samedi 4 avril 2026

Intelligence artificielle ou intelligence extraterrestre : la même quête du double

 

Un de mes peintures fantastiques (sans IA): est-ce un robot ou un vaisseau extraterrestre ou les deux?


    L’humanité ne supporte pas de se savoir seule dans l’univers et se cherche un semblable, un double quelque peu magnifié. Elle use pour cela de deux méthodes, également infructueuses (au moins pour l’heure).
La première peut être synthétisée par le programme SETI, la recherche de vie extraterrestre au moyen de divers appareils sensibles, voire extrasensibles, à des signaux électromagnétiques venus d’autres étoles qui révéleraient une régularité, une fréquence, une répétition de « motifs » supposément incompatibles avec des phénomènes naturels. Bien sûr de tels signaux, pouvant s’observer depuis des dizaines ou des centaines d’années-lumière, ou encore bien plus loin ne peuvent être le produit que de civilisations avancées, puisqu’il est très difficile d’imaginer que des cultures de bactéries ou même des bandes d’Hommes de Cro-Magnon puissent provoquer ce type d’émissions. Donc, dans la pratique, la recherche de vie extraterrestre est en fait la recherche de civilisations intelligentes, voire supérieurement intelligentes. Cette croyance, qui n’est pas née avec le dix-neuvième siècle et son grand machinisme à vapeur mais plus vraisemblablement la continuation sous une autre forme de croyances précédentes (comme celle aux lutins, aux elfes, aux anges ou aux démons) est sans surprise remarquablement tenace. En fait, il est difficile de voir quelle découverte ou quel événement pourrait y mettre un terme en dehors de l’apparition d’une nouvelle croyance plus séduisante encore. Rien ne peut en effet prouver au croyant l’inexistence de telles civilisations et certainement pas le beaucoup trop fameux paradoxe de Fermi (qui devrait être rangé plus précisément dans la catégorie des sophismes pseudo-philosophiques). L’absence de preuves n’est pas la preuve de l’absence, n’est-ce pas ? Sans entrer dans des considérations psychologiques trop fines, on peut raisonnablement supposer que cette forme de croyance relativement nouvelle vise à trouver un substitut, à combler un manque intérieur. Un être extraterrestre intelligent a pour lui deux qualités essentielles très difficiles à trouver : il est l’autre et il est pourtant nous, de par le simple fait qu’il est intelligent, donc conscient, donc soumis aux mêmes préoccupations existentielles (et le fait qu’il soit vert, gris ou bleu, a trois pieds ou six yeux, est organique ou minéral, charnel ou gazeux, n’y change rien). Il peut donc être notre interlocuteur, une fois son langage décodé. Mais pas n’importe quel interlocuteur. Un interlocuteur idéal, soit de par son intelligence supérieure, soit de par sa technologie plus avancée, soit pour les deux raisons. Ce que nous cherchons donc est un double amélioré de nous-même. Quant au fait qu’il soit bon ou mauvais, cela semble avoir une importance très secondaire.
Une de ces nouvelles croyances qui pourrait supplanter celle de l’extraterrestre intelligent et pour exactement les mêmes raisons est celle de l’IA*. Cet acronyme est devenu tellement à la mode de nos jours que je ne vais même pas le traduire, ce qui en plus fera économiser le nombre de frappes pour mes deux index.
Bien sûr, l’IA n’implique pas nécessairement la création d’un androïde et d’une gynoïde pour respecter la parité (ou pour d’autres usages). En réalité, elle semble plutôt vouloir prendre l’apparence d’une pièce souterraine bourrée de machines bourdonnantes et clignotantes, extrêmement gourmande en énergie, de préférence non intermittente. Mais même ainsi, la fonction véritable de l’IA est toujours la même : se trouver un double amélioré, idéal. Dans ce cas, au lieu de le découvrir, nous nous contentons, si on ose dire, de le fabriquer.
Je ne suis pas certain que la seconde méthode soit plus facile que la première mais je suis certain d’une chose est qu’elle est encore moins réaliste. Après tout, quel que soit notre crédo concernant l’apparition de la vie (et possiblement donc de la vie intelligente), il n’y a pas d’argument définitif disponible actuellement pour exclure l’hypothèse que la vie soit apparue sur plusieurs planètes, simultanément ou successivement. L’univers est vaste, n’est-ce pas, et les étoiles aussi nombreuses que les grains de sable du Sahara. Bien que les conditions pratiques pour organiser une telle rencontre du troisième type soient très nébuleuses et pour tout dire inaccessibles au vu de la science actuelle (aussi bien pour nous, Humains, que pour ces hypothétiques être supérieurs vivant sur quelque sphère tellurique, gazeuse ou colloïdale**), elle ne semble pas impossible, au moins sur le plan théorique.
Mais l’IA est un non-sens, une absurdité dans son énoncé même, un oxymore parfait, tout à fait représentatif de notre époque et plus spécialement de notre civilisation occidentale vieillissante et dirais-je croupissante. Croire que des systèmes basés sur des algorithmes puissent être aussi performants que des systèmes biologiques est le fruit de gens qui ne connaissent rien à la biologie. Et croire qu’ils puissent nous améliorer, nous dépasser, ou à dire vrai dépasser l’intelligence d’une bactérie est une illusion soigneusement entretenue par une puissante association d’escrocs et d’imbéciles (il faut toujours beaucoup plus de ceux-ci que de ceux-là pour faire un monde) au bénéfice, immense, cela va de soi, des premiers.
Nous sommes devenus d’autant plus crédules face aux escrocs de l’IA (omniprésents, il va de soi, dans le discours de la propagande contemporaine) qu’on nous a enseigné les idées les plus fausses sur la vraie nature de l’intelligence. Celle-ci n’a que très peu à voir avec le QI et encore moins avec la taille de la mémoire. L’idée qu’il suffirait d’augmenter la taille de la mémoire et multiplier le nombre de calculs possibles à la seconde pour changer qualitativement la nature des machines qui s’y abreuvent est un autre non-sens. Je peux certifier sans crainte d’être détrompé que cette augmentation n’a jamais ajouté et n’ajoutera jamais un iota d’intelligence à nos machines. Par définition, la seule chose qui change est le nombre de données traitées et le nombre de calculs exécutés à la seconde par la machine. Mais le traitement reste le même, aussi dépourvu d’intelligence qu’un boulier.
Prenons maintenant quelques exemples pour illustrer cette notion qui n’est peut-être pas aussi claire pour tout le monde qu’elle devrait. Considérez une seconde le derviche tourneur autrement appelé Macron, la Ferrari de l’intelligence, le Mozart de la finance, le parangon de l’humanité made in France. A-t-il un QI beaucoup plus élevé que la moyenne, un processeur — encore parfois appelé cerveau — au top de la rapidité et de la puissance de calcul ? Évidemment oui. Il n’y a pas lieu d’en douter. Les obstacles et les examens qu’il a dû passer pour arriver là où il est sont précisément faits pour évaluer ce type d’intelligence, que l’on peut effectivement assimiler grosso modo à son QI. Mais vous aurez beau prendre le plus gros processeur au monde, le résultat sera toujours le même, excepté qu’il sera obtenu plus rapidement et avec plus de précision. Si le résultat était faux avec un petit processeur, il sera tout aussi faux avec le gros mais avec plus de chiffres après la virgule. Macron est-il intelligent ? Évidemment non. Tout ce que fait un derviche tourneur ou un processeur, c’est de tourner, de plus en plus vite. L’intelligence n’est pas un concept qui peut s’abstraire du monde réel. La preuve est au final donnée par les résultats obtenus dans ce monde réel. La France sortira de ses mandats dans un état de ruine économique, industrielle, financière, sociale, scientifique et politique (car il est évident que la démocratie ne sortira pas plus indemne de ses manigances que les domaines cités). Son efficacité en tant que gouvernant principal de la France (telle est sa fonction) a été nulle, voire pire que nulle. Or, ce qui définit le mieux l’intelligence, et de manière universelle, est le fait de tirer le maximum de ses propres capacités dans son domaine d’activités propre. Par exemple, dans leur domaine d’activités propre, les léopards sont aussi intelligents qu’on peut l’être, de même que les amibes. Cela signifie que leur efficacité en tant qu’espèce pour s’adapter à leurs conditions de vie propres est maximale, ne pourrait être dépassée par quoi que ce soit, même par des êtres soi-disant supérieurement intelligents. L’art de la chasse chez l’amibe est en effet aussi perfectionné qu’il est chez le léopard ou que chez l’Homme, pris collectivement. En d’autres termes, si le meilleur chasseur humain se retrouvait plongé dans le milieu de l’amibe ou du léopard, il s’apercevrait qu’il ne peut faire mieux et ferait, à coup sûr, beaucoup moins bien. Les animaux bêtes, ça n’existe pas (sauf bien sûr individuellement car il il y a en effet des léopards et probablement des amibes plus stupides que d’autres). Macron s’est clairement révélé plus stupide que d’autres dans son domaine propre.
Pour terminer par une petite digression, l’idée que les animaux seraient bêtes est une autre erreur due à un anthropomorphisme invincible. En réalité, seules des personnes n’ayant jamais côtoyé ou réellement observés les animaux peuvent croire cette fable. Mon exemple de l’amibe tout à l’heure n’est pas une plaisanterie : Regardez ces amibes en action de chasse et vous serez stupéfiés par la complexité de leur comportement, d’autant plus que ces créatures (on hésite à les qualifier d’animaux) n’ont même pas de système nerveux, ni matière grise ni matière blanche et donc pas un seul neurone. Les animaux ne sont pas bêtes et ne sont pas davantage des sortes de robots biologiques comme certains semblent se l’imaginer. Nous ne fonctionnons tout simplement pas pareil.
Bien sûr, à notre place d’Homme, les animaux seraient bêtes. Mais le fait est qu’ils ne sont pas à notre place.
En conclusion générale, on pourrait donc dire que les seules véritables "bêtes" de cette planète sont seulement celles qui ne sont pas à leur place (ou qui ne l’ont pas trouvée).

*Une traduction plus véridique de cet acronyme dans la plupart des cas : Imbécilité Automatisée
**Lisez pour en avoir un exemple très bien imaginé Solaris de Stanislas Lem ou son adaptation cinématographique par Tarkovsky (le dernier de ses films non seulement regardable mais réellement comestible et quand Tarkovsky est comestible, il est excellent).


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