samedi 7 mars 2026

Guerre contre l'Iran: la voie finale

 

Hommage à Khameneï sous les bombardements à Téhéran

Cet article rentre dans la catégorie : "c'est beau une explosion nucléaire, la nuit, mais cent, c'est encore mieux".

    Après beaucoup d’hésitations et de tergiversations, Les USA et leur proxy préféré ont donc déclenché la guerre totale prévue de longue date contre l’Iran. Dans ce cas, il est fort probable que c’est le chien qui tient le maître plutôt que l’inverse mais le résultat est le même. Selon leur méthode ordinaire (à l’un comme à l’autre) les massacres, les crimes de masse ont aussitôt commencé, dès le premier jour, dès les premières heures. 165 écolières plus leurs professeurs d’école élémentaire ont été tuées dans un tir de missiles. Du travail très propre, pas de survivants. Aujourd’hui, l’excuse avancée est une simple erreur de cible. C’est évidemment faux, comme le prouvent les attaques ciblées sur d’autres écoles (encore une hier, des garçons cette fois, toujours en école élémentaire) et les hôpitaux. Si on ajoute à ça les postes de police, systématiquement pris pour cible, il est évident qu’on retrouve la tactique habituelle de Netanyahu et ses sbires, employées à Gaza ou au Liban : détruire ou essayer de détruire les structures même d’une société civile. Il n’y a pas d’erreur ici, c’est le plan.
En revanche, il y a une erreur, gigantesque, pour les USA tout du moins, dans le seul fait de s’attaquer à l’Iran. C’est un trop gros morceau pour les USA actuels, très affaiblis industriellement, financièrement, économiquement et même militairement (le déclin rapide de la production industrielle entraîne automatiquement celui de l’armée). Ne vous laissez pas bluffer par ces images d’armada maritime surpuissante : dans ce type de guerre, son efficacité ou même son utilité est très faible.
Bien que Trump soit incompétent politiquement (si tant est qu’il possède une autre sorte de  compétence en dehors de l’industrie du spectacle), il n’est ni assez fou ni assez stupide pour ne pas avoir senti que le risque de tout perdre dans cette nouvelle aventure était considérable. Il est tout à fait conscient que ce ne sont pas seulement les USA qui risquent une déculottée magistrale et en mondiovisions, ce qui ne ne lui importe peut-être pas tant que ça au fond, mais lui, personnellement, Donald Trump, ce parangon de puissance, ce demi-dieu, ce pourvoyeur de paix universel selon la novlangue de 1984. Il sait qu’il risque la destitution en cas d’échec et la déroute électorale assurée qui suivra en fin d’année. Ses ennemis politiques, de tout bord, ne vont pas le rater cette fois. Et destitution signifie prison pour Trump, dans une cellule voisine de Maduro. Il avait une petite chance de s’en tirer, de se sortir de ce guet-apens sans trop de dégât pour son image (la chose qui lui importe le plus) juste après le premier jour de guerre. Il lui aurait suffi de déclarer « victoire ! » après la mort de Khameneï et de rappeler toute son armada. Et sans doute l’idée lui a passé par la tête : en somme répéter le coup fumant (et fumeux) du Venezuela. Mais les donneurs de Donnie ne l’ont pas entendu de cette oreille. Ces gens-là ne se contenteront pas d’une victoire cosmétique pour ce qui est de l’Iran. Ils veulent la destruction de l’Etat perse, ils veulent le Grand Israël, du Nil à l’Euphrate, comme l’a confié tout dernièrement l’ambassadeur étasunien posté en Israël et l’Iran est le dernier obstacle régional à ce plan grandiose. Les plus fanatiques ne sont pas seulement juifs, ce sont aussi ces étranges chrétiens d’Amérique qui hurlent des insanités chaque jour à l’oreille de Trump : ils y croient dur comme fer à leur projet insensé. Il est également probable que ces gens — ou bien leurs partenaires au pouvoir en Israël — aient un gros dossier Epstein sur Trump, à utiliser en dernier ressort toutefois tant l’arme est dangereuse (puisque Trump en a peut-être un autre sur ces mêmes personnes).
Quoiqu’il en soit, Trump a laissé passer l’occasion et il est maintenant clair que la guerre va être plus longue que prévue et sur une échelle bien plus grande. Or, le problème, l’énorme problème, est qu’il n’y a jamais eu de plan B si le plan A échouait (et il a échoué). Il n’y a plus de retour en arrière possible et le chemin devant est pour le moins obscur et déprimant. Changer le « régime » comme disent les grands médias occidentaux est impossible : nous le savons maintenant ; la seule photo de ces centaines de milliers d’Iraniens réunis dans la rue pour rendre hommage à Khameneï, alors même que les bombes pleuvent sur Téhéran (voir photo plus haut) devrait suffire comme preuve. On peut discuter de la compétence des services de sécurité et de renseignement iranien mais pas de leur compétence militaire. L’armée iranienne est clairement très bien préparée et a en plus reçu des améliorations depuis juin dernier. Des améliorations venues d’où ? Ah, ah, chut, chut, c’est un secret. Je remarque juste que la dernière fois, durant le guerre des Douze Jours, l’Iran avait réussi de manière documentée à abattre un drone en tout et pour tout. En sept jours depuis le 28 février, au minimum 4 chasseurs étasuniens et plusieurs dizaines de drones lourds ont été abattus : tirez-en vous-mêmes les conclusions qui s’imposent. En tout cas, on ne crée pas une telle défense anti-aérienne partie de zéro ou presque en huit mois. La stratégie d’attaquer les base étasuniennes, toutes sans exception, localisées dans le Moyen-Orient, en plus des cibles habituelles en Israël, est excellente, encore plus couplée au filtrage sévère dans le détroit d’Ormuz. Du coup, la pression est aussi bien économique que militaire pour l’agresseur et son proxy enragé. Le fait même que les armements étasuniens (et donc israéliens) soient si onéreux devient un handicap énorme et non un avantage contre des drones et des missiles iraniens relativement bon marché et rapides à produire. Demandez au porte-avion Lincoln pourquoi on n’en entend plus parler (et si on se remettait à en parler, ce serait probablement très mauvais signe… pour la marine US). Certes les Iraniens prennent beaucoup de coups mais ils en distribuent énormément aussi et des coups très bien placés, contrairement aux destructions d’écoles et d’hôpitaux. Qui va tenir le plus longtemps ? Eh bien celui pour qui le combat est un enjeu existentiel. Quitte à mourir de toute façon, mieux vaut que ce soit les armes à la main. Il n’y a rien d’existentiel pour les Etasuniens dans cette guerre, sauf pour la petite clique de Washington ; il n’ y a rien d’existentiel non plus pour les Israéliens (sauf pour Netanyahu et sa bande d’assassins) ; au pire les Israéliens feront leur bagage et repartiront là d’où ils viennent : Europe de l’Est (mais pas en Ukraine, hein, ils risqueraient de se retrouver au front avant même d’avoir pu poser leurs bagages), France, USA.
Si on sait lire entre les lignes des déclarations venues du Pentagone ou de la Maison blanche ou de la CIA (et c’est une compétence obligatoire si on veut comprendre quelque chose aux événements), le pouvoir washingtonien est arrivé à la conclusion, très prévisible, que seul un assaut terrestre de grande ampleur permettrait éventuellement d’atteindre les objectifs fixés, au minimum le changement de régime iranien. Vous voyez le problème pour Trump ? Un Viêt-Nam juste avant les élections, quand vous avez fait toute votre campagne en racontant (aux gogos) que vous serez le président de la paix, n’est pas très prometteur. Et contrairement à la guerre en Ukraine, impossible de trouver dans le coin un proxy adapté et toute la chair à canon qui va avec, pour faire la guerre à votre place. Soyons clair, avec les moyens offensifs et défensifs dont dispose l’Iran aujourd'hui (et encore davantage demain) plus une population de 93 millions de personnes largement fidèle à son gouvernement, les pertes étasuniennes seraient colossales, possiblement plus élevées que celles de la seconde guerre mondiale et certainement plus élevées que lors des guerres de Corée ou du Viêt-Nam. Ce n’est donc pas une voie possible, même en rêve pour les USA de Trump (ou de n’importe quel autre président en fait). Alors quelle voie reste-t-il ? C’est la question qui fait peur. Quand des bêtes enragées sentent qu’elles sont en train de perdre, de perdre tout, qu’est ce qui pourrait les retenir de franchir les ultimes bornes, de violer les dernières règles qui leur restaient, de briser les tabous que l’on croyait encore inviolables quelques années plus tôt. La conscience de Trump ? De son copain génocidaire ?
La tentation d’utiliser l’arme nucléaire ne va cesser de croître. Les fanatiques à la tête d’Israël ont déjà commencé à évoquer le sujet. Il est improbable que les USA passent à l’acte mais le danger est, comme toujours, qu’ils soient mis devant le fait accompli par leur monstrueux acolyte. Israël, contrairement à l’autre proxy ukrainien, possède l’arme nucléaire et cela la démange de plus en plus de l’utiliser. C’est une des raisons aussi pourquoi Trump et les USA en général hésitent beaucoup à laisser se débrouiller leur gendarme du Moyen-Orient. Abandonner Israël face à l’Iran n’est pas une option viable. Ils savent qu’il est fou, enragé, incontrôlable.
Toute la stratégie de cette secte fanatique, car elle en a bien une contrairement à Washington, est de transformer cette guerre régionale en guerre mondiale. C’est pourquoi elle tire sur tout ce qui bouge, et dans toutes les directions, apparemment inconsciente des conséquences. Israël cherche sciemment le chaos, l’embrasement général. Actuellement la seule chose qui empêche encore le monde de basculer dans l’apocalypse (on n’en a jamais été aussi proche qu’en ce moment-même) est la volonté évidente de la Russie et de la Chine de refuser l’escalade, la confrontation frontale avec l’Empire, que ce soit dans le cadre de la guerre en Ukraine ou en Iran. Mais si une seule bombe nucléaire, même "une toute petite" est lancée contre l’Iran, alors il deviendra pratiquement impossible pour ces deux pays de garder cette posture.
L’avenir d’Israël n’est pas glorieux certes mais ça nous fera peu de consolation quand l’hémisphère nord aura disparu aux trois-quarts.

Bon, vous me direz : c’est peut-être la seule chance qu’auront jamais les Africains.

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