mercredi 7 février 2018

Publier en ligne avec Amazon et Cie

   J’ai commencé à publier en ligne avec Amazon en 2014, ou peut-être fin 2013, je ne me souviens plus, peu importe. Depuis, j’ai essayé pas mal d’autres plateformes publiant des livres autoédités, francophones ou étrangères, généralement sous forme d’e-books, histoire de m’assurer qu’Amazon était bien la meilleure solution pour moi. En effet, elle l’était. Après donc quatre ou cinq années d’essais divers et variés, j’ai eu envie de faire une sorte de petit bilan provisoire, qui n’a aucune prétention à servir de règle de conduite mais dans lequel chacun pourra sûrement trouver quelques enseignements utiles ou quelque confirmation de sa propre expérience.
   D’abord, il vaut mieux préciser dans quelle cour je joue. J’écris essentiellement de la science-fiction et du fantastique ; j’ai fait quelques incursions, très peu, dans le mainstream tendance imaginative et dans la monographie de dessins érotiques, puisque le dessin est la seconde corde à mon arc et que j’aime croquer des filles nues sur du papier blanc à défaut de les croquer autrement, ou autre part. J’ajoute que j’illustre tous mes livres (non érotiques mais incluant parfois tout de même une fille nue) avec mes propres dessins. Il s’agit donc d’un public assez particulier et disons-le, plutôt restreint, qui s’intéresse à mes livres. Il y a un réel lectorat pour la science-fiction, même en France, mais il est à coup sûr incomparablement plus mince que celui auquel vous pourriez accéder en écrivant des thrillers glauques et diaboliques, des énigmes policières astucieusement tarabiscotées, des romances fleur bleue ou de l’érotisme distillée à l’eau de rose la plus pure. De plus, les lecteurs de science-fiction sont des gens sérieux dans l’ensemble et peuvent être décontenancés par le côté humoristique de mes récits, même si celui-ci est parfois bien caché. Ensuite, ils n’aiment pas beaucoup les illustrations qui leur rappellent, sans doute, les livres qu’ils lisaient enfant et comme je l’ai dit, ils sont beaucoup trop sérieux pour lire des livres d’enfant (même si mes livres ne sont pas destinés à des enfants). Enfin et surtout, la science-fiction est réputée davantage comme une littérature d’hommes que de femmes, or tout le monde sait ou devrait savoir que les lecteurs sont en réalité des lectrices (pour la plupart). Tout cela fait beaucoup de défauts et au final, je dirais que mon lectorat potentiel francophone, payant, doit se situer aux alentours de quelques milliers d’individus répartis dans une demi-douzaine de pays. Inutile de préciser que je suis encore assez loin d’avoir atteint mon potentiel.
   Je n’ai donc pas l’ambition de faire fortune, ni même de gagner ma vie et celle de ma famille, avec mes productions littéraires. Dans le meilleur des cas, je peux envisager de me procurer un complément de revenu, de quoi mettre du beurre sur les épinards quand le temps de la retraite sera venu, à supposer que j’aille jusque-là, à supposer qu’il y ait encore une retraite dans ces temps futurs. Cela fait beaucoup trop de grands si.
   Mon ambition, la seule que je me connaisse, est d’écrire des livres que j’adorerais lire si ce n’était pas moi qui les avais écris. Capisce ?
   C’est pourquoi je n’utilise pas forcément les méthodes et astuces habituelles de l’écrivain indépendant (dont la caractéristique principale est généralement d’être inconnu). Je ne fais par exemple aucune campagne promotionnelle, en dehors de celles, sans frais, que permettent les diverses plateformes de publication. Dans le cas de KDP select, je me contente de la promotion gratuite pour mes livres en français et de la promotion “compte-à-rebours” pour les traductions en anglais (je me demande d’ailleurs pourquoi cette dernière fonction, assez intéressante, n’est pas disponible pour Amazon France). Pouvoir donner une histoire gratuitement à lire est une fonction très utile pour un écrivain inconnu, sans doute la plus utile. Bien sûr, vous pouvez la poster sur un blog mais le lectorat potentiel sera sans commune mesure avec celui d’Amazon et puis vous risquez de fâcher les gens d’Amazon, si vous avez choisi d’opter pour KDP select et ses conditions draconiennes. Et il peut s’avérer très ennuyeux de fâcher les gens d’Amazon pour un écrivain sans grade. Une autre forme de promotion très simple et très efficace est utilisée par Amazon et par d’autres plateformes, à savoir l’échantillon gratuit, de 10 à 20 % du livre selon les cas. Certains sont plus réussis que d’autres. L’échantillon d’Amazon est très réussi, tout du moins pour les éditions Kindle (ceux des livres brochés sont nettement plus aléatoires et parfois franchement bizarres), de même que celui de Smashwords ; tout le contraire de Kobo/Fnac qui présente une sorte de trou de serrure au milieu des pages et qui ne peut donner envie de lire à aucune être normalement constitué. Certains sites en ligne, comme Youboox, n’ont pas besoin de cette fonction car c’est tout le livre qui est en lecture gratuite, si vous n’avez pas coché la case Premium, ce qui n’empêche pas les auteurs d’être rémunérés, du moins si vous être très patient ou très insistant auprès de leur service comptable.

   Une autre forme de promotion bien connue, pas toujours gratuite, est le bidonnage de commentaires. Sur Amazon, nous en avons des avalanches d’exemples et même si la politique actuelle est à la traque des commentaires de complaisance, les robots policiers de Jeff Bezos ont visiblement encore bien du boulot avant d’en avoir expurgé leur site. Ce truc n’est d’ailleurs pas réservé aux seuls auteurs indépendants car il est patent que des éditeurs ayant pignon sur rue ont leurs pigistes spécialisés dans le commentaire amoureusement délirant du dernier roman de Mme X ou M. Y ; il m’arrive même de penser que c’est parfois l’éditeur lui-même, ou l’agent littéraire de l’auteur, qui écrit ces commentaires extatiques car qui pourrait écrire des niaiseries aussi plates à part un éditeur ? Personnellement, je n’en fais jamais. Et je n’en demande pas suivant la maxime “ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse”. J’estime que ces faux commentaires, cousins des fake news, parasitent non seulement l’opinion des lecteurs, mais aussi de l’auteur en lui donnant des indications trompeuses sur ses écrits. Recevoir un commentaire à 5 étoiles sur Amazon est certainement la pire chose qui puisse arriver à un auteur indépendant. Cela m’est arrivé une fois et je regrette de ne pas pouvoir le supprimer. Dans ce cas, il s’agissait d’un malentendu avec cette personne sûrement bien intentionnée qui croyait apparemment qu’elle me devait quelque chose (je n’en sais rien à vrai dire, je ne la connais pas, sauf par l’entremise d’un site). Avoir un commentaire, même formidablement élogieux, qui réalise une sorte de compilation de fragments de commentaires d’autres lecteurs pris sur divers sites sans ordre ni idée en y ajoutant une quantité impressionnante de fautes d’orthographes, sans doute pour faire plus authentique, et qui n’a probablement pas même ouvert votre livre, n’a évidemment aucune espèce d’intérêt. En fait, je suis persuadé qu’il ne m’a pas fait vendre un seul livre. En revanche, je connais au moins un autre commentaire, très négatif, qui m’en a sûrement fait vendre plus d’un. Ce lecteur qui n’avait de toute évidence pas du tout aimé mon livre révélait en effet par sa critique qu’il l’avait lu, bel et bien, et jusqu’au bout. Qui lirait un livre de 300 pages dans sa totalité à part un éditeur, un correcteur, un professeur de français, un élève puni, un fou ou un robot d’Amazon s’il n’y trouve pas un intérêt certain ? Mon lecteur n’appartenait visiblement à aucune de ces six catégories. En réalité, le seul fait que votre lecteur aille jusqu’au bout de votre roman, surtout s’il est volumineux, même et peut-être surtout s’il n’aime pas ce qu’il lit, est un gage de qualité, toutes considérations de goûts mises à part. Vous trouvez ça paradoxal ? Réfléchissez-y alors encore un peu.
   Pour les livres en anglais, il existe aussi sur Amazon une possibilité de promotion avec enchère où vous attachez votre livre à un produit ou à un thème, des mots-clés par exemple, où chaque clic sur votre publicité vaut une certaine somme que vous définissez à l’avance. Donc, en principe, et si j’ai bien compris, ce qui est rien moins que sûr, plus votre enchère de départ est basse plus vous pouvez avoir de clics (en fonction de la somme maximale que vous êtes prêt à débourser une fois tous vos clics épuisés), sauf que celui qui a l’enchère la plus basse passe après celui qui a un clic de plus grande valeur, ce qui fait que vous n’avez finalement pas intérêt à mettre une valeur trop basse à votre clic si vous voulez que votre pub passe le plus souvent possible.   C’est drôle, non ? Oui, bon, c’est un truc pour Chinois ou Anglo-saxons. Je me trompe peut-être mais je ne vois pas l’intérêt de cette sorte de promotion, sauf si on est déjà un auteur reconnu. Je doute qu’un lecteur achète un livre d’inconnu simplement parce qu’on le lui propose quand il fait une recherche sur un produit ou un auteur qu’il aime. Je pense qu’un échantillon gratuit, à condition qu’il soit suffisamment important et donc représentatif de votre production littéraire, est bien plus efficace. Et puis de toute façon je ne vends pas assez de livres en langue anglaise pour me le permettre. Mais si la fonction était disponible en français, j’y réfléchirais à nouveau, sûrement, rien que pour voir, et parce que c’est assez marrant ces histoires de clics et d’enchères.
   Un autre moyen de promotion disponible est de publier des histoires, courtes cela vaut mieux, sur des blogs ou sites littéraires, des sortes de clubs. Pourquoi pas en effet. Je l’ai fait mais ça n’a clairement pas un grand rayonnement et semble plutôt une affaire de copinage que d’autre chose. De plus, le problème de ces sites est qu'on y trouve beaucoup plus d’écrivains que de lecteurs. Parmi les francophones, Atramenta est à ma connaissance le plus intéressant de ces sites, le plus pratique, le mieux organisé et surtout le plus lu. On peut aussi y publier des livres papier ou électroniques contre modeste rétribution (ce n’est donc pas gratuit contrairement à Amazon). Personnellement, je n’ai pas encore utilisé ce dernier service mais c’est sûrement très bien fait. Désirant réaliser une version e-pub de certains de mes livres, j’ai testé de nombreux convertisseurs en ligne et aucun ne valait celui d’Atramenta. En fait, tous étaient mal conçus, sauf le leur. De toute façon, il m’est difficile de publier des livres ailleurs que sur Amazon, à partir du moment où j’ai choisi de rester sur KDP select, puisqu’on est tenu à l’exclusivité. Ou alors il faut décocher pendant la période où on désire publier ailleurs l’inscription à KDP select, ce qui demande un esprit de prévoyance important puisque la réinscription est automatique. Enfin, le problème d’avoir un prix unique pour le même livre, si on suit la loi française, devient quasi insurmontable. Le seul moyen facile et que j’utilise donc de temps en temps est de concocter des livres ou des histoires spécialement pour les autres plateformes.
   J’ai fini par publier des livres brochés aussi. Sur CreateSpace comme sur Amazon, ce n’est pas plus cher que de de publier des livres électroniques, mais c’est plus compliqué, surtout si comme moi, vous agrémentez le texte d’illustrations. En fait, mettre des illustrations, que ce soit pour e-book ou livre broché rend les difficultés d’édition multipliées par cinq. C’est même encore plus redoutable pour les Kindle car vous ne savez pas quel appareil utilisera le lecteur : liseuse ? quelle sorte de liseuse ? tablette ? toutes ont des tailles et des résolutions différentes. Si vous n’êtes pas très motivés par les illustrations, je vous le déconseille donc. Ceci dit, ces difficultés étant résolues, il faut reconnaître que les livres brochés sont d’une qualité assez remarquable si on considère que tout se passe sans aucun contact entre l’auteur/éditeur et l’imprimeur. Pour m’être essayé au livre d’art, je peux dire que le papier utilisé, les couleurs et la qualité d’impression (qui dépend bien sûr de ce que vous envoyez dans la machine) sont tout à fait satisfaisants, voire supérieurs, comparés aux livres d’art « grand public » style Taschen. Personnellement, je trouve que CreateSpace a plus de souplesse que le KDP print version bêta d’Amazon, par exemple pour les formats de livre ; en revanche, la procédure est simplifiée sur Amazon et les gabarits fournis sont vraiment indispensables pour ceux qui, comme moi, veulent faire leur couverture eux-mêmes, recto, verso et tranche, et qui ne sont pas experts dans le maniement des logiciels type Photoshop pro.

   En conclusion, j’ai publié des livres sur les plateformes suivantes : Amazon, CreateSpace, Smashwords, Youboox, Xinxii, Kobo ; aucune ne m’a semblé aussi performante qu’Amazon, et de très loin pour certaines. On peut juger Amazon tyrannique, radin, puritain, secret et surtout hégémonique mais le fait est que pour le moment et à ma connaissance, ils sont les meilleurs.

Copie d'écran de ma page auteur sur Amazon

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