dimanche 1 février 2026

De la différence entre de la bonne et de la mauvaise propagande

Ayant déjà écrit un excellent article sur la propagande, ici, je ne vais pas recommencer et risquer d'être moins bon. Ce nouvel article est plutôt une illustration de ce qu'est la bonne propagande par rapport à la mauvaise.

Dernièrement donc, je suis tombé sur une vidéo anglophone discutant de la reconstruction de Marioupol après-guerre, c’est-à-dire très précisément après mai 2022. Sans surprise, cette thèse avec images en boucle venait de Grande-Bretagne, grand fabricateur de propagande russophobe s’il en est. L’angle du réalisateur était assez nouveau pour moi (mais pas sa conclusion) surtout par rapport à son point de départ. En fait, je n’ai jamais vu un tel biais propagandiste, même pourtant chez ceux qui y ont le plus d’intérêt, je veux dire chez les nationalistes ukrainiens. Ces derniers en effet soit évitent de parler du sujet soit font des reportages style radiotrottoir en mode cherry-picking (comme chez nous quoi) puisque les journalistes pro-Zelensky sont toujours autorisée à travailler en Novorussia et qu’on peut toujours trouver des mécontents, en tout temps et en tout lieu, n’est-ce pas. Cela m’a suggéré les réflexions suivantes.

Marioupol est anciennement une ville du sud-est de l’Ukraine, maintenant rattachée à la Russie. Avant la guerre, elle comptait environ quatre cent mille habitants. Les milices nationalistes Azov d’inspiration nazi (ce n’est ni une hyperbole ni une caricature : leur grand homme étant Bandera, un nazi pur jus quoique ukrainien), devenues maintenant une brigade de l’armée régulière du sous-Reich, occupaient cette ville avant mai 2022 avec toutes les conséquences désagréables qu’on imagine pour les habitants de culture russe, à savoir quatre-vingt-dix pour cent de la population totale : harcèlements, arrestations arbitraires, disparitions pures et simples. Remarquons que la milice à pris le nom d’Azov justement parce qu’elle s’est établie à Marioupol, située au bord de la mer d’Azov et non parce qu’elle en est originaire (en fait la plupart de ses militants viennent de la Galicie, tout à l’ouest de l’Ukraine, côté Lvov et Ivano-Frankivsk). Suite au déclenchement officiel des hostilités (en réalité déjà bien commencées dès 2014) en février 2022, l’armée russe venue de Crimée a rapidement coupé le soi-disant bataillon Azov (en fait de la taille d’une brigade, plusieurs milliers d’hommes) de ses arrières et de toutes ses voies d’approvisionnement. Les Russes ont tout aussi rapidement libéré plusieurs villes sur leur chemin menant à Marioupol, comme la ville portuaire de Berdiansk, et finalement entamé le siège de la ville ou toutes les troupes Azov s’étaient repliées, très précisément dans le complexe industriel géant d’Azovstal (en russe, l’acier d’Azov). L’armée ukrainienne a tout fait pour essayer de débloquer le siège, puisque les militants Azov sont une des principales pierres d’assise du régime au pouvoir à Kiev, envoyant même quelques commandos héliportés pour sauver les officiers supérieurs, qui se sont tous très mal terminés. Elle a échoué. Et finalement, entre mille et deux mille soldats survivants d’Azov sont sortis de leur trou et se sont rendus en mai 2022. A cette époque, le pouvoir russe a montré une naïveté coupable, ce qui lui arrive régulièrement (cela fait partie du charme russe, disons) en confiant les principaux officiers du bataillon Azov au pouvoir turque (qui possède un tout autre genre de charme) avec la promesse qu’ils seraient retenus le temps de la guerre. Naturellement, la promesse du turc Erdogan ne valant par un kopek, tous ces officiers ont été relâchés et renvoyés à Kiev, sans doute à la suite de quelque marchandage avantageux avec Washington pour les Turcs. C’est pourquoi il existe toujours aujourd’hui une brigade Azov, même si les soldats ont changé.
Lors de l’assaut puis du siège, la ville a été très sérieusement démolie, en particulier par les troupes d’Azov durant leur fuite. Les chiffres varient mais on peut estimer qu’au minimum un bâtiment sur deux a été détruit entièrement ou gravement endommagé. Actuellement, selon les dires d’habitants plutôt bien informés de Marioupol, il y aurait environ trois cent vingt mille habitants et la ville ne cesse de voir sa population augmenter. Elle augmente parce qu’une partie des populations déplacées lors des combats est revenue (de Russie pour la très grande majorité) et parce que les travaux de reconstruction ont amené de nouveaux habitants, pas toujours russes et encore moins ukrainiens, d’Asie Centrale mettons (les Russes ont eux aussi leurs immigrés). Enfin, les habitations flambant neuves et les prix de l’immobilier étant relativement bon marché pour un Russe, cela a attiré un certain nombres d’opportunistes argentés dans la ville.
La vidéo en question ne cherchait pas à nier l’ampleur des reconstructions : lignes électriques, eau courante, réseau d’assainissement des eaux, gaz, routes, immeubles, écoles, terrains de jeux, hôpitaux, bâtiments administratifs, théâtres, parcs, plages même, tout cela a été refait, souvent à neuf. Elle ne cherchait pas non plus à nier que la population locale, dans sa très grande majorité, est plutôt ravie du changement de “propriétaire”. (Il y a des russophobes partout y compris à Marioupol mais leur nombre est tout à fait gérable sans avoir recours à des mesures discriminatoires ou punitives : qu’ils parlent ukrainien, qu’ils vitupèrent contre les « Moskals » si ça leur fait plaisir, du moment qu’ils ne nous emm… pas semble être la philosophie ordinaire du Marioupolais. On peut même trouver des habitants qui déplorent ouvertement les reconstructions russes de la ville, trop modernes à leur goût, trop propres, qui regrettent le charme, le pittoresque du vieux sud ukrainien et il y a certainement une part de vérité dans leurs plaintes, mais ces gens sont une toute petite minorité). Le biais du réalisateur ne se trouvait pas là. Plus subtil, plus factuel aussi que la majorité des reportages à charge, pas difficiles à trouver sur Internet, il insinuait un raisonnement très curieux, établissait des relations de cause à effet pour le moins particulières. En effet, selon lui, si la Russie s’occupait si bien de la ville, ce n’était pas du tout, comme un esprit naïf pourrait le croire, par fraternité, charité, compassion, mais uniquement par un calcul politique froid et dénué de toute espèce de gentillesse (comme un Russe qui, comme on le sait sont froids et pas gentils) : car si elle ne le faisait pas, cela aurait engendré du chaos, de la colère contre l’occupant et qui sait — on a toujours le droit d’espérer, hein — le renversement du gouvernement et du grand méchant Vlad, l’empaleur de bébés, 
l’empoisonneur universel, le destructeur de nations libres et démocratiques.

Bizarrement, à aucun moment dans ce film ne transparaissait l’idée que la motivation principale ou au minimum une des motivations de ces milliers de reconstructeurs, de bénévoles venus de toute la Russie (y compris du Donbass) pouvait simplement être le désir de venir en aide à ces populations qui ont souffert durant huit ans comme aucun Européen modernes, même pas les Serbes, n’en ont la moindre idée.

 

Et pour finir, ci-dessous, une très belle histoire, très émouvante, en images elle aussi même si celles-ci n’ont à peu près aucune importance. Ce n’est probablement pas un documentaire au sens propre, une histoire vraie comme disent les candides, mais les petits détails sonnent beaucoup trop juste pour que ce ne soit que de l’imagination et de l’art du conteur, qui rassemble ici le grand talent de l’écrivain et du comédien. Je ne mets jamais en principe de vidéo en russe sur ce blog puisque personne ou presque ne comprend cette langue en francophonie mais je fais une exception pour celle-ci d’une qualité assez incroyable (sauf l’image, un simple support, qui tourne en boucle). Les sous-titres en anglais et en français sont disponibles pour vous aider et j’ai pu vérifier que la traduction anglaise au moins est correcte. Deux choses importantes : la narratrice et le texte qu’elle lit sont réels, produits du savoir-faire humain : pas d’IA* là-dedans ; tout le reste est possiblement faux, y compris les noms et les têtes de jolies femmes.

I.A. : Idiotie Automatisée




samedi 17 janvier 2026

Effondrement de l’Occident : de la vieille Europe aux USA

     L’effondrement de l’Europe n’est pas un pronostic de ma part. C’est déjà arrivé. Si la très grande majorité des commentateurs, même de bonne foi, même relativement peu lessivés du cerveau, continuent à placer cet événement dans le futur, et parfois même dans un futur lointain et donc hypothétique, c’est que cet effondrement ne s’est pas produit soudainement mais progressivement. C’est une sorte de paradoxe mais il est nettement plus difficile pour un observateur moyen de rater un événement qui dure quelques secondes, comme l’effondrement d’un gratte-ciel, qu’un événement qui dure des milliers d’années, comme l’érosion d’une montagne ou la baisse du niveau marin. Déjà, nous ne vivons pas assez longtemps pour cela. Ensuite, c’est l’histoire de la grenouille mise dans un bain tiède sur un petit feu : elle sera cuite avant même d’avoir compris l’ampleur de son problème.

Évidemment, l’Europe n’a pas mis des milliers d’années pour s’effondrer, juste un gros siècle. Son déclin s’est amorcé au tournant des 19è et 20è siècles, ce qui pour nous Français, correspond plus ou moins à “la belle époque”, appellation qui n’avait rien d’ironique quand elle a été attribuée. Plusieurs événements ont servi d’accélérateur au processus. Les deux guerres mondiales (et espérons qu’il n’y en ait pas une troisième car ce sera la dernière pour nous de toute évidence) ont été des événements de cette sorte. La première a été un gâchis absolu pour l’Europe, un énorme canon d’obus qu’elle s’est tirée dans le pied. Cette boucherie déclenchée pour des motifs d’une légèreté invraisemblable a rompu gravement le contrat tacite qui existe dans toute société entre son élite et son peuple. La seconde, avec de meilleures raisons, n’était pourtant que la conséquence inévitable de la folie de la première. Les trente "glorieuses" qui ont suivi n’étaient en pratique que la conséquence mécanique de la destruction qui avait précédé. C’est un peu comme si vous cassez toutes les fenêtres d’une ville, vous pouvez être raisonnablement certain que l’industrie des vitriers va connaître un boom spectaculaire dans les années suivantes. Est-ce que la ville sera globalement plus riche à la fin qu’au début ? Evidemment non. Tout le monde se sera appauvri sauf les fabricants et poseurs de carreaux.

Néanmoins, on doit remarquer que l’Europe à cette époque était encore capable de sortir des personnages de classe mondiale, politiciens, industriels, scientifiques, artistes même. Après cela, elle n’a pratiquement plus cessé de promouvoir les médiocres. La longue marche des crétins, comme dirait Kornbluth, a pu commencer. Les mauvais choix et pire les choix absurdes, souvent en toute connaissance de cause (car il faudrait être naïf pour croire que ceux de là-haut qui ont accès à des informations de première qualité ignorent les problèmes qu’ils ont créés et qu’ils vont continuer de créer) se sont accumulés, paralysant lentement mais sûrement nos pays. On n’a en fait que l’embarras du choix. Je pourrais citer l’imbécilité ignare de vouloir décarboner la société. Ou de remplacer des centrales nucléaires productives, rentables et relativement pilotables (qui plus est peu carbonées si on croit que le premier objectif est essentiel) par des éoliennes improductives, et totalement non pilotables, sauf à se prendre pour le père Eole. Ou de vouloir remplacer le pétrole, cette merveille de la nature combinant dans l’espace le plus réduit possible toutes les qualités d’une source d’énergie — praticité, sécurité, rendement énergétique, faible coût — par divers moyens tous plus onéreux et inefficients les uns que les autres. Ou de croire qu’une civilisation avancée peut se passer de production industrielle. Ou d’arrêter et d’enfermer un pays pendant un an et demi pour une épidémie comme l’Humanité en connaît tous les dix ans. Ou encore, pour l’Allemagne, de se couper, ou plus exactement d’accepter l’ordre étasunien de se couper du gaz russe, sans lequel il est illusoire d’espérer une industrie compétitive. Et je suis sûr que chacun ajoutera du sien à cette liste de crétineries en vérité inépuisable. Pour l'Europe en général, la pire décision à long terme a été probablement son adhésion à l'OTAN, qui signait sa vassalisation dans l'empire US puisqu'il est certain que le seul réel décisionnaire et profiteur ultime de cette organisation est "l'ami américain". Mais pour la France en particulier, la pire décision, parce qu’elle était de nature philosophique, a été d’inscrire le principe de précaution dans sa constitution (un des gouvernements Chirac, je crois, mais c’est à vérifier). Certains pourraient me rétorquer que ce genre de déclaration grandiose ne mange pas de pain. Eh bien non, cela marque un cadre de pensée où tout risque est proscrit. Or la vie ne fonctionne pas comme ça. Toute entreprise réussie est le résultat d’une balance bien calculée entre les risques et les bénéfices attendus de l’opération. Et qui ne risque rien n’a rien est un proverbe qui n’a jamais rien perdu de sa vérité.

Ainsi donc l’Europe a déjà rejoint le cimetière des civilisations disparues après les Toltèques et les Pâquiens. R.I.P., n’en parlons plus.

(Petite digression : quand je dis que notre élite connait, pour la plupart de ses membres, les problèmes qu’elle crée, je ne sous-entends pas du tout qu’elle a des intentions machiavéliques. Non, c’est beaucoup plus simple que ça. Elle suit le chemin de moindre résistance. C’est ainsi que fonctionnent nos démocraties, que fonctionnent toutes les démocraties au bout d’un certain temps d’usage. Tous les systèmes politiques ont une date de péremption. Quand les démocraties l’atteignent, elles produisent alors naturellement des mauvais choix à répétition et sélectionnent des personnes de plus en plus médiocres aux postes importants, ce qui bien entendu accélère sans cesse le processus d’autodestruction. Et comme toutes les personnes médiocres, elles se reconnaissent au fait qu’elles attribuent toujours leurs propres erreurs à des causes extérieures ou carrément imaginaires. Une personne médiocre est incapable de reconnaître ses torts. Ainsi on entend régulièrement sur toutes les ondes affiliées au pouvoir que les difficultés sociales, économiques, financières et même culturelles sont de la faute des Russes ou des Chinois (on n’ose évidemment pas pointer du doigt l’ogre étasunien, notre maître, qui est en train de nous mâcher tout cru). Notons en passant la contradiction formidable que contiennent ces accusations. D’un côté on met la Russie au niveau de l’Espagne (qui ne brille pas plus que nous autres, voire encore moins) et de l’autre on nous assure que personne ne peut tousser en Europe sans que la Russie y soit pour quelque chose : quel incroyable pouvoir ! Pour rire, j’ai dernièrement vu un reportage très sérieux venu de Finlande qui reliait le fait que plus de rennes (finlandais) du côté de la frontière sont attaqués par des loups (russes apparemment) aux louches agissements d’un certain M. Poutine. Je ne vous détaillerai pas le raisonnement qui a conduit cette journaliste (si on peut encore appeler ça du journalisme) à cette conclusion implacable mais c’est du même niveau que les soi-disant drones russes au-dessus de Copenhague, de Londres, ou de la tête du derviche tourneur localisé au faubourg saint-Honoré. Si le Kremlin en a finalement assez de nos simagrés, ce n’est pas un drone hélicoptère made in China, en vente sur Amazon ou chez le marchand de jouet, qu’il nous enverra sur la tête !))

 

L’effondrement des USA n’est pour l’instant en revanche qu’un pronostic de ma part, que certains jugeront osé. Et j’ajoute par honnêteté que ce pronostic n’est pas désintéressé dans le sens où j’en tire un vif plaisir anticipé (puisque je ne suis pas bien sûr d’être encore là pour en profiter quand la chose aura lieu). Toutefois, on peut observer plusieurs signaux et indices sérieux que le processus est bel et bien en cours de préparation et qu’il sera bien plus brutal que pour la vieille Europe.

Tout d’abord, on ne pourra jamais assez remercier M. Trump pour avoir rendu clair ce qui était obscur, pour faire en plein jour ce que ses prédécesseurs faisaient dans l’ombre. Cela simplifie considérablement notre argumentation. Comme je l’ai fait observer dans un précédent article, que je qualifierais modestement de très recommandable, l’hypocrisie ordinaire de nos grands leaders a un but non pas louable et encore moins avouable mais pourtant nécessaire : maintenir leurs propres populations dans l’illusion que leur société, leur civilisation, est supérieure moralement, vertueusement, à toutes les autres, ce qui sous-entend à son tour que chaque individu qui la compose est lui-même plus moral, plus vertueux qu’un Chinois, qu’un Indien ou un Somalien. Cette illusion est absolument indispensable, selon moi, pour espérer poursuivre longtemps dans les faits un comportement de super-prédateur sans foi ni loi vis-à-vis du reste du monde. Israël est un exemple remarquable de ce type de comportement sans fard et il se trouve que M. Trump l’a pris pour modèle. Il nous a en effet tout dernièrement déclaré (avec ses mots) qu’il avait décidé de prendre en charge le poste de maître du monde, que la loi universelle qui régnerait dorénavant serait la sienne et uniquement la sienne mais comme il est l’élu de Dieu, elle ne pourrait être que juste et bonne, rassurons-nous. Eh bien il n'a pas rassuré grand monde à mon avis, mis à part quelques groupies comme Lindsey Graham, son fan club européen, et bien sûr la secte fanatique qui dirige Israël.

Le second mérite de Trump est qu’il est, tout comme la guerre, un fantastique accélérateur d’Histoire. Ce second mérite est bien sûr lié fortement au premier. Sa franchise, son mépris des formes, sa brutalité sans masque, sa vulgarité si vous voulez, obligent les autres, tous les autres à révéler leur fond, à faire des choix, à montrer leur jeu, tout leur jeu. L’ambiguïté stratégique, comme dirait le derviche tourneur national, n’est plus une option. En fait, il reste deux attitudes possibles : entrer en conflit avec l’Empire ou se mettre la tête dans le sable et ne plus jamais l’en sortir. Eh bien deviner le choix de l’Europe n’est pas difficile quand on se rappelle ses choix précédents dans des situations très ressemblantes. Je ne donnerai que deux exemples de cette attitude, mais à mon avis, aussi indiscutables que révélateurs. Le premier a été quand l’ami étasunien a détruit ou fait détruire les gazoducs Nord Stream après avoir prévenu quelques mois auparavant qu’il le ferait sans l’ombre d’un doute : quelle réaction des têtes soi-disant pensantes de l’Europe ? Regarder partout ailleurs que vers l’auteur des faits (que ces têtes ne peuvent ignorer). Et lorsque l’industrie allemande et donc européenne a commencé à couler tandis que les marchands étasuniens de gaz liquéfié se remplissaient les poches, quelle réaction ? Bravo les USA, nous allons enfin pouvoir nous découpler de ces affreux Russes, même s’il faut pour cela que le peuple (un ramassis d’imbéciles ingouvernables) sacrifie un peu de son confort et de ses économies (ils sont trop gras de toute façon et leurs économies ont été volées à l’État). Le second exemple est encore plus récent, quand l’Europe a accepté de reprendre le projet Ukraine, c’est-à-dire de payer pour la continuation d’une guerre qui ne peut qu’être perdue (ce que les USA ont bien compris, ce qui explique les efforts de Trump pour se désengager de toute l’affaire avant que ça ne lui explose à la gueule), payer pour les armements, et payer pour que le sous-Reich ukrainien puisse continuer de financer son armée de bandits et continue ainsi cahin-caha de fonctionner. Or, le plus jouissif pour un Trump, est de savoir pertinemment que le projet Ukraine est une création entièrement Frankensteinienne et que le professeur Frankenstein en l’occurrence s’appelle Sam de son petit nom, et que ces crétins Eurozonés vont payer à sa place en cash et possiblement en pintes de sang tout en transférant des sommes d’argent considérables vers ses coffres puisqu’il est évident que le seul fournisseur d’armes significatif pour les Eurozonés est précisément l’oncle Sam. Et on pourait ajouter en guise de cerise sur le gâteau que tandis que ces dindons farcis d'Européens continueront de payer et payer, les seules richesses prouvées de ce qui restera de l'Ukraine, lithium, terres rares et surtout terres noires iront presque intégralement dans la poche de l'Oncle Sam (généreusement, celui-ci a laissé 2 % des profits à partager entre les crapules du sous-Reich).

Le cynisme sans retenue de Trump est l’aboutissement ultime, si on peut dire, de toute la méthode occidentale et plus spécialement anglosaxonne, qui a cour depuis au moins trois siècles. Le cynisme est une forme de pragmatisme qui a mal tourné, qui a viré à l’immoralité simple. Mais il serait faux de croire qu’il est efficace pour cela. Admettre franchement que vous êtes une crapule est une sorte de progrès, d’un certain point de vue, mais n’est sûrement pas un plan de gouvernement à succès.

Trump n’est pas un accroc passager dans la politique de l’Empire, c’est un symptôme d’une maladie profonde, C'est son aboutissement, c’est la personnification des USA sans voile ni fard. Ses agissements de plus en plus frénétiques, de plus en plus irrationnels, traduisent non pas sa détermination MAGA mais ses doutes que son pays puisse justement jamais redevenir grand. La bête sent que le pouvoir, la place de roi de la jungle, est en train de lui échapper et cela la rend folle de rage. Elle veut frapper et mordre mais qui ? La Chine et la Russie sont hors de portée, même l’Iran est sans doute devenu trop coriace pour ses crocs usés. Alors le Groenland ? Pourquoi pas envahir le Groenland. Combien de divisions, les esquimaux ? C’est-à-dire en fait les Européens.

Tel est mon diagnostic. Il n’est pas réjouissant pour nous autres, j’admets. Mais soyons positif, il fera beaucoup plus d’heureux que de malheureux de par le vaste monde.

lundi 1 décembre 2025

Bons baisers de Russie 1 : voyage à l'ouest de l'Oural en 40 cartes postales

 


    Ne vous fiez pas trop à cette image là-haut; je n'aime pas les grandes villes aussi riches soient-elles et Moscou est vraiment une très riche et très grande ville. Sinon peut-être vue d'avion ou vue des toits comme ici. Dans ce carnet de voyage, vous ne trouverez donc guère de plans pittoresques de la capitale russe et de la seconde capitale, Piter (Saint-Pétersbourg en langue courante). Et comme en plus je n'aime pas les sites surchargés de touristes, vous ne verrez pas non plus la fameuse cathédrale en bois sur l'île de Kiji, mais comme vous avez déjà probablement vu ces plans mille fois, sans peut-être le savoir, ça ne devrait pas trop vous manquer.
    Dans cette première partie, je montre les régions à l'ouest de l'Oural avec mes commentaires forcément personnels et dans la seconde, vous avez deviné, je montrerai les terres de l'est de l'Oural, le grand orient russe.


     C'est parti!... Payehralé !

    Comme il est très difficile de ne pas commencer son voyage russe par Moscou, c'est donc par là que nous allons débuter avant de rallier bien vite des zones moins peuplées. D'ailleurs, soyons honnête, Moscou n'est pas la pire des mégalopoles. On trouve même un parc national de 17000 ha, exactement la taille de la forêt de Fontainebleau, avec élans, castors et pygargues (oui, comme celui qui sert de blason à l'ennemi américain) non pas aux portes mais encastré dans  la ville. Et il ne s'agit pas d'une fleur de rhétorique (comme de prétendre que Rambouillet ou Fontainebleau sont aux portes de Paris), puisqu'un tiers de la surface de ce parc est inclus dans les limites cadastrales de Moscou. Tirée d'un de mes précédents articles, voici une peinture du grand Savrassov représentant une vue de l'île aux élans (c'est le nom du parc):


    Bon, mais Moscou, c'est évidemment plutôt ça :

    


    Voici plus bas une autre vue du même centre moderne de Moscou, photographié cette fois depuis un quartier de datchas, en fait un ancien village englobé par la mégalopole. La plupart des Russes vivent en effet ordinairement dans des villes et habitent des appartements d'immeubles. Mais la plupart de ces citadins ont une datcha dans la campagne. La datcha n'est pas tout à fait l'équivalent d'une maison de campagne ou d'une maison secondaire pour un Français. Il n'y a pas toujours les aménités pour ainsi dire réglementaires en France : chauffage central, eau courante. La datcha est donc utilisée essentiellement à la belle saison (qui peut fortement varier en durée selon que vous habitez à Arkhangelsk ou à Rostov-sur-le-Don) pour se reposer, faire des activités de plein air, jardiner et préparer des fruits et légumes en bocaux pour avoir des produits "frais" pas chers lors des sombres mois d'hiver (plutôt sombres à Moscou, et complétement sombres à Mourmansk). Naturellement, de nos jours, toutes les datchas ne sont pas aussi rustiques.



    En route pour le nord, vous pouvez faire le détour par un petit village comme dans le "bon vieux temps". A la fin de l'hiver, ou même au printemps, il ressemblera probablement à ça :

    Hé oui, le climat au nord de Moscou est plutôt humide. Pas si froid que ça, du moins selon les standards russes, mais humides et nuageux. Et comme partout ailleurs, sauf peut-être au Lichtenstein (et ses cinquante kilomètres de voie routière), les petites routes de campagnes ne sont pas déneigées si ce n'est par le tracteur du paysan local.

    Sur le même chemin, voici une destination qui mérite le détour et le coup d'œil :


    Ce chef d'œuvre architectural a été achevé et inauguré en 2020. L'intérieur est également splendide, lumineux et coloré, en parfait contraste avec l'extérieur sombre et même un peu lugubre (c'est un monument dédié au 27 millions de soviétiques morts, civils comme militaires, lors de la seconde guerre mondiale). J'ai déjà consacré un article à cette cathédrale de fer, ici, pour ceux qui sont intéressés par les merveilles architecturales.


Très beau village, où l'on peut rêver de pêcher la truite puisque c'est pour de bon le printemps, dans la région d'Ivanovo, au nord de Moscou. 

    En continuant longtemps vers le nord, on finit par atteindre l'oblast d'Arkhangelsk et sa campagne très agréable, qui évoque la Carélie en plus vallonnée :


    Non, nous n'irons pas voir Arkhangelsk. Nous allons bien plus loin.  Nous bifurquons et empruntons la route du nord-est, là où il n'y a plus de villes et à vrai dire presque plus de route. Peu nous importe. Le chemin sera long et ardu mais nous voyageons lentement et nous avons tout notre temps. Presque deux ans de vacances. Il faut bien ça pour visiter la Russie. Et comme Avtovaz (qui fabrique les Ladas) a eu l'excellente idée de continuer à produire des voitures telles qu'on les fabriquait il y a un demi-siècle (sans électronique, réparable sur place, résistante à tout sauf l'idiotie), nous sommes parés pour ce type de chemins, et de climats (qui ne veulent toujours pas se réchauffer)! Pour le reste, le GPS fonctionne presque partout, avec en plus le GLONASS, le système satellitaire géographique domestique, même au fin fond de la Sibérie comme nous le découvrirons plus tard. 


    Nous voici dans le nord de l'Oural. Il n'y a plus ni route ni village. C'est la belle saison. Les névés subsistant de l'hiver pourraient faire croire que nous sommes très haut. Pas du tout. La vallée fluviale que survole notre drone est à peine au-dessus du niveau de la mer. D'une manière générale, bien que l'Oural ne dépasse guère en altitude le Massif Central et qu'il soit aussi ancien, le relief est très différent, beaucoup plus escarpé; parfois on se croirait dans les Aravis ou vers le Monte Cinto pour ceux qui connaissent. Evidemment, la végétation est quelque peu différente. Ah, ah! c'est la toundra ici dès la plaine. Et c'est très beau la toundra, l'été… même avec un million de moustiques et autres bestioles suceuses de sang.


    Oui, c'est toujours la belle saison. L'extrême nord de l'Oural. Le paysage est polaire. La végétation a presque disparu (mais pas la faune). Le règne minéral semble quasi total. En avançant, ce ne peut être que l'abîme, la fin de tous les chemins.


    L'Oural est un très grand massif qui s'étire sur toute la hauteur de la Russie depuis le cercle arctique jusqu'à la frontière sud, avec le Kazakhstan. Ici, mine de rien nous avons parcouru près de deux mille kilomètres depuis notre dernier arrêt photo. Un des modes de transport les plus usités sur ces longues distances nord sud ou sud nord est le bateau. En effet, la Russie a de très grands et très larges fleuves qui ont la particularité de s'écouler du nord vers le sud (comme la Volga) ou du sud vers le nord comme l'Ienisseï ou la Lena. Cette rivière-là (peu importe son nom) a la particularité étrange de traverser l'Oural de l'est vers l'ouest, ce qui explique la hauteur des falaises qui l'encadrent.
    D'ailleurs, on devrait dire les Ourals comme on dit les Alpes ou les Carpathes car il y a deux chaînes de montagnes parallèles dans l'Oural.


    Hé oui, il y a des neiges éternelles dans l'Oural, malgré sa faible altitude, même au sud de la chaîne, comme ici. Remarquez le nuage, magnifique, qui plane au-dessus du pic comme pour cacher le vaisseau de l'ennemi préféré des Etasuniens, je parle bien sûr des Rouges… les Martiens.


    Au sud de l'Oural, un village dans l'oblast de Sverdlovsk. La forêt, la taïga en russe, n'a pas encore complètement laissé place à la steppe.


    A l'extrême sud de la chaîne, voici la célèbre montagne de Tchatir Taï, du moins célèbre chez les Russes. C'est ici que commencent ou finissent les immenses steppes du Tatarstan et de tout le sud ouest de la Russie, de l'Oural jusqu'à la Crimée.


    Poursuivant toujours notre route dans le sens des aiguilles d'une montre, et donc maintenant vers l'ouest, nous traversons la steppe en direction de la Caspienne. Cette photo a été prise au début du printemps. D'une manière générale, la steppe russe gagne beaucoup a être parcourue au printemps, ou à la rigueur au début de l'été (mais il commence à faire très chaud dans ce climat hyper continentalisé). Les fleurs rouges que vous voyez ne sont pas des coquelicots mais des tulipes sauvages. Hé oui, les tulipes ne proviennent pas de Hollande, de la rive de la mer du Nord, mais des rives de la mer Caspienne et de la mer d'Azov! Pour nous Français, et plus encore pour des Hollandais, il est difficile de croire à ces tapis de fleurs presque infinis avant de les avoir vus.


    Ici, nous nous trouvons dans une réserve naturelle stricte, près de la frontière du Kazakhstan, à 200 km au nord de la Caspienne. Ce n'est donc pas la mer au fond mais un des nombreux lacs salés de la région, tous situés sous le niveau de la mer. La photo est un peu trompeuse dans le sens que les reliefs sont réduits au minimum. L'éminence que nous voyons, le grand Bogdo, le point cuminant de toute la région, semble avoir été baptisé par un plaisantin puisqu'il cumine à 150 m, et même 125 m par rapport au niveau de la mer. C'est une très curieuse formation en calcaire posée sur un dôme de sel.
    Les réserves naturelles strictes en Russie sont interdites d'accès aux visiteurs, sauf quelques zones très réduites, ou alors en nombre très limité après réservations auprès de la Réserve et accompagnement par un guide maison obligatoire.

    Du côté d'Astrakhan, le climat devient très sec et on croise quelques déserts plus fréquentés par les chameaux et les chevaux sauvages (sauvages comme les cochons corses, c'est-à-dire dont les propriétaires sont invisibles et peut-être inexistants) que par les hommes.
Je crois que c'est aussi le décor du western soviétique le plus célèbre intitulé 



Le soleil blanc du désert
, que je recommande aux amateurs de western et de films d'aventures, puisqu'il est évident que nous ne savons plus faire ce genre de films. 


    Près d'Astrakhan, le désert, ou semi désert, peut très vite se transformer en végétation luxuriante, un peu comme dans le delta du Nil et pour les mêmes raisons. Il s'agit ici de la région de l'immense delta de la Volga, qui couvre toute la rive nord de la mer Caspienne. vous avez bien reconnu les fleurs: il s'agit de lotus, les plus septentrionaux au monde.


    Nous sommes arrivés au pays des Kalmouks, près de la ville d'Elista. Région intéressante quoique peu connue. L'ethnie dominante est ici fortement typée mongole, autre signe que les Mongols étaient de grands voyageurs si on considère que leur base est la Mongolie.  La religion la plus pratiquée en Kalmoukie est non pas l'animisme comme on pourrait le croire mais le bouddhisme, ce qui en fait la seule région d'Asie occidentale ou de ce que certains s'entêtent à appeler l'Europe, à avoir le bouddhisme pour religion dominante. Comme on peut le deviner sur cette photo, ce n'est pas la région la plus peuplée du sud-ouest de la Russie. De cette république modeste sont pourtant sortis deux personnages très peu modestes, dont un tout spécialement connu en France: celui-ci est Youri Djorkaeff dont le père est Kalmouk et l'autre est... Lénine.
    L'animal emblème de la Kalmoukie est l'antilope saïga qui parcourt ces steppes selon des cycles migratoires mystérieux. Je ne vous montrerai pas sa photo car je suis limité en cartes postales mais vous l'avez certainement déjà vue quelque part avec son énorme nez adapté à la sécheresse et surtout au froid (car les hivers sont très rudes ici bien qu'on soit à la même latitude que Nice) : elle a prêté son appendice nasal, sa péninsule comme dirait Cyrano, à certains extraterrestres dans Star Wars.
   Les animaux au second plan ne sont donc pas des saïgas mais des moutons. Au premier plan, on retrouve un champ de tulipes sauvages. Vous noterez que si leur couleur dominante est le rouge, il y en a aussi des jaunes, des roses (pas visibles sur cette photo), quelques blanches et même parfois, plus rarement, des noires.


    Nous avons remis le cap sur le sud et nous voici maintenant au Daghestan, dans la ville de Derbent, sur la rive ouest de la mer Caspienne. Le Daghestan a tout pour plaire au touriste sur le papier, la mer, la montagne, la culture millénaire, les vieilles pierres et cette fois, on peut le dire, un climat très favorable, avec un soleil généreux, bien adouci ici par la proximité de la mer (qui est en fait un très grand lac, un lac d'eau modérément salée). Eh bien effectivement, c'est une de régions les plus fréquentées par les Russes pour leurs vacances. Mais bon, question réputation, c'est un peu comme la Corse pour les Français si vous voyez ce que je veux dire…


    Cette fois, ce n'est pas la "mer" mais un lac de barrage, toujours dans le Daghestan, situé dans un des canyons les plus profonds du monde (pas ici, plus loin). Qui dit barrage et centrale hydroélectrique dit (le plus souvent car il faut du dénivelé) montagnes. Cette république est en effet une des régions du Caucase, au nord-est de la chaîne ou plutôt des chaînes, puisque le Caucase comme l'Oural est constitué de deux chaînes de montagnes parallèles, mais cette fois orientées dans le sens est ouest. Comme on voit, le climat est sec, semi aride contrairement à l'ouest du Caucase, plus arrosé et plus verdoyant (du côté de Sotchi et de la mer Noire).



    Nous avons changé de république (je vous épargne son nom, presque impossible à dire et retenir) mais pas de montagne. Il s'agit bien  toujours du Caucase. Dans sa chaîne nord, qu'on appelle le grand Caucase, côté russe donc, on peut découvrir au détour d'un virage cette énorme montagne couronnée de neiges éternelles, surgie brutalement de la vallée. Il n'existe pas d'équivalent à cette impression en France: tout est beaucoup plus progressif chez nous. Naturellement il s'agit d'une caractéristique des montagnes d'origine volcanique; Elles surgissent soudainement et brutalement (au moins à l'échelle géologique). Et dans ce cas, le volcan a surgi à 5600 m d'altitude, 4400 m au-dessus du niveau des terres qui l'entourent.  L'Elbrouz, puisque c'est lui, est un volcan, un double volcan en fait comme on peut le voir sur cette photo, endormi certes mais pas depuis longtemps; sa dernière éruption a eu lieu après JC.


    A basse altitude, les pentes du Caucase donnant sur la mer Noire ont la particularité de bénéficier d'un climat subtropical. L'hygrométrie est nettement plus élevée que du côté est. Les températures sont plus douces, été comme hiver. C'est le lieu d'une des forêts les plus riches et diversifiée de Russie (avec celle du bassin de l'Amour tout à l'autre bout du pays), mélange de feuillus et de résineux. L'un de ces derniers, le sapin de Nordmann, oui, celui-là même qu'on vous vend à Noël, peut devenir géant et dépasser les 60m de haut. On en a quelques beaux exemplaires sur cette photo.



    Les terres les plus fertiles --les fameux sols à tchernoziom-- s'étendent des piémonts occidentaux du Caucase jusqu'à la mer d'Azov et l'est de l'Ukraine et vers le nord jusqu'à au moins Voronej. Sur certaines coupes pédologiques (que je ne peux montrer ici), on peut voir que cette bande de terre noire atteint les deux mètres de profondeur. L'intérêt agricultural de ces terres est encore renforcé par le fait qu'elles sont presque rigoureusement plates et donc faciles à travailler, à l'exception de quelques ondulations comme ici. C'est le genre de paysage que Tchekhov a eu devant les yeux la plus grande partie de sa vie.
    Sur la photo, nous sommes à la limite nord de la zone à tchernoziom, vers Belgorod, juste au nord-est du nord-est de l'Ukraine.


    Sautons quelques étapes et nous voici déjà arrivés sur les rives de la mer d'Azov dans la baie de Taganrog, qui fait partie du kraï de la grande ville de Krasnodar. Taganrog est la ville natale de Tchekhov mais la mer est en fait, et de façon très curieuse, rarement présente dans ses nouvelles. Le regard de Tchekhov était clairement tourné de l'autre côté, vers la steppe plate et ses terres noires monotones s'étirant apparemment à l'infini.


    Certainement le paysage le plus spectaculaire qu'on peut voir du côté de la mer d'Azov, à condition d'avoir un drone (le survol de drone n'est plus autorisé aujourd'hui dans cette région pour des raisons qu'on devine sans peine).
    La mer d'Azov est remarquable par sa platitude pourrait-on dire, à l'image des terres qui l'entourent. La profondeur moyenne de cette mer --il s'agit d'une vraie mer, contrairement à la Caspienne, quoique très peu salée-- ne dépasse pas sept mètres! Ses rives sont également plates, en dehors de quelques talus côtiers qui permettent d'observer l'épaisseur de sol noir de ces terres hautement fertiles. En raison de ces caractéristiques, les bancs de sable comme sur la photo précédente et les lagunes et bassins très salés comme ici sont très nombreux.
Pour bénéficier de cette vue, à pied ou en véhicule tout terrain, il faut venir l'été, de préférence l'après-midi quand le soleil a eu le temps de chauffer les eaux et que certains organismes microscopiques de ces lagunes se mettent alors à fabriquer un pigment rose ou rouge intense. 


    Le pont de Kerch, qui traverse le détroit de la mer d'Azov et relie depuis 2018 la Russie continentale à la Crimée. Le faible fond aide évidemment dans ce type de constructions cyclopéennes. Les Banderistes imitateurs du moustachu autrichien et leurs patrons occidentaux ont essayé à maintes reprises de le détruire par divers moyens : drones, camions bourrés d'explosifs, missiles. Sans autres résultats que la mort d'un couple de vacanciers (en partance pour la Crimée). Quand on examine la construction, on comprend pourquoi.
    Aujourd'hui toujours, c'est le plus long pont de la péninsule européenne, de l'ordre de 20 km de mémoire.


    Autre vue du pont de Kerch, côté Crimée.

    

    La Crimée est depuis des siècles un des lieux de villégiature les plus fréquentés par les Russes. Il y en a pour toutes les bourses, depuis les palais de Yalta fréquentés par Staline aux sanatoriums pour le travailleur fatigué (au temps des soviets) et maintenant aux bungalows de plage. L'influence étrangère principale, historiquement et culturellement, est non pas ukrainienne mais turque, et peut-être plus lointainement grecque, à en juger par le nom du site où est perchée cette église : Phoros.
    Ceci dit, la partie touristique de la péninsule ne compte guère que pour un tiers de la surface des terres, en bordure sud, qui plongent de très haut vers la mer Noire; tout le nord et le centre sont dédiés à l'agriculture, céréales et oléagineux principalement, grâce à ses plaines aux rendements incomparables.


    J'aurais bien aimé passer par Yasnaïa Polyana, dans l'oblast de Tula, puisque c'est la première et dernière demeure de Lief Nikolaïevitch, mon écrivain russe préféré et qu'il paraît que c'est un endroit très bien conservé et fort tranquille. Isanaïa Polyana veut dire clairière lumineuse. Malheureusement, un voyant m'a assuré que de voir Isnaïa Polyana, surtout à l'automne, serait pour moi comme de voir Venise, c'est-à-dire mourir, et par excès de prudence sans doute, j'ai préféré remettre cette intéressante expérience pour plus tard. Du coup je suis monté en droite ligne vers le Nord, en passant du côté de Smolensk, où l'on trouve de petits villages à mon goût, comme celui présenté plus haut.


    Nous voici à Rgeff (j'ignore comment ça s'épelle en Français mais pour le prononcer, partez du prénom Jeff et rajoutez un r roulé devant). C'est le second monument dédié aux soldats morts que je préfère (après la cathédrale de fer déjà vue). L'idée de la sculpture provient d'un poème russe qui dit quelque chose de ce genre (je cite de mémoire) :
"Aux soldat qui ne sont jamais revenus des champs sanglants,
Je ne crois pas vraiment qu'ils soient dans cette terre
Mais que leurs âmes se sont changées en grues blanches."
    Il y a en effet une vieille légende locale qui dit que l'âme des morts va au ciel sous la forme de grues blanches.
    Dans cette photo, presque par miracle, mais c'est la bonne époque pour les migrations, on peut voir un vol de vraies grues à droite du soldat mort. Bon, j'ignore si ce sont des grues blanches, ou juste des cendrées comme les nôtres.


    Moscou a ceci de commun avec Paris qu'il est très difficile d'y échapper. La Russie, malgré sa structure en Républiques et régions fédérées, possède ce puissant centre de gravité qui vous aspire à un moment ou à un autre quoi que vous fassiez pour l'éviter. Toutes les voies y mènent, bien plus qu'à Rome, et toutes les voies en partent.
    Bon, ayant compris que nous n'y échapperons pas, nous en avons profité pour visiter le village natal d'un autre personnage célèbre (un grand bâtisseur comme Pierre et Vladimir) puisque nous avons  dû nous passer de celui de Tolstoï. Il s'agit de Kalominska, le lieu de naissance d'Ivan Vassilievitch, au glorieux surnom de Grozny. Ivan Vassilievitch est, parmi les grands dirigeants russes un des rares et peut-être le seul vrai moscovite. Il est né et mort à Moscou ou tout près; les barres d'immeubles que vous voyez à l'arrière plan sont en effet les premières vagues de la banlieue sud de la capitale.
    Ah je suis facétieux mais ça m'amuse toujours appeler Ivan IV dit Le Terrible par son patronyme natal. le Terrible est une traduction discutable de grozny qui veut plutôt dire formidable. J'aime l'appeler Ivan Vassilievitch parce que c'est le nom d'une pièce de science-fiction comique de Boulgakov, qui écrivait des choses souvent puissamment drôles et très imaginatives à défaut d'avoir la profondeur d'un Tolstoï ou d'un Tchekhov. En plus, la pièce a été merveilleusement adaptée au cinéma, donnant un vaudeville endiablé irrésistible (avec Boulgakov, le diable n'est jamais bien loin). Souvent, on croit que Boulgakov a été persécuté par Staline mais en fait il a plutôt été protégé des chiens du Parti par leur maître qui appréciait beaucoup les pièces de l'auteur. En réalité, l'ennemi de Boulgakov a toujours été le commissaire politique aux logements, ce terrible bureaucrate mesquin, par zèle ou par corruption (ou les deux) qui gérait les logements communaux à l'époque soviétique et son pendant ,non moins redoutable (pour un artiste), le commissaire politique à la culture (tout particulièrement quand les bolchéviques y croyaient encore et étaient donc les plus ardents à chercher tout ce qui déviait de la pensée correcte).
    Pour en revenir à Ivan Vassilievitch, la pièce et le film ne sont évidement pas des modèles historiques, puisque ce sont des satires comiques, mais l'histoire y est toujours mieux représentée que dans le film du franco-russe (surtout franco) Pavel Lounguine, consacré au même tsar, qui est l'équivalent pour qui s'intéresse à l'histoire russe du Jeanne d'Arc de Luc Besson pour qui s'intéresse à l'histoire de France : des films qui eux, méritent sans discussion le surnom de "terrible".



 Nous sommes en Carélie, avec ses églises en bois, ses lacis de cours d'eau et de lacs, parfois immenses. Il s'agit de l'île Kiji, destination presque incontournable quand on passe par là. Là, c'est le grand lac Onega, à peine moins grand que son voisin Ladoga (les deux plus grands lacs de la péninsule européenne).



    La Carélie touche l'oblast de Leningrad. Et dans l'oblast de Leningrad, il y a bien sûr avant tout Piter. Piter est bien sûr une référence à Pierre, le tsar fondateur de la ville. Un autre chef d'Etat plutôt renommé (et à juste titre) non seulement lié mais natif de l'oblast de Leningrad est cet authentique serviteur de peuple qu'est Vladimir Vladimirovitch. En faisant sa descente vers l'aéroport, peut-être que le pilote s'amusera à faire un coucou au centre Lakhta où se situe la plus haute tour du sous-continent. A cette époque, ce sera probablement votre seule chance d'apercevoir son sommet car le brouillard et les nuages bas venus de la Baltique sont le régime général de l'automne (et de l'hiver) à Saint-Pétersbourg.


    C'est dans les chantiers navals de Piter que l'Akademik Lomonossov, la seule station nucléaire flottante au monde, a été construite (d'autres sont en cours de construction pour des destinations diverses comme l'Ouzbékistan). Puis elle a été tractée par remorqueurs jusqu'à Mourmansk à travers mer Baltique, mer de Norvège, mer de Barents, ce qui est très long, mais ce n'était que la première partie de son immense périple. 


    Au nord de la Carélie, nous passons dans la péninsule de Kola. Les montagnes ne sont pas très élevées, pas plus de mille mètres mais comme les vallées ne sont guère plus élevées que le niveau de la mer, ça fait tout de même de jolis monts. L'hiver, l'une d'elles sert d'ailleurs de station de ski alpin aux Mourmanskais, grâce à ce dénivelé. L'enneigement est assuré.


    Une autre vue de la péninsule de Kola, très belle avant l'hiver. Celui-ci est maintenant tout proche; ce n'est plus qu'une question de jours avant que le blanc n'envahisse tout.


    La photo est de piètre qualité. Mais quand vous avez la chance de voir une aurore boréale depuis la fenêtre de votre cuisine et que vous avez l'âme d'un touriste, il faut en profiter et prendre le premier appareil à portée de main car le spectacle peut être bref. Le quartier et la ville en général  ne sont peut-être pas les plus coquets qui soient mais l'habitant a droit a de sacré spectacles une bonne partie de l'année et totalement gratuits. A Mourmansk, il fait nuit toute la journée, sauf une sorte de crépuscule vers midi, de fin novembre à la mi-janvier.


    Mourmansk est la plus grande ville au monde située à l'intérieur du cercle arctique. C'est un des ports les plus vastes de Russie et à coup sûr un des plus stratégiques. La grande base navale militaire arctique n'est pas très loin dans ce même fjord. La vue ici montre le port commercial, très vaste lui aussi. Ce port a ceci de particulier qu'il n'est jamais pris par les glaces, même au cœur de l'hiver, en tout cas pas suffisamment pour gêner de gros bateaux. C'est vraiment un trait remarquable quand on sait que la Baltique, bien plus au sud, est sur toute sa moitié orientale gelée la plus grande partie de l'hiver.


    Toujours le port de Mourmansk en automne. C'est d'ici que l'Akademik Lomonossov après avoir reçu ses dernières couches de peinture et son combustible nucléaire a pris la route pour sa destination finale, à l'autre bout du pays, en Tchoukotka, pour alimenter en chaleur et en électricité la ville de Pivek.
Et c'est là-bas que nous continuerons ce voyage dans la seconde partie.


    Un Américain voyage en Russie, ici.