ce ne sont pas des commandements au sens où on l’entend en général. Cela donne un but mais ne parle en rien du chemin qu’il faut emprunter pour y arriver. Pourquoi ? Parce que le chemin de l’un n’est pas celui de l’autre, et que ce chemin change sans cesse, dans l’espace et dans le temps.
Et comme j’avais conclu dans ma première partie, le fait que les choses se soient passées comme elles se sont passées, que les églises aient remplacé l’œuvre vivante de Dieu, son esprit même par la lettre, une lettre morte, et que cela était inévitable (car comment faire autrement dans ce monde, n’est -ce pas ?), rien de cela ne peut changer mon diagnostic ou enlever le tort qu’elles ont fait, par ignorance ou par calcul, en mettant le nom de Dieu là où il n’avait pas lieu d’être. L’œuvre de Dieu, la seule, est juste devant nous, tout autour de nous et parfois en nous, et elle n’est pas écrite en caractères d’imprimerie.

vendredi 31 juillet 2026

Guerre au Banderistan : l’armée russe continue d’avancer sous les huées ou les bravos, imperturbable

 

Cimetière aux couleurs ukrainiennes et bandéristes (rouge et noir).

    La "narrative" venue d’Occident autour de la guerre est entrée ces derniers temps dans la quatrième dimension et réécrit l’Histoire selon le principe éprouvé habilement résumé ainsi dans 1984 : « la vérité c’est le mensonge ». Il semble que le journaliste MSM de France et de Navarre vive maintenant dans un univers parallèle où il existe bien une planète Terre, où le maître du monde (de la galaxie) s’appelle le bébé géant et où le plus grand génie militaire de tous les temps est le Bouffon Vert (de gris), Volodya de son petit nom. Voici en bref les thèmes répétés à l’envie du reportage garanti zéro pourcent réalité (ou un quart de pourcent si vous préférez l’exactitude après la virgule) :
- L’armée russe est aux abois
- Moscou et la Russie sont en feu
- L’économie russe est au plus mal, l’effondrement est imminent
- Le peuple russe, rendu furieux par cette guerre, est enfin prêt à renverser l’ignoble tyran Poutine
- Ziélinsky est le nouveau Napoléon (et d’ailleurs il lui ressemble, où bien est-ce à Jacquouille la Fripouille ?)
- Le peuple bandériste de nouveau rassemblé derrière cet immense leader est prêt à tous les sacrifices et remercie en pleurant ses généreux sponsors occidentaux
Il est très difficile de décider laquelle de ses idées en vogue par chez nous (et dans la sphère anglosaxonne, c’est à peine mieux) est la plus fausse, la plus ostentatoirement et délibérément détachée du réel.
Plutôt que de discuter du mensonge éhonté contenu dans chacune de ses affirmations (ou suppositions malicieuses car ces gens sont de grands adeptes du conditionnel), on va tâcher de découvrir le demi pourcent de vérité qu’il contient.
- L’attaque massive de drones sur les raffineries ou stockages de pétrole russe a un taux de réussite de 5%, un peu plus ou un peu moins selon les jours (souvent zéro quand le nombre de drones passe en dessous de cent ou vise des sites très sérieusement protégés, comme Moscou centre ou le pont de Crimée). Malgré les “belles images”, ces drones portent généralement moins d’explosif que d’essence ou de kérosène mais au moins cela permet de faire beaucoup de fumée noire quand ils explosent, y compris quand ils sont interceptés (apparemment un truc venu d’Hollywood, ce qui ne surprendra personne vu la mentalité du grand patron et de son gnome préféré). Au pic de cette campagne, les exportations russes de pétrole ont reculé de 3%... quand le prix du baril a simultanément grimpé de trente à cent pour cent, selon les mois. Faites le calcul vous-mêmes de l’efficacité de l’opération. Oui, presque zéro. En fait, elle est de l’autre côté du zéro, en territoire négatif.
- La côte de popularité de Poutine a baissé. Elle est en effet passée selon les derniers sondages réalisés par des organismes non susceptibles de biais (je veux dire par là en novlangue des organismes souvent non russes et certainement non russophiles) de 78% à seulement 74%. Certains russes, une minorité mais en hausse, sont effectivement furieux contre Poutine. Non pas pour arrêter la guerre mais pour l’élargir très officiellement sous forme d’un envoi recommandé de type Arieshnik, aux QG des généreux sponsors du Banderistan, les écervelés de Washington , Londres, Bruxelles et à toutes les manufactures de drones européennes (par bonheur, il semble qu’il n’y en ait pas chez nous… faute d’industrie). Pour l’instant, les gens du Kremlin résistent à ce type de suggestion, très compréhensible du point de vue du patriote russe qui a très envie de renvoyer la balle à l’envoyeur mais qui a l’inconvénient de faire débuter presque à coup sûr la troisième guerre mondiale, la vraie, la dernière c’est promis (d’ailleurs il ne restera pas grand-chose de l’hémisphère Nord après). Il existe des arguments valables pour rendre la monnaie de sa pièce aux véritables manufacturiers de la guerre, voire deux fois plus, mais il est probable que suivant sa longue tradition, le Kremlin optera pour des méthodes hostiles moins ouvertes, beaucoup plus discrètes, médiatiquement parlant, mais dont les cibles seront les mêmes (le ministère de la Défense russe a publié officiellement la liste des entreprises européennes engagées dans la confection des drones et missiles volant ou flottant sous couleurs bleu et jaune avec leurs adresses précises, simple avertissement sans frais*). Donc, il continuera en mieux ce qu’il a déjà commencé : attendez-vous donc à ce que des lieux de stockage de matériaux pouvant servir à des feux d’artifice, des raffineries, des pétroliers, des cargos, des usines sensibles explosent spontanément, sans raison mais la nuit de préférence (si vous travaillez dans ce type de lieu sensible, évitez les trois huit et tout spécialement la garde de nuit).
- Les Russes, dans leur grande majorité, et encore plus majoritairement chez les militaires, ne veulent pas arrêter la guerre et encore moins de cessez-le-feu. Ils savent bien qui cela avantagerait. Tout cela n’a rien d’un secret. Si le Kremlin écoutait le peuple russe, l’armée russe irait de suite à Adiessa et à Kyiv, et cette fois pas pour négocier. Non elle n’irait pas à Berlin ou à Paris mais il se pourrait que d’autres envoyés venus du ciel visitent ces villes dans un futur proche si par malheur, le Kremlin écoutait le peuple russe. Poutine ne va pas être renversé. Et soyons absurde, s’il l’était, ce serait par un partisan de la ligne dure. Poutine est probablement en effet le dernier diplomate du Kremlin à croire dans les vertus de la patience, de la prudence et de la discussion, même avec ces demi-crétins qui nous gouvernent. À remarquer qu’on retrouve presque exactement le même cas d’inversion des perspectives en Iran. Il suffit de voir les foules qui ont défilé dans les rues de Téhéran, foules très vérifiables pour n’importe quel reporter de terrain (mais est-ce que ça existe encore chez nous ?) si on ne croit pas aux images, pour savoir sans l’ombre d’un doute que la "narrative" occidentale et que le « beautiful » plan du pirate de New-York étaient une compilations de leurs meilleurs mensonges ou de leurs préjugés indéracinables.
- Les nouvelles du front sont horribles, comme toujours, pour l’armée jaune et bleu avec des cimetières très jolis, cela dit, comme celui montré sur la photo ci-dessus. Et on sait une chose de façon certaine, il y en a au moins autant des non officiels, avec des corps dispersés, pulvérisés, ensevelis dans la terre noire du Donbass, que Ziélinsky et ses acolytes n’ont surtout pas envie de recevoir (car il faudrait alors payer la veuve et l’orphelin). Après la prise récente de la ville de Konstantinovka, l’armée russe a proposé de remettre les dépouilles (ce qu’il en reste) de 13500 soldats ukrainiens retrouvés dans la ville. Le grand Z a refusé ; il n’allait tout de même pas donner du grain à moudre aux désinformateurs qui prétendent qu’il continue de perdre cette guerre malgré les milliard et les milliards reçus. Et puis c’est un bon comptable ! Multipliez ces 13500 par plusieurs dizaines de milliers de dollars par tête de pipe (en gryvnas) et vous arrivez à plus de cent millions en moins pour Volodya et ses copains. Sa mantra est simple, aussi simple et semi délirante que celle du bébé géant : « je ne cesse de gagner, un point c’est tout, et ceux qui disent le contraire sont des menteurs ! »
Enfin, j’ai réalisé un tableau recensant les villes de 10 000 hab ou plus (avant-guerre) prises (et parfois perdues puis regagnées puis reperdues…) par l’armée russe et l’armée du Banderistan depuis le début de la guerre. Il est assez parlant je crois, pour que je n’aie pas trop à le commenter. J’ai fait figurer la, ou parfois les dates approximative(s) de prise de la ville et la région à laquelle elle appartient. J’ai également pris en compte la brève incursion des Bandéristes dans l’oblast (russe, indéniablement) de Koursk et j’ai fait une exception dans ce cas car il n’existait aucune ville de 10 000 hab ou plus dans la zone capturée par le sous-Reich de Kyiv. J’ai respecté l’orthographe romanisée de ces villes pour ne pas troubler le lecteur bien que cette orthographe corresponde souvent assez mal à la véritable prononciation (par exemple, Kurakhovo se prononce Kourahrova).

Villes

Population en hab (vers 2021)

Région

Date capture

Armée conquérante

Marioupol

430 000

Donetsk

mai-22

RF

Kherson

280 000

Kherson

mars-22

RF

Kherson

 

 

nov-22

UKR

Melitopol

149 000

Zaporozhia

mars-22

RF

Berdiansk

105 000

Zaporozhia

févr-22

RF

Severodonetsk

99 000

Louhansk

juil-22

RF

Lysychansk

93 000

Louhansk

juil-22

RF

Artyomovsk (Bakhmut)

71 000

Donetsk

mai-23

RF

Konstantinovka

69 000

Donetsk

juil-26

RF

Krasnoïarminsk (Pokrovsk)

60 000

Donetsk

déc-25

RF

Rubizhnie

60 000

Louhansk

mars-22

RF

Energodar

52 000

Zaporozhia

mars-22

RF

Dimitrov (Mirnograd)

46 000

Donetsk

déc-25

RF

Izium

45 000

Kharkov

avr-22

RF

Izium

 

 

sept-22

UKR

Nova Kakhovka

42 000

Kherson

févr-22

RF

Kakhovka

35 000

Kherson

févr-22

RF

Avdiievka

35 000

Donetsk

févr-24

RF

Dzerdzhinsk (Toretsk)

30 000

Donetsk

janv-25

RF

Kupiansk

27 000

Kharkov

févr-22

RF

Kupiansk

 

 

sept-22

UKR

Kupiansk

 

 

déc-25

RF

Kupiansk

 

 

01-26 ?

UKR

Kupiansk

 

 

juil-26

RF

Selidovo

25 000

Donetsk

oct-24

RF

Oleshky

24 000

Kherson

févr-22

RF

Krasni-Liman

22 000

Kharkov

avr-22

RF

Krasni-Liman

 

 

sept-22

UKR

Krasni-Liman

 

 

juil-26

RF

Kurakhovo

19 000

Donetsk

janv-25

RF

Henichesk

19 000

Kherson

févr-22

RF

Kreminna

18 000

Louhansk

avr-22

RF

Dniepro-Rudnoye

18 000

Kherson

févr-22

RF

Vovchansk

17 000

Kharkov

mai-26

RF

Shadovsk

17 000

Kherson

mars-22

RF

Krasnogorovka

16 000

Donetsk

juil-24

RF

Tchassov-yar

14 000

Donetsk

juil-25

RF

Vugledar

14 000

Donetsk

sept-24

RF

Novogradovka

14 000

Donetsk

août-24

RF

Gulyaipole

13 000

Zaporozhia

janv-26

RF

Siversk

12 000

Donetsk

déc-25

RF

Ukraïnsk

12 000

Donetsk

sept-24

RF

Kamienka-Dnieprovska

12 000

Kherson

févr-22

RF

Berislav

12000

Kherson

févr-22

RF

Berislav

 

 

nov-22

UKR

Marinka

10 000

Donetsk

déc-23

RF

Soledar

10 000

Donetsk

janv-23

RF

Gornyak

10 000

Donetsk

oct-24

RF

Sudja (Russie av 02-22)

5 000

Koursk

août-24

UKR

Sudja (Russie av 02-22)

 

 

mars-25

RF


Les villes en rouge indiquent les lieux où les combats ont été le plus intense (et souvent le plus long), celles en vert indiquent des villes prises ou reprises sans combat (ou presque).
On remarque que les villes et les territoires des oblasts de Zaparozhia et Kherson ont été pris très rapidement par les Russes venus de Crimée dès les premières semaines de l’Opération Spéciale, le plus souvent sans combat. Il n’y a qu’une explication à cela : ces villes n’avaient pas reçu de garnisons fidèles au régime bandériste, ou beaucoup trop maigres, sans doute dans la conviction erronée que l’ennemi attaquerait au Donbass. Une telle guerre de manœuvre, un vrai Blitzkrieg, sur approximativement cent mille kilomètres carrés est dorénavant presque impossible, l’armée bandériste ayant été considérablement renforcée et sans doute réorganisée par ses patrons occidentaux. D’une manière générale, les experts militaires des deux côtés semblent d’accord pour dire que les guerres de manœuvre sont une chose du passé (sauf j’imagine si les USA envahissaient le Groënland et son armée d’esquimaux montés sur ours blancs).
La guerre que mène la Russie contre son épouvantable voisin est, très officiellement depuis la fin de l’année 2022, une guerre d’attrition. Son but premier est donc de détruire l’armée adverse et du coup les soutiens politiques qui l’ont mise en branle. C’est le véritable but, déclaré, nullement caché. Néanmoins la Russie s’est aussi officiellement engagée à « libérer » la totalité du Donbass plus les oblasts de Zaparojia et Hrerson, puisqu’elle les a reconnus comme territoires russes après référendums. En regardant l’emplacement de ces villes sur les cartes jointes ci-dessous, et la progression de la ligne de front, on a une bonne idée des priorités de l’armée russe. Néanmoins, il faut comprendre que les conquêtes territoriales de l’armée russe ne sont pas la cause de l’attrition de l’armée ukrainienne (et de toute la logistique qui l’entoure) mais la conséquence inévitable de cette attrition.


Carte du Donbass -- Ligne verte: limite des territoires contrôlés par les 2 républiques autonomes avant  24-02-22; zone en rose: territoires pris par l'armée russe fin 2025; ligne rouge sombre: ligne de front actuelle.
Oblast de Kherson : en rouge: partie tenue par l'armée russe; en vert: partie tenue par les Bandéristes; la grosse ligne sombre qui les sépare est en fait le Dniepr, très large fleuve à cet endroit qui rend très compliquée toute opération militaire d'envergure avec la logistique impliquée.

Oblast de Zaporozhia (ortographe ukrainienne) : la ligne rouge sombre est la ligne de front actuelle qui, peut-on voir, commence à bien écorner l'oblast suivant, celui de Dniepropetrovsk.


La question des morts est importante évidemment. Les chiffres exacts (qui sont bien entendu connus des deux camps) ne seront révélés qu’après la fin de la guerre et encore faudra-t-il probablement attendre quelques années pour qu’ils se répandent jusqu’ici, je veux dire en Otasunie. Il est certain que les autorités vont tout faire pour cacher ou minimiser (à la manière des USA pour leur guerre contre l’Iran, mais pas pour les mêmes raisons) les pertes du camp bleu et jaune car elles sont gigantesques et elles le seront encore plus dans un an, deux ans, trois ans, si les Otasuniens tiennent jusque-là. Oubliez les chiffres fournis par les grands médias, qui ne font que reporter (très délibérément) les chiffres du département comm’ de Kyiv et qui sont aussi fiables qu’une annonce ou un tweet de Trump juste avant l’ouverture de Wall Street. En dehors de ces bonimenteurs, il existe un organisme plus sérieux, Mediazona, qui s’est chargé depuis le début du conflit de calculer le nombre de morts côté russe (uniquement militaires). Naturellement il pourrait le faire tout aussi bien pour les soldats bandéristes mais c’est un organisme sponsorisé par l’Otasunie (en collaboration avec la BBC russe, c’est tout dire) et s’il y une chose que l’Otasunie ne veut surtout pas, c’est un décompte honnête des pertes ukrainiennes. Leur biais n’est donc certainement pas de minimiser les pertes russes. Leur méthodologie est relativement simple ; ils suivent les notices nécrologiques concernant les militaires russes. Naturellement le chiffre obtenu devrait être un maximum mais Mediazona le prend pour minimum, ce qui est pour le moins bizarre (puisqu’il est évident que tous les militaires décédés ne l’ont pas été dans le cadre de ce conflit et que cela inclus des personnels qui n’ont jamais vu le front ni de près ni de loin, y compris les administratifs). En plus, depuis l’été 2024, ils ajoutent quelques extrapolations tirés de testaments pour gonfler un peu le résultat brut qui ne satisfaisait visiblement pas leur patron (on peut constater le gonflement suspect des chiffres pour le second semestre 2024 sur leur graphique (voir lien plus bas)). Leurs chiffres sont donc loin de pouvoir être aussi exacts que ceux du Ministère de la Défense russe (qui possède évidemment les listes de tous les militaires enrôlés et qui connaît tous les manquants à l’appel) mais on peut considérer que l’ordre de grandeur est bon. Actuellement, Mediazona donne 233 000 morts chez les militaires russes. Étant donné leur biais, le véritable chiffre doit plutôt être en dessous des 200 000. Mais disons 200 000 pour avoir un chiffre rond. Eh bien vous pouvez multiplier ce nombre par au moins 5 pour avoir le nombre de soldats morts côté Banderistan. Diverses méthodes confirment cette estimation, au moins dans son ordre de grandeur : photos satellites des cimetières et leur évolution depuis 2022, données nécrologiques, échanges de morts entre Russie et Ukraine, différence de destructions de matériels militaires entre les deux camps (puisqu'il est bien évident que la destruction de matériels militaires ne va pas sans destruction des personnels qui le manient ou l'occupent), différence de puissance de l’artillerie et des bombardements des deux camps (contrairement à une idée très répandue, du moins en Occident, les trois-quarts des morts chez les soldats dans cette guerre sont dus à l’artillerie en 1 et les bombes planantes en 2, les drones n’intervenant que pour le reste).

Lien pour la source Mediazona : How many Russian soldiers died in the war with Ukraine

Mais quoique déjà bien affreux, cela n’est pas le plus épouvantable de l’histoire. Le plus épouvantable est ce qui a eu lieu à la fin mars, et début avril 2022, quand Boris Johnson, commandité par Washington et avec le plein accord de Bruxelles (et des différentes têtes de gondole qu’elle rassemble) est venu torpiller l’accord de paix entre Kiev et Moscou. L’accord était déjà prêt et l’exemplaire de travail signé par les négociateurs avant le paraphe ultime des chefs d’État. L’Ukraine venait alors de se voir amputée d’un cinquième de son territoire et Kiev était à portée des canons russes. Johnson, au nom de l’Empire, a persuadé le gang bandériste de continuer la guerre malgré tout en leur promettant une aide militaire illimitée et la chose qui tinte le plus agréablement à l’oreille de ces personnages, tout plein de milliards en vue. Cet accord prévoyait les conditions suivantes : la Russie se retirait de tous les territoires conquis (sauf Crimée, non négociable) y compris donc des deux régions autonomes du Donbass ; en échange, l’Ukraine devait annuler toutes les lois anti-russophones, renvoyer tous les éléments bandéristes de son gouvernement et de son armée, limiter son nombre de soldats à 100 000 hommes et renoncer formellement à toute accession future à l’OTAN et donc à l’installation de bases otasuniennes sur son territoire). Oui, vous avez bien lu : même Donietsk et Lougansk devaient rester au sein de l’Ukraine, quoiqu’en gardant leur statut de république autonome, un peu comme le Pays Basque et la Catalogne en Espagne. Un sacré bon marché, n’est-ce pas ?
Eh bien il n’est plus d’actualité. Très officiellement, la Russie a annoncé ce mois de juillet (et nul doute qu’elle fera ce qu’elle dit) que le temps des négociations était révolu concernant le sort du Banderistan. Tous les territoires acquis par l’armée resteront à la Russie, y compris ceux dans les oblasts de Soumy, Hrarkoff, Dniepropetrovsk, afin de servir de zones tampon entre la Russie et ce qui restera du Banderistan lorsque le moment du solde de tous les comptes viendra.
Et puis, allons encore plus loin, remontons dans le temps de quelques années. En 2014, puis 2015, alors que la guerre civile entre Ukrainiens de l'Ouest et Ukrainiens de l'Est avait commencé, il y a eu deux tentatives de régler les choses à l'amiable, les accords de Minsk I et II. Aucun de ces accords n'a été respecté par le gouvernement de Kiev, avec l'assentiment pour ne pas dire l'ordre de Washington de n'en tenir aucun compte. Mais ce n'est pas le plus important, on sait déjà le degré de fiabilité d'un accord signé avec les USA (demandez aux Amérindiens). Ces deux accords ont été cosignés par Merkel et Hollande, en tant que garants, alors qu'ils étaient Président et Chancelière. Très récemment, les deux se sont vantés d'avoir signé les accords sans avoir eu aucune intention de les respecter, simplement, je cite approximativement "pour gagner du temps et permettre à l'armée ukrainienne de se bâtir" (en fait d'être rebâtie selon les standards ((très élevés!)) de l'OTAN). Oui, pour ces deux personnages, ces actes de duplicité sont des motifs de vantardise. Si les accords de Minsk avaient été respectés, la guerre civile se serait arrêtée et il n'y aurait pas eu ensuite d'Opération Militaire Spéciale et pas, -- disons-le maintenant -- la guerre totale qui se profile à l'horizon. Merkel et Hollande, l'Histoire retiendra vos noms, soyez en sûr, bien que vous n'ayez jamais brillé pour le reste.
Au début du mois d’avril 2022, les Ukrainiens 
(qui ne sont pas tous bandéristes, loin de là) avec un joli drapeau jaune et bleu sur leur tombe ne devaient pas dépasser un ou deux milliers. Maintenant, ils sont près d’un million. L’Histoire s’en souviendra aussi, ainsi que du nom des commanditaires de ce massacre très facilement évitable.

*Note du 15/08. En fait, ils ont bien commencé, les frais : pas plus tard que cette semaine, une usine d'armes proche de Rome pratiquement dédiée au Banderistan s'est transformée en un bref mais intense feu d'artifice, très réussi selon les spectateurs. L'heure choisie par hasard est cclle de la sieste, très suivie en Italie apparemment (on les comprend, par ces chaleurs) car il n'y a eu aucune victime malgré l'explosion impressionnante. Naturellement la cause est inconnue, une sorte de combustion spontanée probablement...

Autre article de ma part sur le sujet: ici.