Ayant déjà écrit un excellent article sur la propagande, ici, je ne vais pas recommencer et risquer d'être moins bon. Ce nouvel article est plutôt une illustration de ce qu'est la bonne propagande par rapport à la mauvaise.
Dernièrement donc, je suis tombé sur une vidéo anglophone discutant de la reconstruction de Marioupol après-guerre, c’est-à-dire très précisément après mai 2022. Sans surprise, cette thèse avec images en boucle venait de Grande-Bretagne, grand fabricateur de propagande russophobe s’il en est. L’angle du réalisateur était assez nouveau pour moi (mais pas sa conclusion) surtout par rapport à son point de départ. En fait, je n’ai jamais vu un tel biais propagandiste, même pourtant chez ceux qui y ont le plus d’intérêt, je veux dire chez les nationalistes ukrainiens. Ces derniers en effet soit évitent de parler du sujet soit font des reportages style radiotrottoir en mode cherry-picking (comme chez nous quoi) puisque les journalistes pro-Zelensky sont toujours autorisée à travailler en Novorussia et qu’on peut toujours trouver des mécontents, en tout temps et en tout lieu, n’est-ce pas. Cela m’a suggéré les réflexions suivantes.
Marioupol est anciennement une ville du sud-est de l’Ukraine, maintenant
rattachée à la Russie. Avant la guerre, elle comptait environ quatre cent mille
habitants. Les milices nationalistes Azov d’inspiration nazi (ce n’est ni une
hyperbole ni une caricature : leur grand homme étant Bandera, un nazi pur
jus quoique ukrainien), devenues maintenant une brigade de l’armée régulière du
sous-Reich, occupaient cette ville avant mai 2022 avec toutes les conséquences désagréables
qu’on imagine pour les habitants de culture russe, à savoir quatre-vingt-dix
pour cent de la population totale : harcèlements, arrestations
arbitraires, disparitions pures et simples. Remarquons que la milice à pris le
nom d’Azov justement parce qu’elle s’est établie à Marioupol, située au bord de
la mer d’Azov et non parce qu’elle en est originaire (en fait la plupart de ses
militants viennent de la Galicie, tout à l’ouest de l’Ukraine, côté Lvov et Ivano-Frankivsk).
Suite au déclenchement officiel des hostilités (en réalité déjà bien commencées
dès 2014) en février 2022, l’armée russe venue de Crimée a rapidement coupé le
soi-disant bataillon Azov (en fait de la taille d’une brigade, plusieurs
milliers d’hommes) de ses arrières et de toutes ses voies d’approvisionnement.
Les Russes ont tout aussi rapidement libéré plusieurs villes sur leur chemin
menant à Marioupol, comme la ville portuaire de Berdiansk, et finalement entamé
le siège de la ville ou toutes les troupes Azov s’étaient repliées, très
précisément dans le complexe industriel géant d’Azovstal (en russe, l’acier
d’Azov). L’armée ukrainienne a tout fait pour essayer de débloquer le siège,
puisque les militants Azov sont une des principales pierres d’assise du régime
au pouvoir à Kiev, envoyant même quelques commandos héliportés pour sauver les
officiers supérieurs, qui se sont tous très mal terminés. Elle a échoué. Et
finalement, entre mille et deux mille soldats survivants d’Azov sont sortis de
leur trou et se sont rendus en mai 2022. A cette époque, le pouvoir russe a
montré une naïveté coupable, ce qui lui arrive régulièrement (cela fait partie
du charme russe, disons) en confiant les principaux officiers du bataillon Azov
au pouvoir turque (qui possède un tout autre genre de charme) avec la promesse
qu’ils seraient retenus le temps de la guerre. Naturellement, la promesse du
turc Erdogan ne valant par un kopek, tous ces officiers ont été relâchés et
renvoyés à Kiev, sans doute à la suite de quelque marchandage avantageux avec
Washington pour les Turcs. C’est pourquoi il existe toujours aujourd’hui une
brigade Azov, même si les soldats ont changé.
Lors de l’assaut puis du siège, la ville a été très sérieusement démolie, en
particulier par les troupes d’Azov durant leur fuite. Les chiffres varient mais
on peut estimer qu’au minimum un bâtiment sur deux a été détruit entièrement ou
gravement endommagé. Actuellement, selon les dires d’habitants plutôt bien
informés de Marioupol, il y aurait environ trois cent vingt mille habitants et
la ville ne cesse de voir sa population augmenter. Elle augmente parce qu’une
partie des populations déplacées lors des combats est revenue (de Russie pour
la très grande majorité) et parce que les travaux de reconstruction ont amené
de nouveaux habitants, pas toujours russes et encore moins ukrainiens, d’Asie
Centrale mettons (les Russes ont eux aussi leurs immigrés). Enfin, les
habitations flambant neuves et les prix de l’immobilier étant relativement bon
marché pour un Russe, cela a attiré un certain nombres d’opportunistes argentés
dans la ville.
La vidéo en question ne cherchait pas à nier l’ampleur des
reconstructions : lignes électriques, eau courante, réseau
d’assainissement des eaux, gaz, routes, immeubles, écoles, terrains de jeux,
hôpitaux, bâtiments administratifs, théâtres, parcs, plages même, tout cela a
été refait, souvent à neuf. Elle ne cherchait pas non plus à nier que la
population locale, dans sa très grande majorité, est plutôt ravie du changement
de “propriétaire”. (Il y a des russophobes partout y compris à Marioupol mais
leur nombre est tout à fait gérable sans avoir recours à des mesures
discriminatoires ou punitives : qu’ils parlent ukrainien, qu’ils
vitupèrent contre les « Moskals » si ça leur fait plaisir, du moment
qu’ils ne nous emm… pas semble être la philosophie ordinaire du Marioupolais.
On peut même trouver des habitants qui déplorent ouvertement les
reconstructions russes de la ville, trop modernes à leur goût, trop propres,
qui regrettent le charme, le pittoresque du vieux sud ukrainien et il y a
certainement une part de vérité dans leurs plaintes, mais ces gens sont une
toute petite minorité). Le biais du réalisateur ne se trouvait pas là. Plus
subtil, plus factuel aussi que la majorité des reportages à charge, pas
difficiles à trouver sur Internet, il insinuait un raisonnement très curieux,
établissait des relations de cause à effet pour le moins particulières. En
effet, selon lui, si la Russie s’occupait si bien de la ville, ce n’était pas
du tout, comme un esprit naïf pourrait le croire, par fraternité, charité,
compassion, mais uniquement par un calcul politique froid et dénué de toute
espèce de gentillesse (comme un Russe qui, comme on le sait sont froids et pas
gentils) : car si elle ne le faisait pas, cela aurait engendré du chaos,
de la colère contre l’occupant et qui sait — on a toujours le droit d’espérer,
hein — le renversement du gouvernement et du grand méchant Vlad, l’empaleur de bébés, l’empoisonneur universel, le destructeur de nations libres et
démocratiques.
Bizarrement, à aucun moment dans ce film ne transparaissait l’idée que la
motivation principale ou au minimum une des motivations de ces milliers de
reconstructeurs, de bénévoles venus de toute la Russie (y compris du Donbass)
pouvait simplement être le désir de venir en aide à ces populations qui ont
souffert durant huit ans comme aucun Européen modernes, même pas les Serbes, n’en ont la moindre idée.
Et pour finir, ci-dessous, une très
belle histoire, très émouvante, en images elle aussi même si celles-ci n’ont à
peu près aucune importance. Ce n’est probablement pas un documentaire au sens
propre, une histoire vraie comme disent les candides, mais les petits détails
sonnent beaucoup trop juste pour que ce ne soit que de l’imagination et de l’art
du conteur, qui rassemble ici le grand talent de l’écrivain et du comédien. Je
ne mets jamais en principe de vidéo en russe sur ce blog puisque personne ou
presque ne comprend cette langue en francophonie mais je fais une exception
pour celle-ci d’une qualité assez incroyable (sauf l’image, un simple support,
qui tourne en boucle). Les sous-titres en anglais et en français sont
disponibles pour vous aider et j’ai pu vérifier que la traduction anglaise au
moins est correcte. Deux choses importantes : la narratrice et le texte
qu’elle lit sont réels, produits du savoir-faire humain : pas d’IA*
là-dedans ; tout le reste est possiblement faux, y compris les noms et les
têtes de jolies femmes.
I.A. : Idiotie Automatisée