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| Flammes (détail): Crayons de couleur sur papier de couleur, pastels |
Voici un sujet que je
n’avais pas encore abordé, sauf sous son aspect graphique (ici par exemple).
Peut-être que le thème m’a été dicté par ce début de saison estivale et ses
températures torrides, allez savoir. Comme le montre assez clairement mon
dessin de présentation, l’amour dont il sera question dans cet article est
cette variété particulière mais essentielle qui est indémêlable du sexe et qui
permet éventuellement de faire des enfants au bout du compte. Je n’ai considéré
dans mon “étude” que le cas le plus universel, et de très loin, à
savoir l’amour entre une femme et un homme. Je suppose qu’elle s’adresse plutôt
à des êtres jeunes qu’expérimentés, plutôt idéalistes que cyniques.
L’amour vrai, qui peut se définir comme une passion réciproque entre deux
individus précis, non substituables, peut en théorie survenir à n’importe quel
âge. Dans la majorité des cas, en pratique, il survient plutôt dans la jeunesse
que dans la maturité ou à fortiori que dans la vieillesse, ce que j’expliquerai
plus loin car ce n’est pas aussi évident qu’on serait tenté de le croire. Ce
type d’amour est souvent déclenché par ce qu’on appelle communément le coup de
foudre. C’est particulièrement vrai des femmes mais aussi des hommes, quoique
souvent avec un certain retard à l’allumage. Outre le coup de foudre (qui n’est
pas absolument nécessaire) les signes physiques les plus courants indiquant
qu’on est devenu amoureux, qu’on est en amour, comme disent les anglosaxons,
sont les rougeurs, les palpitations, l’incapacité à se concentrer sur un
travail quelconque, l’étourderie, les titubements, le vertige et divers
troubles de la vision et de l’appétit. Mais pour que l’amour entre vraiment dans
le champ de cet article, encore faut-il qu’il soit réciproque, que le
sentiment, le désir ou le désir d’être désirée, soit à peu près aussi intense
d’un côté que de l’autre. Ce n’est certes pas le cas le plus courant. Quand
cela vous arrive, si ça vous arrive, quand vous sentez que vous avez trouvé le
partenaire idéal, quand l’alchimie entre vous deux est parfaite, la première
chose que vous avez à faire est de remercier votre chance, la nature bien
faite, le destin, le ciel, Dieu, qui vous voudrez, mais ne vous montrez pas ingrat
car ce genre d’amour réciproque n’arrive pas à tout le monde au cours de sa
vie. Potentiellement, cela pourrait arriver à tout le monde mais l’expérience
montre que pour des raisons diverses, cela n’arrive jamais à certaines
personnes. Il est très facile de reconnaître dans la rue des personnes
amoureuses, authentiquement amoureuses, sans aucune démonstration spectaculaire
et d’ailleurs normalement réservées aux lieux privés. Le moindre de leur
regard, le moindre de leur geste est chargé d’amour, même quand l’aimé n’est
pas là, mais plus encore quand il est présent.
L’état d’une personne amoureuse et qui rencontre un sentiment réciproque chez
la personne aimée est tellement agréable qu’il vous fait tout oublier. Il n’y a
pas de gêne entre les deux, pas de tabou, pas ces contraintes qui existent dans
presque toutes les autres relations sociales. Tout semble naturel, évident, y
compris bien sûr le sexe. Précisons que l’acte sexuel n’est en fait nullement
obligatoire et que la relation entre les deux personnes amoureuses peut rester
platonique ou disons au stade du flirt léger, de la discussion badine diraient
certains, sans que l’intensité des sentiments et des désirs éprouvés ne baisse
d’un iota, bien au contraire. Si j’étais conseiller en sexologie, je
conseillerais d’ailleurs d’attendre le plus longtemps possible de passer à
l’acte. Une année d’abstinence, voire deux, serait mon ordonnance de médecin
sexologue, un peu sévère certes mais juste. D’abord, ce temps permet de se
connaître mieux et surtout cela restera le moment le plus inoubliable, le plus
poétique de votre histoire de couple. Et quand enfin, vous déciderez pour une
raison ou pour une autre de franchir le Rubicon, cela n’en sera que meilleur,
dix fois meilleur. Cela vous semblera une nuit — ou en fait des nuits —
merveilleuses car le sexe peut être merveilleux lui aussi.
Quand vous débuterez cette seconde phase (post coïtale dirait notre médecin),
il se produit généralement quelques changements importants chez les deux
partenaires amoureux. L’homme par exemple perd l’appétit tandis que pour la
femme en a pour deux : elle a sans cesse envie de manger. La femme a sans
cesse envie d’embrasser et de toucher son compagnon tandis que son compagnon a
sans cesse envie de se retrouver avec elle seule dans un endroit isolé mais pas
forcément sombre. Il est toujours très difficile pour les deux de penser à quoi
que ce soit, excepté à ce qu’ils font ensemble la nuit et parfois le jour. Et
les nuits blanches n’aident certes pas à la concentration. Ce n’est donc
évidemment pas une bonne époque pour le travail et la création. Si vous voyez
une personne très assidue au travail, vous pouvez être sûr qu’elle n’est pas
amoureuse.
Être amoureux n’est pas réservé à la jeunesse mais disons qu’elle aide
beaucoup. Parfois, la vie ne vous donne pas l’opportunité de rencontrer le
partenaire qui peut déclencher ces sentiments intenses avant un âge mûr, voire
un âge certain comme on dit. Et dans ce cas seulement, on peut trouver des
authentiques amoureux ayant atteint voire dépassé le milieu de leur vie, comme
dirait Dante. On peut estimer que plus l’âge de cette découverte (car il s’agit
bien d’une première, psychologiquement parlant, même pour ces vieux amants) est
tardive, plus l’amour aura de chance de rester platonique ou au stade du flirt
léger. Et dans tous les cas, on comprend bien qu’il s’accompagnera de moins de
stupeurs et de tremblements qu’avec des amants de vingt ou trente ans.
Le cas des amoureux très jeunes, adolescents, quoique très beau lui aussi dans
l’absolu, aura néanmoins la probabilité la plus élevée de rentrer dans la
catégorie des belles histoires qui finissent mal. Je n’entends pas par là un
sort tragique à la Roméo et Juliette mais une fin beaucoup trop précoce et
quelque peu amère. Le manque d’expérience de la vie, le manque de connaissance
de soi et de l’autre, est presque fatal pour la durabilité d’un couple, ou en
tout cas pour l’alchimie si précieuse dont je parlais plus haut. La déception
risque d’être terrible quand toutes les pesanteurs de la société vont s’abattre
sur les deux jeunes amants et il est inévitable qu’elle s’abattent sur eux. Il
ne suffit pas d’être mature physiquement, il faut aussi l’être dans sa tête
pour que l’histoire ait une chance de durer. Et ce cas-là est particulièrement
triste parce que ni l’un ni l’autre de ces adolescents ne retrouvera ce feu,
cette joie, cette intensité de sentiments, dans toute la suite de leur vie, qui
pourra être encore très longue.
Cet amour, ces feux de la passion, dans tous les cas, à tous les âges, finiront
par passer et ne reviendront pas. Certaines femmes assurent que leurs
sentiments pour leur compagnon ne diminuent pas et même augmentent avec le
temps et c’est peut-être vrai pour ce que j’en sais (je ne peux vraiment pas me
mettre dans leur tête sur ce point). En fait, j’aurais tendance à les croire. Mais
le problème est que ce n’est pas réciproque. Les hommes perdent clairement en
sentiment amoureux au bout de quelques temps, quelques mois ou quelques années,
même si leur femme est toujours jeune, belle, désirable. Ils n’y peuvent
rien ; c’est dans leur nature. Ils l’aiment bien certes mais ce n’est plus
du tout la même chose, n’est-ce pas. Aimer vraiment et aimer bien sont deux
choses très différentes, comme si les deux choses étaient d’une composition chimique
différente. Et la seconde n’a aucune chance de nous faire oublier la première.
C’est pourquoi certains hommes, un peu trop nostalgiques, cherchent à retrouver
ce feu de l’amour avec une ou en fait généralement un certain nombre d’autres
femmes (successivement en principe). Leurs espoirs seront vains. L’amour vrai
ne reviendra pas. Il est du genre facteur à ne passer qu’une fois et une seule.
De même certaines femmes, voyant que l’amour de leur compagnon tiédit, se
mettent dans la tête de trouver un remplaçant qui saura leur redonner ce grand frisson
et toute cette poésie qu’elles ressentaient à leur contact. Elles aussi seront
déçues ; cela ne reviendra pas. C’est impossible. La nature humaine est
ainsi faite que cette intensité de sentiments et de désirs ne peut être atteint
qu’une fois au cours de notre vie. Le seul résultat qu’ils obtiendront, en
dehors d’une petite pointe, très provisoire, sur leur encéphalogramme ou leur
cardiogramme, sera de teinter leur belle histoire d’aigreur, d’amertume et pour
ceux qui n’ont pas encore perdu leur âme, de remords.
Mon conseil de docteur sévère est donc de rester avec la personne qui vous a
procuré cette joie intense, même si c’était il y a longtemps et qu’il ne reste
plus grand-chose du feu de l’ancien volcan, comme dirait Brel. Pour l’homme,
qui a quelque peu une nature de papillon, c’est une ordonnance effectivement
difficile à suivre sur le long terme, dans toute sa rigueur, et ressemble assez
à un sacrifice. Quant à la femme, il lui faudra une dose importante de
compréhension et d’abnégation pour ne pas retourner « chez sa mère »
au plus petit faux pas de son compagnon. Dans les deux cas, leur sacrifice
mutuel en vaut la peine. Et pas seulement pour les enfants nés de leur union.
Pour eux, pour leur santé mentale, pour leur âme.
Dans l’ensemble, l’amour des amoureux ne dure pas. On ne peut pas maintenir
longtemps des sentiments ou des désirs à un tel niveau. Ce n’est pas humain, ou
disons plus prudemment, ce n’est pas masculin. Cela ne signifie nullement que
cet amour a pour cela moins de valeur. Son intensité compense largement sa
brièveté. Est-ce que la vie d’une mésange parce qu’elle bien plus éphémère que
celle d’un corbeau est moins précieuse ? Non. Le fait que cet amour soit
en partie le fruit du travail de nos glandes lui ôte-t-il de la valeur ?
non plus. Le fait que l’amour d’un homme pour une femme soit quelque peu
proportionnel au désir sexuel qu’elle lui inspire et ne peut donc que décroître
lui enlève-t-il de la sincérité, de la réalité ? pas davantage.
Rappelez-vous toujours du seul point important. Tout le monde rêve ou a rêvé ou
rêvera de connaître l’amour vrai, l’amour dont il est question dans cet
article. Tout le monde pourtant ne le connaîtra pas. Alors si vous avez la
chance que cela vous arrive, gardez-le précieusement près de vous, contre vous,
en vous. Et gardez la femme ou l’homme qui vous l’a inspiré, contre vents et
marées, pour le meilleur et pour le pire, comme les curés disaient à une époque
(peut-être qu’ils le disent encore d’ailleurs pour ce que j’en sais, c’est-à-dire
à peu près rien).
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| Deux anges conversant (détail): crayon |


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