mardi 16 juin 2026

Stalker, Lune Fourbe, 2001, Solaris … : l’objet d’intérêt extraordinaire (théorie et pratique)

 


    L’Objet D’Intérêt Extraordinaire — l’ODIE comme je l’appellerai dans cet article — est un des thèmes principaux et probablement des plus forts qu’on peut rencontrer dans la SF. En fait, il existe aussi dans un cadre plus fantastique comme je le montrai dans la seconde partie de mon petit essai de théorie et pratique de l’ODIE mais incontestablement, à ce jour, les plus célèbres exemples d’ODIE nous viennent de la SF, et la SF tendance dure qui plus est.
L’ODIE est un objet, un artefact, un bidule, parfois même un gadget comme dans Free Live Free de Gene Wolfe, plus mémorable toutefois pour ses scènes comiques que pour son aspect science-fictionnesque. Ses quatre caractéristiques principales et obligatoires pour mériter cette qualification sont les suivantes :
- origine inconnue (mais clairement inhumaine)
- nature et fonction (s’il en a une) inconnues ou très mal connues
- mécanisme inconnu
- études, maniement et sondage de l’objet impossibles (en dehors parfois de moyens très lourds et peu productifs comme de le soumettre à une explosion nucléaire).
Comme on voit, avec de telles caractéristiques, l’ODIE est d’une opacité sans égale et laisse bien peu d’espoir au lecteur ou au spectateur d’obtenir des éclaircissements très satisfaisants avant la fin de l’histoire (et c’est bien normal, car à moins d’être un escroc patenté, le scénariste/écrivain ne peut en savoir beaucoup plus que le lecteur). Malgré cet inconvénient, ce type d’histoire à ODIE rencontre de temps en temps le succès public et même a donné lieu à des chefs d’œuvre de la SF à peu près indiscutés, aussi bien en littérature qu’au cinéma.
J’ai cité Stalker en premier pas parce que j’estime cette histoire supérieure aux autres, sûrement pas, mais simplement par ce que c’est elle qui a été le point de départ de ma réflexion et est en plus l’inspiratrice principale de mes propres récits contenant un ODIE. Et donc je vais commencer par parler de Stalker.
Le titre français du roman des frères Strougatsky est Pique-nique au bord du chemin, ce qui peut surprendre ceux qui n’en connaissent que les versions du cinéma et des jeux vidéos qui en sont tirés (si on peut encore appeler ça des jeux) ; pourtant la traduction est parfaitement fidèle au tire original russe (« piknik na abotchinyé »). Ce titre est faussement bucolique et bon vivant car sa signification philosophique, qui nous est révélée au cours du roman par le « crâne d’œuf » de service (l’appellation péjorative n’est pas de moi mais des personnages du roman), un savant nobélisé, un détenteur d’autorité donc, est que les aliens ne se soucient pas plus de nous que d’une guigne, que les artefacts laissés dans la Zone ne sont que les déchets de ce pique-nique et comme il n’est pas très difficile de comprendre que ces aliens venus pique-niquer sont un avatar moderne des anges ou des démons mythologiques (ou les deux à la fois) cela nous laisse une vision nihiliste de l’existence et de l’univers parfaitement typique du siècle où le livre a été écrit. Le film de Tarkovsky est essentiellement une critique et une réponse à ce nihilisme. Il s’agit donc plus d’un débat philosophique que d’une histoire de SF. En fait, il est très difficile de reconnaître le roman des Strougatskys, plutôt musclé et rapide, après qu’il soit passé entre les mains de Tarkovsky, parfois pour le meilleur et souvent, il faut reconnaître, pour le pire.
Le plus curieux est que le scénario de Stalker à la base est un script des auteurs eux-mêmes. Autant vous dire qu’il n’en est resté que le squelette à la fin : dix lignes auraient suffi. Tarkovsky a toujours eu en effet tendance à réécrire ou simplement à tourner autre chose que ce qui est marqué dans le script et cette tendance n’a fait que s’aggraver au fil des années. Et comme prévu, ce roman d’écrivains très populaires en URSS (déjà longtemps avant Pique-nique…) s’est transformé en film d’Art & d’Essai, à peu près abscons et insoutenable sur la longueur pour le spectateur moyen. Néanmoins tous les changements effectués par le réalisateur ne sont pas dénués de pertinence. Et c’est par là que je vais commencer. D’abord, le personnage principal, le stalker, est dans le roman un sombre type en impair qui fume et boit sans cesse, parle en argot, garde un poing américain dans une de ses poches et rencontre de petites pépées moulées au tour et au cœur de glace. Tarkovsky a remplacé ce personnage tout droit sorti des clichés chers aux films noirs hollywoodiens par un stalker beaucoup plus intéressant, remarquablement incarné par l’acteur Alexandr Kaïdanovski, comme hanté par son rôle. Dans le livre, l’artefact mystérieux entre tous, celui qui peut exaucer les souhaits, est une sphère dorée ; Tarkovsky l’a remplacée à bon escient par une pièce ou une chambre secrète, très difficile à trouver et en plus protégée par tout une gamme de pièges plus ou moins dangereux, souvent mortels. Les pièges eux-mêmes, à l’inverse du roman, ne sont pas montrés dans le film, juste évoqués, ou parfois, se dit-on, simplement imaginés par le guide halluciné, le stalker. Tout un coffre à merveilles ou à maléfices, apparemment renversé par les Visiteurs et dilapidé au hasard dans la Zone a lui aussi disparu presque entièrement du film (sauf dans le plan final). Le roman original est en effet très riche en ODIEs, plus étranges et spectaculaires les uns que les autres. Tarkovsky n’en a quasi gardé aucun, à part la chambre miraculeuse qui d'ailleurs n'existait pas dans le roman (et on ne saura jamais si elle était réelle puisqu’aucun des trois protagonistes n’y pénètre, par choix). Et c’est un vrai tour de force de sa part de n’avoir utilisé strictement aucun effet spécial dans une pareille histoire, choix que la hauteur de son budget, très modeste pour de la SF, ne suffit certainement pas à expliquer.
Du côté des points faibles, on a, eh bien, l’histoire, ou plutôt son style de narration. Tarkovsky ne sait pas en général raconter une histoire, mettre en place une dramaturgie, créer cette inquiétude si nécessaire pour accrocher le spectateur (et le lecteur) quand il n’est pas un peu solidement bridé par un co-scénariste aussi autoritaire que lui. Et là, il a clairement la bride sur le cou (ce sera encore pire avec Nostalghia). Et pourtant, l’intrigue de Stalker, si on ne considère que son squelette, son épine dorsale disons, est plus solide, plus puissante que celle du roman. Son potentiel pour créer des frissons dans l’échine du spectateur me paraît très élevé. Sa simplicité — les trois-quarts du films racontent les “aventures” d’un trio pour franchir d’abord le périmètre de sécurité de la Zone puis atteindre enfin la chambre aux miracles en déjouant les nombreux pièges mortels au passage — aurait été parfaite pour assoir dessus un de ces thrillers haletants, au minimum un bon film de série B, tel Cube par exemple, ou mieux, un chef d’œuvre du cinéma d’horreur comme Alien (de 1979 lui aussi comme Stalker : mais quel contraste !). Le problème est que ce potentiel n’est jamais réalisé. Tarkovsky n’en fait rien, absolument rien. Les trois auraient pu rester à discuter dans leur chambre, ou dans le bistrot mal étanchéisé du début, que ça aurait été pareil… enfin presque, à quelques plans inoubliables près. Certaines scènes, ou disons certaines conversations, sont d’une longueur et d’un ennui absolument redoutables, capables de vous faire fondre le cerveau, à dire vrai sont des obstacles bien plus terribles pour le spectateur que les pièges des Visiteurs sur son chemin vers la chambre secrète (si tant est qu’il soit arrivé jusque-là et n’ait pas décidé avant de fuir la salle obscure en hurlant pour qu'on lui rembourse son billet). Le spectateur si cher au cœur de Tarkovsky, ouvrier ou femme de ménage, dans 9 cas sur 10, va sortir et est sorti du cinéma dans un état de décomposition avancée après un calvaire de presque trois heures où… il ne se passe jamais rien ! Abandonnez tout espoir, n’espérez aucune action dans Stalker (contrairement au roman) surtout si par action vous entendez bien à tort des séries de boums, de cracs, de hues et de pif-pafs. Le film n’est pas lent, il est plus que lent comme dirait Debussy. L’intrigue pour Tarkovski est juste un prétexte pour parler, parler, parler……
Bien, je vais maintenant être franc car je ne l’ait pas été vraiment jusqu’ici. Et je ne voudrais pas vous induire en erreur. Quels que soient ses manques, un grand film à suspense tué dans l’oeuf, Stalker est une œuvre plus mémorable que le roman dont il est tiré. Les frères Stougatsky sont de bons artisans, pas plus. Tarkovsky avec tous ses grands défauts, a du génie. Cela fait au final une énorme différence en faveur du cinéaste. Et c’est précisément avec Stalker qu’il a atteint le nec plus ultra de son art, cette manière souvent imitée mais rarement égalée de faire de la poésie avec une caméra. En regardant Stalker, on sent le souffle de l’inconnu, on sent un vent venu d’ailleurs souffler sur notre visage et ça n’a pas de prix.
Le récit des frères Strougatsky qui date de 1970, est, pourrait-on dire, une variation du thème principal de Lune Fourbe d’Algis Budrys. Le titre français est une traduction discutable de Rogue Moon qui lui-même ne plaisait pas à l’auteur qui lui aurait nettement préféré le titre beaucoup plus pertinent de The Death Machine, mais l’éditeur voulait apparemment une référence à l’espace et possiblement à des petits hommes verts (ou gris). Dans la novella originale de 1960, excellente, une des histoires les plus intéressantes de la SF étasunienne, plus tard allongée (et affaiblie) en roman, le point de départ est aussi une “zone”, un « artefact » laissé aussi par des extraterrestres, suppose-t-on, mais sur la Lune cette fois. Cet artefact est lui aussi un labyrinthe , ou contrairement à la Zone des frères Strougatsky, plus imprévisible et parfois plus clémente, le moindre faux pas est fatal pour l’astronaute intrépide. En fait, dans le cas de Lune Fourbe, la mort est certaine. Elle est tellement certaine qu’on a dû inventer un processus de télécopie de l’astronaute depuis une base terrestre jusqu’à l’artefact lunaire car qui autrement voudrait de cette place où une mort violente est assurée. L’amour de la science et de l’exploration cosmique a des limites n’est-ce pas ? Néanmoins, comme le sujet copié est conscient, grâce à une autre machine merveilleuse, de tout ce qui se passe dans la tête et le corps de son double faxé, il faut quand même un esprit singulier pour accepter ce job et mourir virtuellement selon des méthodes diverses mais toujours sanglantes, avec toutes les sensations, très réelles elles, qui vont avec. Et donc ce “stalker” en scaphandre est sans surprise un risque-tout, tête brûlée, aux tendances suicidaires. Ce processus de copie donne donc lieu à de très nombreux doubles du héros qui, heureusement, ne reviennent jamais pour lui compliquer la vie (déjà très compliquée comme ça). Oui, mais que se passerait-il si une des copies finissait par arriver au bout du labyrinthe, vivant ? Tel est le second thème de Lune Fourbe.
Le texte de Budrys est remarquable par son excellente idée de départ mais aussi par une qualité très rare chez les écrivains de SF étasuniens, en particulier ceux de l’âge d’or comme on dit, à savoir des personnages à la psychologie bien étudiée, et pour une fois intéressants (disons pour deux des trois protagonistes). Avoir à la fois l’intrigue et les personnages est une chose très rare dans la littérature qui mérite d’être signalée. Le fait que le labyrinthe est toujours mortel est dramatiquement très efficace mais a un revers de la médaille ennuyeux car il oblige l’écrivain à inventer des machines plus fantaisistes l’une que l’autre pour surmonter ce problème (appareils qui semblent sortir de Star Trek et qui ne conviennent pas trop au registre de Budrys). Cela enlève un peu de crédibilité et pas mal de réalisme, surtout comparé au livre des frères Strougatsky et peut expliquer pourquoi cet excellente histoire n’a jamais été adaptée au cinéma, sinon certaines de ses idées. Bon, cela dit, le réalisme n’a jamais été le point fort des Étasuniens et cela ne les a jamais empêchés de faire des films à succès.
Contrairement aux deux précédentes histoires, 2001, odyssée de l’espace n’est pas réellement un livre, ou disons que le livre est venu après le film et est en fait le scénario du film de Kubrick, raconté à la sauce Clarke (qui n’est guère savoureuse). Certes l’idée de l’ODIE, le monolithe noir en l’occurrence, vient bien d’un très ancien texte de Clarke, La Sentinelle, mais même cette idée a été tellement modifiée qu’il n’en reste pas grand-chose dans le film. Contrairement à Tarkovsky, Kubrick sait raconter une histoire et est même un des meilleurs adaptateurs de romans qui soit, y compris de classiques très révérés, une des opérations les plus difficiles qui soient pour un metteur en scène (vous n’avez qu’à songer à tous ces horribles Misérables, Anna Karénine, David Copperfield, Moby Dick, et autres navets pompeux totalement émasculés). En fait il est Le spécialiste de l’adaptation littéraire avec un grand L. Il est à ma connaissance le seul réalisateur qui ait réussi une adaptation de classique supérieure à l’original, ou en tout cas plus à mon goût, avec son Lolita, par exemple. Il n’est donc pas étonnant que la littérature de Clarke s’en est trouvée très améliorée par son passage par la caméra de Kubrick.

Une des qualités de Clarke, qu’il m’est difficile de ne pas lui reconnaître, est qu’il a beaucoup de bonnes idées. Et dans ce film, on a au moins trois bonnes idées, ce qui est considérable. Si on ajoute le soucis de réalisme et la compétence indiscutable de Clarke sur l’aspect scientifique de ses fictions, il ne restait plus à Kubrick qu’à faire ce qu’il fait de mieux, raconter une histoire en images animées qui concilient à la fois une grande efficacité narrative, une grande beauté visuelle et quelques scènes choquantes par leur brutalité. Les personnages sont presque sans intérêt, ce qui n’est pas difficile avec un co-scénariste comme l’Anglais, mais cette fois c’est volontaire, en tout cas de la part du réalisateur étasunien. Tout est focalisé sur l’intrigue (j’ai écrit un article sur la raison pourquoi il est presque impossible de concilier personnages intéressants et intrigue intéressante, que vous pouvez lire ici). Le film a certainement vieilli, en particulier au niveau des costumes, qui donne un côté comique malvenu aux Homo erectus du début, et peut-être aussi des effets spéciaux comme la longue séquence aux lumières psychédéliques précédant la scène finale. Néanmoins, avec ses défauts, 2001 reste un des meilleurs exemples d’utilisation d’un ODIE, et probablement le meilleur film après Solaris.

L’ODIE de Solaris est cette fois une planète entière, qui contient et est en fait une créature unique, un immense océan colloïdal (une sorte de gelée qui a la propriété de passer de l’état liquide ou semi-liquide à l’état solide et inversement et à prendre des formes les plus diverses). Le lieu de l’action est une base scientifique en orbite basse, chargée d’étudier la planète. Et comme toujours avec les ODIEs, toute les tentatives pour l’étudier et la comprendre se soldent par des échecs à peu près complets.
Contrairement à Stalker, le film Solaris de Tarkovsky a gardé approximativement l’histoire originale, écrite par Stanislas Lem dans les années 60. Autant dire que le scénario est plus consistant que celui de Stalker. Le procédé “scientifique” pour se débarrasser définitivement des créations de Solaris, les visiteurs de la base, a été zappé dans le film, ce qui est aussi bien. En revanche, on aurait aimé voir davantage ces formations fantastiques de l’océan, comme ces mimoïdes, ces symétriades et autres assymétriades dont il est abondamment question dans le roman. La raison pour cela est très certainement que les moyens techniques de l’époque ne permettaient pas de réaliser des images suffisamment belles et convaincantes aux yeux du cinéaste. Et on trouve évidemment quelques discussions plus philosophiques que scientifiques dans le film de Tarkovsky qui ne se trouvaient pas dans le roman, mais cette fois dans des limites très supportables. On peut aussi (probablement en fait) trouver la mise en action lente, voire très lente ; personnellement, ce type de commencement me convient, au moins au cinéma, à condition qu’il y ait par la suite une accélération du rythme narratif, ce qui est le cas ici. De plus, le plan final, aussi spectaculaire que surprenant, n’aurait pas de sens sans la longue scène du début, sur Terre, dans la campagne moscovite, parmi la famille du cosmonaute. Le début et la fin du film ne se trouvent pas dans le roman de Lem. Néanmoins ce n’est pas la raison pourquoi l’écrivain détestait apparemment si fort le film. Lem reprochait à peu près tout à l’adaptation du Russe. Mais je crois que ce qu’il reprochait le plus à Tarkovski, c’est d’avoir donné un sens à son livre, qui plus est implicitement religieux (même s’il est certain que l’histoire de Lem elle-même est métaphysique en diable) et pire encore, d’avoir donné de l’espoir à son personnage central (ainsi qu’aux spectateurs par la même occasion). Et ça pour un authentique athée comme ce Polonais, c’est une faute majeure, inexpiable.
Enfin, on peut noter à titre de curiosité, que sur les sept créateurs de ces histoires, trois sont Russes, un est Polonais, un autre est d’origine Lithuanienne (le vrai nom de l’auteur de Lune Fourbe est Algirdas Budrys) et même Kubrick, comme son nom l’indique, a ses origines du côté de la Pologne, de la Hongrie et de la Roumanie : on peut donc se demander si ce thème de l’ODIE a une résonnance particulière pour les Européens de l’Est.


Voilà donc pour la partie théorie, passons à la pratique.

Jeu de mort


    Le visage sérieux d’Amberine était penché vers lui. Tommy la regarda avec embarras, peinant à dissimuler l’émotion illicite qu’il ressentait à la voir à cet instant, justement à cet instant. Il était en train de rêver, ce qui n’avait rien d’étonnant à cette heure de la nuit. Et bien que son rêve s’enfuyait déjà à tire d’aile tandis que son cerveau se remettait péniblement en mode veille, il savait que la jeune femme figurait dans ce rêve. Et le vague souvenir qui s’accrochait encore dans sa mémoire comme un effluve lointain lui disait que ce n’était pas un rêve à raconter… du moins pas à Laurie. Oh, s’il avait pu retrouver le sourire qui auréolait la jeune femme rousse d’un jour complètement nouveau ! Mais comme toujours, le visage ponctué de taches de rousseur d’Amberine était impassible.
Pourtant, il sut aussitôt que quelque chose d’inhabituel s’était passé et que la nouvelle serait désagréable.
— Ça y est, votre esprit est avec moi, Tommy ? fit la voix précise et sans affectation de la jeune femme (c’était une des nombreuses raisons pour lesquelles il l’appréciait).
— On dirait bien, répondit-il en fixant le visage de sa collaboratrice avec un émerveillement naïf.
Son ton devait manquer de conviction.
— J’ai besoin d’être sûre, insista-t-elle sans tact. C’est très important.
— Je suis réveillé, affirma-t-il d’une voix plus ferme. Vous pouvez commencer à me pourrir la journée si vous le jugez absolument nécessaire.
Il n’obtint pas le sourire qu’il espérait. Sa voisine ne perdit pas son temps en explications.
— Vous devez vous lever, dit la jeune femme sur un ton à peine moins autoritaire qu’elle en aurait usé pour s’adresser à un gamin. Je vous ai préparé un café. Tenez, quelqu’un veut vous parler.
Elle lui tendit une oreillette.
— Tout de suite ?
— Tout de suite.
Il saisit l’écouteur mais s’emmêla les crayons et la jeune femme la lui retira aussitôt des mains pour s’occuper elle-même de l’opération. Elle ouvrit sa veste de pyjama avec des gestes précis (quelque chose qu’elle avait peut-être déjà fait dans son rêve quelques minutes plus tôt, songea-t-il sans joie) disposa le fil puis referma sa veste. Amberine était du genre tactile. Le contact physique ne lui faisait pas peur, si tant est qu’elle eût peur de quelque chose. Peut-être était-ce aussi un moyen pour elle de se le rendre plus docile et malléable, ayant remarqué chez lui un point de faiblesse à cet endroit.
— Je croyais qu’on en faisait sans fil, observa-t-il d’un ton bougon.
— Oui, mais ceux-là sont sécurisés. La wifi est plus facile à intercepter.
— Vous êtes aussi experte en matériel électronique ?
— Non, je ne fais que répéter ce que des gens plus experts m’ont dit. Vous entendez bien, Tommy ?
Il y avait en effet une voix d’homme familière qui parlait à l’autre bout du fil mais visiblement pas à lui.
À côté, Laurie se redressa dans le lit, fixant la jeune femme d’un œil sombre.
— Qu’est-ce que c’est encore ? demanda-t-elle.
Il lui fit signe de se taire, essayant de comprendre ce qu’on disait dans l’écouteur.
— Votre Excellence, nous avons des nouvelles importantes de l’O.D.I, dit soudainement une nouvelle voix qu’il ne connaissait pas, plus jeune.
Il regarda Amberine.
— Il peut m’entendre ?
— Bien sûr, c’est à double sens, Tommy.
— Ah, d’accord… Rappelez-moi votre nom, jeune homme ?
— Désolé Votre Excellence, j’aurais dû commencer par me présenter. Je m’appelle Timour Heast. Je suis votre nouveau responsable des opérations auprès de l’O.D.I. Nous avons une communication de la plus haute importance…
— J’imagine, pour que vous me tiriez du lit à trois heures du matin. Si je comprends bien, vous venez d’être nommé à ce poste ? Je ne reconnais pas votre voix.
— Je remplace monsieur Reyes qui a fait valoir ses droits à la retraite…
— Il a pris sa retraite ? Maintenant ?!
— La semaine dernière, Votre Excellence. Monsieur Reyes avait déjà largement dépassé l’âge légal et le moment lui a paru…
— Bon, peu importe ses raisons. Je suppose que vous êtes compétent si on vous a nommé à ce poste. Néanmoins, si vous voulez que votre mandat n’expire pas très précocement, je vous conseille de ne plus jamais m’appeler « Votre Excellence ». Jamais. Personne ne m’a plus appelé comme ça depuis le jour de ma prise de fonction. Appelez-moi Tommy, Tom ou à la rigueur Tomas. Mais sachez que tous mes collaborateurs m’appellent Tommy.
— D’accord Tommy.
— Très bien Timour. Dites-moi maintenant quel est le problème avec l’O.D.I. ?
— Comme je vous le disais, il est entré en communication. Dans dix minutes, Tommy, non neuf, vous les aurez en ligne.
— Les ? Ils sont plusieurs là-dedans ? Je croyais que l’O.D.I. était vide !
— Eh bien, il semble que non.
— Mais vous, ou votre prédécesseur, m’avez affirmé avec certitude que c’était une coquille vide, vrai ou faux ?
— C’est vrai, Tommy. Nos détecteurs n’ont rien trouvé à l’intérieur mais…
— Donc, vous êtes en train de me dire que dans un vaisseau sondé sous toutes les coutures depuis deux mois, où il n’y a rien ni personne, quelqu’un, voire toute une bande de joyeux E.T. vont me passer un coup de fil dans dix minutes.
— C’est bien ça, Tommy. Plus que neuf minutes. Le signal que nous avons capté vient assurément de l’O.D.I. : c’est une certitude. Nous préférons ne pas employer le mot de vaisseau. Nous ignorons la nature réelle de cet objet. Rien ne prouve qu’il vienne de l’espace, vous savez.
— Il faut bien qu’il vienne de quelque part tout de même.
— Nous préférons ne pas spéculer sur son origine tant que nous n’avons pas d’élément plus tangible. Il vous reste huit minute trente, Tommy, et ils ne veulent parler à personne d’autre que vous. Nous avons installé une ligne spéciale, hautement sécurisée dans votre bureau. Il faudrait que vous soyez là à l’instant T, Tommy.
— Mais pourquoi dites-vous « ils » ? Comment savez-vous qu’ils sont plusieurs ?
— Nous ne le savons pas. Simplement, l’O.D.I. emploie toujours un pronom pluriel en parlant de lui.
— Ils parlent notre langue ?!
— Oui, Tommy.
La communication s’interrompit. Ce Timour était plutôt cavalier, songea-t-il. Peut-être aurait-il dû exiger qu’il l’appelle Votre Excellence après tout. Ou Votre Excellence Tommy.
Son Excellence Tommy se fit alors un peu chahuter par Amberine qui le pressait de se lever.
— Eh bien, qu’est-ce qu’ils veulent ? demanda sa femme.
— Que je parle à un type, ou même plusieurs, dans l’O.D.I.
— Tu vas aller là-bas ?!
— Non, juste dans mon bureau.
Amberine le secoua cette fois sans ménagement.
— Vous discuterez après. Préparez-vous, Tommy.
— Je ne peux même pas prendre une douche ?
— Non, Tommy. Pas le temps. Vous avez juste le temps de prendre un café et on file au bureau. Tenez, enfilez ça.
Il obéit machinalement, glissant un bras dans la robe de chambre qu’elle lui présentait (Amberine savait où toutes ses affaires étaient rangées et lesquelles il avait l’habitude de porter à telle heure de la journée, mieux en fait que Laurie) et la jeune femme lui passa la seconde. Comment faisait-elle ? C’était le milieu de la nuit et elle semblait aussi fraîche et active que la veille. Sa mise était impeccable, comme toujours, bien qu’il eût l’impression qu’elle n’était pas maquillée.
— Vous avez une minute pour me rejoindre à la cuisine, Tommy, dit-elle en sortant de la pièce, non sans jeter un dernier coup d’œil derrière elle pour vérifier qu’il était bien en train de boutonner sa robe de chambre.
— Je crois que je ne vais pas pouvoir supporter ça encore longtemps, grommela Laurie quand la femme rousse fut sortie. Tu devrais parfois lui rappeler qui est le chef ici, Tommy.
Il gloussa en voyant la mine offusquée de sa femme. Lui n’était pas gêné par les façons très directives de sa collaboratrice, sans doute parce que sa familiarité avait un caractère professionnel sans ambiguïté. Et aussi… parce qu’il appréciait ce contact étroit. Il l’appréciait un peu trop sans doute, au goût de Laurie.
Tommy, il te reste sept minutes : on t’attend, dit dans l’oreillette la voix de Pete, son ami de vingt ans et Conseiller aux Affaires Spéciales. Lui aussi avait la voix embrumée et il devina qu’il n’était pas réveillé depuis longtemps.
— J’arrive, dit-il à haute voix, assez forte pour être entendu jusqu’à l’autre bout du couloir.
Dans la cuisine, il retrouva la jeune femme rousse et sentit l’odeur alléchante du café. Il décida qu’il pouvait la complimenter à ce sujet sans disconvenir à leurs règles non écrites.
— Votre café, Amberine, est un vrai délice, je vous l’ai déjà dit ? Je croirais presque que vous êtes allée le cueillir sur l’arbre.
— Je n’ai pas grand mérite, Tommy, la machine fait tout.
— Mais quelqu’un a dû choisir ce café et je parie que c’est vous.
Elle sourit sans répondre directement.
— Je l’ai dosé un peu fort aujourd’hui, Tommy. Vous allez avoir besoin de toute votre tête. Vous sentez-vous prêt, Tommy ?
— Je suis prêt à en boire un deuxième, oui.
— Non, ce ne serait pas raisonnable. Vous devez avoir l’esprit clair mais être calme aussi, avoir des nerfs d’acier.
— Je suis calme. Qui a dit que je ne l’étais pas ? Vous n’imaginez pas le nombre de personnes qui pensent qu’elles feraient mieux que moi si elles étaient à ma place. Pensez-vous aussi que vous feriez mieux que moi, Amberine ?
— Quelquefois, Tommy. Mais seulement quand vous avez trop bu. Quand vous n’êtes plus le bon, le vrai Tommy : celui que les gens aiment.
Il grimaça, cette fois embarrassé pour de bon, ne voyant que trop bien à quoi elle faisait allusion. Mais il s’était excusé pour ce petit incident ; que pouvait-il faire de plus ?
— Mais en ce moment, comme presque toujours, je vous trouve super, Tommy, ajouta-t-elle rapidement. Et je connais trop bien le poste qui est le vôtre pour croire que je ferais aussi bien.
— Oui, chacun à sa place, fit-il un peu maussade.
Sa femme entra à son tour dans la cuisine. Le sourire naissant sur le visage d’Amberine s’effaça aussitôt.
— Je vous sers un café, Laurie ? proposa la jeune femme poliment.
— Non merci, je vais faire mon café moi-même, comme je l’aime. J’ai encore le droit, non ? répondit Laurie sèchement.
Sa femme avait un goût exécrable en matière de café. Pour lui, cela tenait plus de l’eau chaude parfumée. Le café doit être bien tassé, pensa-t-il, ou alors autant boire de la tisane.
Cinq minutes, souffla la voix du dénommé Timour, revenu aux affaires.
Il termina sa tasse en reluquant du coin de l’œil les deux femmes, presque côte à côte. Depuis deux ans qu’Amberine avait pris son job, il avait l’impression de vivre une union bigame. Et ça n’était pas déplaisant jusqu’ici. Évidemment, Laurie voyait les choses d’un autre œil. C’était un coup dur pour elle, même si aucun acte contrevenant à leur serment mutuel n’avait été encore commis. Elle qui avait si soigneusement fait le ménage autour d’eux, excluant tout élément féminin trop sexy, voilà que cette bombe tombait du ciel et au pire endroit ! La bombe Amberine. Sa femme avait essayé plusieurs fois de la faire renvoyer mais avait fini par comprendre qu’il ne la laisserait pas faire cette fois-ci, contrairement à son habitude. Il n’était pas seulement, en fait pas principalement motivé par une pulsion sexuelle. Il s’entendait vraiment bien avec la jeune femme. Et ça n’était pas surprenant car Amberine partageait avec sa femme les qualités qui l’attiraient le plus chez l’autre sexe : la féminité, l’assurance, le charme, le sens de l’humour, l’énergie, le dévouement envers l’être aimé. Bien sûr, il y avait une différence. Ce n’était pas vraiment lui, Tommy, que la jeune femme rousse aimait, c’était le symbole, la fonction. Il comprenait très bien le distinguo et s’en désolait un peu, parfois, mais se faisait une raison à chaque fois qu’il se regardait dans une glace.
Laurie avait dix ans de plus qu’Amberine mais comparée à lui, elle était toujours jeune. C’était une panthère, maintenant un peu enveloppée, dans le genre torride et extraverti. Amberine était plus policée en apparence, plus froide, mais tout aussi redoutable : on sentait que c’était de la glace qui lui coulait dans les veines, que rien ne la ferait dévier de la route qu’elle s’était fixée. Du moins, elle était assez jeune pour le penser.
Quatre minutes, égrena désagréablement la voix dans l’oreillette.
— Il faut y aller, Tommy, dit la jeune femme comme si elle avait eu l’ouïe assez fine pour entendre la voix sortant de son appareil (mais il réalisa plus tard qu’elle devait avoir sa propre oreillette cachée sous la masse de ses cheveux roux). On a juste le temps.
Son bureau se situait dans une autre aile du palais. Il suivit la jeune femme qui fendait l’air, ouvrant les portes devant lui avec une autorité impressionnante.
Dans la pièce si familière, un technicien finissait de s’activer. Il lui adressa le salut hygiéniquement correct (SHC) institué depuis la dernière épidémie de dieu sait quoi (il avait oublié ; peu importe, c’était une invention des services de Polit Prop), main en l’air, en gardant bien le mètre réglementaire entre eux, voire un peu plus, salut qu’un employé trop zélé avait dû lui inculquer à son arrivée au palais. Tommy franchit l’espace interdit et lui serra la main, provoquant l’ahurissement de l’homme.
— Si je ne peux plus serrer de mains, je perds cinquante pour cent de mon job, grommela-t-il à l’adresse du technicien.
Celui-ci sourit, se détendant ostensiblement.
— Merci, Tommy, c’est un honneur, bredouilla-t-il dans un élan de reconnaissance spontané.
Oh, il savait y faire. Après tout, c’était en partie pour ça qu’ils l’avaient mis là où il était.
— L’émission va commencer, intervint Pete impatiemment, avant même de lui serrer la main. Tu es prêt ?
— Ça doit bien faire la cinquième fois qu’on me pose la question depuis que je suis réveillé. Est-ce que j’ai l’air aussi miteux ?
Pete ricana sans répondre et le conduisit vers le bureau où on avait installé le terminal de communication. Pour l’instant, l’écran était encore noir. Il s’assit, pas vraiment inquiet, juste concentré, attendant que quelque chose se passe. Quelles têtes allaient-ils avoir ? C’était sa principale crainte. Si les types ressemblaient aux extraterrestres du cinéma, il allait avoir beaucoup de mal à s’empêcher de rire. Mais avaient-ils seulement une tête ?
— Tu es sûr que ce n’est pas un canular, hein ? demanda-t-il à Pete. Tu es sûr que ça vient de la soucoupe ?
— Sûr, mais pas de terme péjoratif comme soucoupe. On ne sait même pas ce que c’est que ce truc.
— Ah bon, truc, c’est mieux. Eh bien qu’est-ce que tu veux que je dise à ces types ?
— Laisse-les parler pour commencer. Puis tu peux leur réciter le bla-bla habituel : paix, amour, fraternité. Puis tu passes aux choses sérieuses. C’est quoi l’O.D.I. ? Comment est-il arrivé ici ? D’où vient-il ? Quels sont leurs projets ? ...
— Et surtout donnez-nous les plans de votre sacrée machine volante, acheva-t-il.
— Ah, ah, ah, fit Pete avec un sourire sans joie. Si au moins elle volait…
— Je suis sûr qu’elle vole, affirma-t-il.
— Pas d’énergie, pas de vol possible, rétorqua Pete, tout en faisant des signes mystérieux à l’adresse des opérateurs qui occupaient les tables adjacentes.
À cet instant, une minuscule étoile s’alluma au milieu du vaste écran noir qui lui faisait face. L’étoile grandit, occupant à peine un dixième de la surface disponible, devint jaune puis rougeâtre, envoyant des flammes dans l’espace vide, noir et immense qui l’entourait. Il s’attendait à ce que la lumière grandisse et envahisse l’écran, révélant son ou ses mystérieux interlocuteurs, mais il ne se produisit rien de plus.
— Curieux, fit-il, j’ai la mauvaise impression d’être en communication directe avec l’œil du Mordor.
— L’œil du quoi ? demanda Pete qui n’était pas un littéraire.
Les flammes au centre de l’écran frémirent et se déployèrent, envoyant aux quatre coins des flammèches roses et citron aux formes d’oiseaux fantastiques.
— Klaus Tomas Junior… articula une voix étrange venue de l’écran.
La prononciation était claire et nette, veillant à bien détacher chaque syllabe, comme seul un étranger pouvait le faire. La voix avait un accent à peine sensible, si on exceptait son articulation méticuleuse, plutôt inhabituelle. Elle lui sembla inexplicablement familière bien qu’aucune personne de sa connaissance ne lui vînt à l’esprit. Peut-être avait-il déjà entendu cette voix à la télé et il se remit à considérer l’hypothèse du canular.
— C’est moi-même, confirma-t-il incertain qu’il se fut agi d’une assertion. Je suis le grand leader de cette nation, la plus grande nation de cette planète. Vous ne pouvez donc pas trouver de meilleure personne à qui parler.
Les flammes restèrent muettes.
— Vous êtes sûr qu’il peut m’entendre ? demanda-t-il aux opérateurs.
— Absolument sûr, Tommy, soufflèrent au moins trois voix, dont celle appartenant au dénommé Timour, en venant de sa tête.
— Klaus Tomas Junior, répéta la voix venue d’ailleurs, êtes-vous en charge ?
Il resta une demi-seconde perplexe.
— Oui, je suis le Chef d’État. Il n’existe pas de personne située plus haut dans notre hiérarchie civile ou militaire, si c’est ce que vous demandez. Vous pouvez donc me parler. Et je vous répondrai bien volontiers au nom des peuples de la Terre que je gouverne.
Il sourit en lui-même de cette forfanterie que seul un gamin de dix ans aurait pu croire.
— Bon Dieu, Tommy, souffla Pete en faisant des grimaces en face de lui. Ne lui parle pas comme si c’était un foutu extraterrestre !
Il haussa les épaules et poursuivit.
— Si vous vouliez une personne en charge sur cette planète, vous ne pouviez pas mieux tomber. Je vous le répète, vous pouvez me parler.
— Nous vous parlons, Klaus Tomas Junior.
— Oui… Il réprima un début d’agacement comme à chaque fois qu’on l’appelait par son patronyme complet et celui-ci semblait prendre un malin plaisir à le lui assener à chaque phrase… Est-ce que je peux vous demander votre nom ? Comme ça, nous serons à égalité.
— Nom… nous n’avons pas reçu de nom, Klaus Tomas Junior.
— Comment puis-je vous appeler dans ce cas ?
Les flammes redevinrent silencieuses un instant, un très long instant.
— Mordor, dit finalement la voix.
— Mordor ?! c’est votre nom ?
— Non, nous vous avons dit que nous n’en avons pas. Mais vous nous avez appelés par ce nom tout à l’heure. Il nous plait.
— Savez-vous qui est l’œil du Mordor ? En fait, je serais content de discuter enfin avec quelqu’un qui sait de quoi je parle.
Il y eut quelques rires sous cape dans la salle.
— Oui, nous le croyons. C’est un nom, comme Klaus Tomas Junior. Et il nous convient s’il vous convient.
— Mais il se réfère à un personnage inhumain, expliqua-t-il.
— Tant mieux alors, car il se trouve justement que nous sommes inhumains, Klaus Tomas Junior…

Bien, assez de pratique : cet échantillon suffira pour la démonstration. La novella complète, Jeu de mort, est de toute façon bien trop longue pour ce blog. Si vous voulez connaître la fin (et le milieu), c’est parlà et c’est payant (tout travail mérite salaire).





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