jeudi 12 mars 2015

Question de synesthésie (partie II)

   Tout comme Rimbaud, la couleur des mots est dictée chez moi essentiellement par les voyelles, les consonnes servant à nuancer la teinte de base ou à moduler l'intensité lumineuse. Ainsi, pour prendre mon cas personnel, les consonnes n'ont pas de couleur propre le plus souvent et donc inamovible, sauf quelques exceptions, mais un certain niveau d'intensité lumineuse constant qui me permet de les ranger en trois grandes catégories : les claires, les médiums et les sombres (par exemple, N est clair, G est moyen, C est foncé). Néanmoins, la règle des voyelles qui donnent la tonalité d'un mot ou d'une syllabe n'est pas toujours vraie, comme on peut le constater en examinant ma petite liste ci-dessous.
   On peut également se demander la raison qui nous fait associer spontanément telle couleur à telle voyelle, ou telle syllabe, ou tel mot. Je n'ai pas d'étude scientifique sous la main, s'il en existe sur le sujet, pour y répondre de façon catégorique. Mon impression tirée de ma seule expérience est qu'il n'y a pas une origine mais plusieurs possibles, parfois superposées, avec un ordre d'importance variable. Autant dire, bien malin qui peut affirmer sans erreur d'où procède à l'origine chaque association. Néanmoins, il en est qui semblent relativement évidentes. Ainsi pour les mots qui sont des couleurs.
   Pour ce qui est du rouge, n'étant pas daltonien, je le vois rouge, comme le bleu est bleu. De même, comme je l'ai noté dans mon précédent article sur le sujet (le test), les mots qui ont une couleur de part leur nature ou par leur fonction symbolique (comme le sapin est vert par nature ou comme le bœuf est rouge, et non brun ou beige ou blanc ou noir, en raison de la couleur de la viande), sauf rares exceptions, sont colorés à l'identique. Quand une chose possède plusieurs couleurs, le résultat n'est pas un mélange mais c'est la dominante qui l'emporte : ainsi une salamandre est toute jaune, et pas jaune noir, d'un jaune doré. Cette logique évidente disparaît dès qu'on entre dans des degrés d'abstraction de plus en plus en plus grands, ainsi :

- Je est jaune paille (et non vert)
- Tu est bleu
- Il est blanc (et non rouge malgré le I)
- Nous est rouge vermillon
- Vous est rouge bordeaux foncé
- Ils est blanc
- Elle(s) est vert comme l'herbe (alors que aile est brun jaune clair).

Et encore avec les chiffres :
- 0 = blanc pur, lumineux, type cristal de neige
- 1 = blanc crayeux
- 2 = bleu ciel, mat
- 3 = rouge sang, brillant
- 4 = jaune brillant
- 5 = vert lumineux
- 6 = noir ou marron très foncé, voire gris anthracite (alors que six, écrit en lettres, est rouge sombre)
- 7 = bleu outremer, tirant sur le violet
- 8 = blanc, un peu jaune, lumineux
- 9 = orange mat
- 10 = bordeaux clair, brillant (aucun rapport donc avec 1 et 0 dont l'association logique devrait donner du blanc)

Quelques curiosités pour finir : chez moi, comme je l'ai indiqué, les mots n'ont pour la plupart qu'une seule couleur, quand ils en ont une (certains n'en ont pas et sont alors gris et je ne serai pas étonné si je les utilisais moins que les autres). Mais le mot couleur est chez moi bicolore rouge et vert, et non pas un mélange de rouge et de vert, qui donnerait du gris, ou au mieux du brun.
17 pourrait être bleu clair si on considère les chiffres qui le composent, 1 et 7, ou légèrement mauve, parme pâle disons, mais il est violet foncé comme l'association du bleu outremer pour 7 et du bordeaux pour 10.
Encore plus difficile : 14 étant composé du 1 (blanc) et du 4 (jaune) devrait être jaune clair, mais il est vert sapin et je n'ai pas l'ombre d'une idée du pourquoi.

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