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| Un de mes peintures fantastiques (sans IA): est-ce un robot ou un vaisseau extraterrestre ou les deux? |
L’humanité ne supporte pas de se savoir seule dans l’univers
et se cherche un semblable, un double quelque peu magnifié. Elle use pour cela
de deux méthodes, également infructueuses (au moins pour l’heure).
La première peut être synthétisée par le programme SETI, la recherche de vie
extraterrestre au moyen de divers appareils sensibles, voire extrasensibles, à
des signaux électromagnétiques venus d’autres étoles qui révéleraient une
régularité, une fréquence, une répétition de « motifs » supposément
incompatibles avec des phénomènes naturels. Bien sûr de tels signaux, pouvant
s’observer depuis des dizaines ou des centaines d’années-lumière, ou encore
bien plus loin ne peuvent être le produit que de civilisations avancées,
puisqu’il est très difficile d’imaginer que des cultures de bactéries ou même
des bandes d’Hommes de Cro-Magnon puissent provoquer ce type d’émissions. Donc,
dans la pratique, la recherche de vie extraterrestre est en fait la recherche
de civilisations intelligentes, voire supérieurement intelligentes. Cette
croyance, qui n’est pas née avec le dix-neuvième siècle et son grand machinisme
à vapeur mais plus vraisemblablement la continuation sous une autre forme de
croyances précédentes (comme celle aux lutins, aux elfes, aux anges ou aux
démons) est sans surprise remarquablement tenace. En fait, il est difficile de
voir quelle découverte ou quel événement pourrait y mettre un terme en dehors
de l’apparition d’une nouvelle croyance plus séduisante encore. Rien ne peut en
effet prouver au croyant l’inexistence de telles civilisations et certainement
pas le beaucoup trop fameux paradoxe de Fermi (qui devrait être rangé plus
précisément dans la catégorie des sophismes pseudo-philosophiques). L’absence de
preuves n’est pas la preuve de l’absence, n’est-ce pas ? Sans entrer dans
des considérations psychologiques trop fines, on peut raisonnablement supposer
que cette forme de croyance relativement nouvelle vise à trouver un substitut,
à combler un manque intérieur. Un être extraterrestre intelligent a pour lui
deux qualités essentielles très difficiles à trouver : il est l’autre et
il est pourtant nous, de par le simple fait qu’il est intelligent, donc
conscient, donc soumis aux mêmes préoccupations existentielles (et le fait
qu’il soit vert, gris ou bleu, a trois pieds ou six yeux, est organique ou
minéral, charnel ou gazeux, n’y change rien). Il peut donc être notre
interlocuteur, une fois son langage décodé. Mais pas n’importe quel
interlocuteur. Un interlocuteur idéal, soit de par son intelligence supérieure,
soit de par sa technologie plus avancée, soit pour les deux raisons. Ce que
nous cherchons donc est un double amélioré de nous-même. Quant au fait qu’il
soit bon ou mauvais, cela semble avoir une importance très secondaire.
Une de ces nouvelles croyances qui pourrait supplanter celle de
l’extraterrestre intelligent et pour exactement les mêmes raisons est celle de
l’IA*. Cet acronyme est devenu tellement à la mode de nos jours que je ne vais
même pas le traduire, ce qui en plus fera économiser le nombre de frappes pour
mes deux index.
Bien sûr, l’IA n’implique pas nécessairement la création d’un androïde et d’une
gynoïde pour respecter la parité (ou pour d’autres usages). En réalité, elle
semble plutôt vouloir prendre l’apparence d’une pièce souterraine bourrée de
machines bourdonnantes et clignotantes, extrêmement gourmande en énergie, de
préférence non intermittente. Mais même ainsi, la fonction véritable de l’IA
est toujours la même : se trouver un double amélioré, idéal. Dans ce cas,
au lieu de le découvrir, nous nous contentons, si on ose dire, de le fabriquer.
Je ne suis pas certain que la seconde méthode soit plus facile que la première
mais je suis certain d’une chose est qu’elle est encore moins réaliste. Après
tout, quel que soit notre crédo concernant l’apparition de la vie (et
possiblement donc de la vie intelligente), il n’y a pas d’argument définitif
disponible actuellement pour exclure l’hypothèse que la vie soit apparue sur
plusieurs planètes, simultanément ou successivement. L’univers est vaste,
n’est-ce pas, et les étoiles aussi nombreuses que les grains de sable du
Sahara. Bien que les conditions pratiques pour organiser une telle rencontre du
troisième type soient très nébuleuses et pour tout dire inaccessibles au vu de
la science actuelle (aussi bien pour nous, Humains, que pour ces hypothétiques
être supérieurs vivant sur quelque sphère tellurique, gazeuse ou colloïdale**),
elle ne semble pas impossible, au moins sur le plan théorique.
Mais l’IA est un non-sens, une absurdité dans son énoncé même, un oxymore
parfait, tout à fait représentatif de notre époque et plus spécialement de
notre civilisation occidentale vieillissante et dirais-je croupissante. Croire
que des systèmes basés sur des algorithmes puissent être aussi performants que
des systèmes biologiques est le fruit de gens qui ne connaissent rien à la
biologie. Et croire qu’ils puissent nous améliorer, nous dépasser, ou à dire
vrai dépasser l’intelligence d’une bactérie est une illusion soigneusement
entretenue par une puissante association d’escrocs et d’imbéciles (il faut
toujours beaucoup plus de ceux-ci que de ceux-là pour faire un monde) au
bénéfice, immense, cela va de soi, des premiers.
Nous sommes devenus d’autant plus crédules face aux escrocs de l’IA
(omniprésents, il va de soi, dans le discours de la propagande contemporaine)
qu’on nous a enseigné les idées les plus fausses sur la vraie nature de
l’intelligence. Celle-ci n’a que très peu à voir avec le QI et encore moins
avec la taille de la mémoire. L’idée qu’il suffirait d’augmenter la taille de
la mémoire et multiplier le nombre de calculs possibles à la seconde pour
changer qualitativement la nature des machines qui s’y abreuvent est un autre
non-sens. Je peux certifier sans crainte d’être détrompé que cette augmentation
n’a jamais ajouté et n’ajoutera jamais un iota d’intelligence à nos machines.
Par définition, la seule chose qui change est le nombre de données traitées et
le nombre de calculs exécutés à la seconde par la machine. Mais le traitement
reste le même, aussi dépourvu d’intelligence qu’un boulier.
Prenons maintenant quelques exemples pour illustrer cette notion qui n’est
peut-être pas aussi claire pour tout le monde qu’elle devrait. Considérez une
seconde le derviche tourneur autrement appelé Macron, la Ferrari de
l’intelligence, le Mozart de la finance, le parangon de l’humanité made in
France. A-t-il un QI beaucoup plus élevé que la moyenne, un processeur — encore
parfois appelé cerveau — au top de la rapidité et de la puissance de
calcul ? Évidemment oui. Il n’y a pas lieu d’en douter. Les obstacles et
les examens qu’il a dû passer pour arriver là où il est sont précisément faits
pour évaluer ce type d’intelligence, que l’on peut effectivement
assimiler grosso modo à son QI. Mais vous aurez beau prendre le plus gros
processeur au monde, le résultat sera toujours le même, excepté qu’il sera
obtenu plus rapidement et avec plus de précision. Si le résultat était faux
avec un petit processeur, il sera tout aussi faux avec le gros mais avec plus
de chiffres après la virgule. Macron est-il intelligent ? Évidemment non. Tout
ce que fait un derviche tourneur ou un processeur, c’est de tourner, de plus en
plus vite. L’intelligence n’est pas un concept qui peut s’abstraire du monde
réel. La preuve est au final donnée par les résultats obtenus dans ce monde
réel. La France sortira de ses mandats dans un état de ruine économique, industrielle,
financière, sociale, scientifique et politique (car il est évident que la
démocratie ne sortira pas plus indemne de ses manigances que les domaines
cités). Son efficacité en tant que gouvernant principal de la France (telle est
sa fonction) a été nulle, voire pire que nulle. Or, ce qui définit le mieux
l’intelligence, et de manière universelle, est le fait de tirer le maximum de
ses propres capacités dans son domaine d’activités propre. Par exemple, dans
leur domaine d’activités propre, les léopards sont aussi intelligents qu’on
peut l’être, de même que les amibes. Cela signifie que leur efficacité en tant
qu’espèce pour s’adapter à leurs conditions de vie propres est maximale, ne
pourrait être dépassée par quoi que ce soit, même par des êtres soi-disant
supérieurement intelligents. L’art de la chasse chez l’amibe est en effet aussi
perfectionné qu’il est chez le léopard ou que chez l’Homme, pris collectivement.
En d’autres termes, si le meilleur chasseur humain se retrouvait plongé dans le
milieu de l’amibe ou du léopard, il s’apercevrait qu’il ne peut faire mieux et
ferait, à coup sûr, beaucoup moins bien. Les animaux bêtes, ça n’existe pas
(sauf bien sûr individuellement car il il y a en effet des léopards et
probablement des amibes plus stupides que d’autres). Macron s’est clairement
révélé plus stupide que d’autres dans son domaine propre.
Pour terminer par une petite digression, l’idée que les animaux seraient bêtes
est une autre erreur due à un anthropomorphisme invincible. En réalité, seules
des personnes n’ayant jamais côtoyé ou réellement observés les animaux peuvent
croire cette fable. Mon exemple de l’amibe tout à l’heure n’est pas une
plaisanterie : Regardez ces amibes en action de chasse et vous serez
stupéfiés par la complexité de leur comportement, d’autant plus que ces
créatures (on hésite à les qualifier d’animaux) n’ont même pas de système
nerveux, ni matière grise ni matière blanche et donc pas un seul neurone. Les
animaux ne sont pas bêtes et ne sont pas davantage des sortes de robots
biologiques comme certains semblent se l’imaginer. Nous ne fonctionnons tout
simplement pas pareil.
Bien sûr, à notre place d’Homme, les animaux seraient bêtes. Mais le fait est
qu’ils ne sont pas à notre place.
En conclusion générale, on pourrait donc dire que les seules véritables "bêtes" de cette planète sont seulement celles qui ne sont pas à leur place (ou qui ne
l’ont pas trouvée).
*Une traduction plus véridique de cet acronyme dans la plupart des cas : Imbécilité
Automatisée
**Lisez pour en avoir un exemple très bien imaginé Solaris de Stanislas Lem ou
son adaptation cinématographique par Tarkovsky (le dernier de ses films non seulement
regardable mais réellement comestible et quand Tarkovsky est comestible, il est
excellent).
