vendredi 15 juillet 2022

La Déesse : mélo champêtre ensoleillé ou sombre roman fantastique contemporain


 

  Ce livre rassemble le roman La Déesse et la nouvelle Desseins éternels qui partagent le même univers champêtre et apparemment terre à terre, un certain nombre de personnages ainsi que le thème principal, celui de la quête de l’amour éternel. Tous deux sont fantastiques. Le premier pourrait être qualifié d’allégorie tandis que le second est un récif à clef, le seul que j’ai écrit (vous pouvez lire l’article que je lui ai consacré ici, aussi n'en dirais-je pas plus).
Ce présent article a pour objet le roman La Déesse. J’en avais donné à lire plusieurs versions antérieures, en particulier les versions de 2018 puis de 2020 qui se sont toutes révélées quelque peu insatisfaisantes après un certain temps de décantation. D’une manière générale, La Déesse est sans doute mon récit le plus atypique à ce jour. On peut admettre que je travaille très peu dans l’allégorie, l’étude psychologique, le fantastique champêtre, le mélo, l’histoire d’amour qui finit bien, toutes caractéristiques qui pourraient servir à décrire le roman. Ce n’était pas une volonté de ma part, encore moins un défi que je me serais lancé.
La Déesse est une histoire fantastique à mes yeux mais il est certainement possible de discuter ce point. Le "ou" du titre est d'ailleurs inclusif et non exclusif. Tout dépend de ce que le lecteur entend par fantastique et du poids qu'il accorde à l'ultime paragraphe du livre. Si le fantastique est pour lui, comme souvent chez les Français, l'irruption d'un événement surnaturel dans un cadre réaliste, voire quotidien, irréductible à toute explication naturelle, alors on ne peut certainement pas qualifier l'événement majeur du récit, l'apparition finale de la déesse Anahita, de fantastique. Ce serait plus, en effet, du fantastique dans le sens des récits de Gaston Leroux, où les événement les plus rocambolesques et improbables sont expliqués rationnellement, de façon plus ou moins convaincante. Personnellement, je rétorquerais à cette objection hypothétique que les solutions de Leroux à ses intrigues me semblent à moi bien moins raisonnables et plus fantastiques que s’il s’était contenté de faire appel à la baguette magique d’une bonne fée ou au mystère insondable de la création poétique. Je suis d’ailleurs plus qu’à moitié convaincu que ça fait partie du charme merveilleux du Fauteuil ou du Fantôme.
Mais je ne voudrais pas envoyer mon tout aussi hypothétique lecteur sur une fausse piste : La Déesse n’a pas pour projet d’imiter les imaginatives créations de Gaston Leroux. Car je peux vous dire au moins ce que vous n’y trouverez pas : de la truculence, du baroque endiablé, des rebondissements rocambolesques, du macabre grotesque ou de l’humour noir le plus débridé (et pas toujours à bon escient). En revanche, j’ai certainement été la victime plus ou moins consentante de ces puissantes réminiscences venues de très loin que connaissent tous les écrivains. Ainsi, je me suis aperçu avec une surprise un peu ennuyée en relisant récemment un échantillon de contes de Gogol que la scène au début du roman entre Mansour et le marchand d’antiquité ressemble étrangement à celle qui se trouve dans Le Portrait, nouvelle que je ne me rappelais même plus avoir lue (ce n’est pas la meilleure histoire de Gogol, de loin, ni certainement la plus mémorable, mais comme dans les rêves, ce ne sont pas toujours les événements ou les personnes que vous aimeriez qui s’y retrouvent). De manière plus consciente, je me suis rendu compte à un moment donné que l’idée centrale du roman était plus ou moins celle de Gradiva, la nouvelle de Jensen (très recommandable). Est-ce que ces emprunts sont problématiques ? À mon avis, non. Je doute fortement qu’un lecteur aurait pensé à Gogol ou à Jensen en lisant le roman si je ne l’avais pas averti de ces points communs.
Comme toujours, je ne dis pas grand-chose du background de mon personnage principal. Et Mansour, qui n'est pas porté sur les confidences, n'aide pas beaucoup. Il est donc laissé pas mal à l'imagination du lecteur. Ici, je peux en dire un petit peu plus. Mansour est un étudiant mais un vieil étudiant, une de ces personnes qui n'adorent rien tant que d'étudier, chercher, éventuellement trouver. Probablement a-t-il fait bien d'autres choses avant d'étudier les Beaux-Arts. Il doit avoir une trentaine d'années. C'est un homme simple dans son genre, maître de ses émotions, distant mais entouré, économe de ses mots mais sachant les distiller avec à-propos, qualité très appréciée en société. Les femmes le trouvent habituellement très attirant, peut-être par ses qualités physiques et intellectuelles, mais surtout parce qu’il est absolument indifférent à leurs efforts ou manigances. Chez lui, ce n’est pas une pose, un calcul pour exciter l’esprit de séduction féminin, même si tel est en effet le résultat. Ce n’est pas non plus l’effet d’un penchant secret pour son propre sexe. C’est juste que son esprit est ailleurs. Sans le savoir, il est une sorte de moine laïque, de preux chevalier, l'un des derniers, combattant pour l'art véritable contre les hordes toujours plus nombreuses des Philistins (sans aucune intention d'offenser les Philistins ou même de les critiquer, il s'agit juste d'un constat). Et c’est pourquoi, lorsque son amie russe, Irina, le décrit comme l’homme le plus « tellliblement » romantique qu’elle connaît, elle n’est pas loin de la vérité quoique pour de mauvaises raisons. En réalité, si je comprends bien Mansour, il est plutôt indifférent aux beautés de la nature, de même qu’à celles de l’architecture, comme le montre assez clairement sa curieuse appréciation des paysages solognots (il est certainement presque impossible de trouver une ville ou une campagne dans cette région sans une curiosité digne d’intérêt, ce qui montre précisément son absence d’intérêt) et rares sont chez lui les êtres ou objets qui peuvent lui soutirer de grandes émotions. On sait qu’il n’aime pas non plus le vin ni les alcools forts et que cela n’a rien à voir avec une fidélité à des préceptes religieux. Il n’a vraiment rien pour le rattraper sous cet aspect. Et s’il n’est pas végétarien ou végan, c’est probablement que cela demande une forme de passion qu’il n’a pas. Sa passion exclusive va en effet à des choses et des êtres qui ne sont pas de ce monde. 
Pour toutes ces raisons, il est donc parfaitement mûr pour tomber dans le filet que lui tend la Déesse.
Ce roman peut enfin être rangé dans la catégorie des portraits de femmes. Anahita, sous ses diverses incarnations, en est le vrai protagoniste. C’est pourquoi j’ai jugé qu’il n’était finalement pas très important de faire figurer dans le récit les divers renseignements que je viens de donner sur Mansour. Il est, en somme, un portrait en creux, comme on dit chez les graveurs et donc Anahita, bien sûr, est marquée en plein.

Vous pouvez lire un échantillon du roman à cet endroit ou l'acheter ici.

dimanche 10 juillet 2022

Russie : le géant s'éveille après hibernation

 



    L'image ci-dessus illustre le point de départ très simple de ce bref article. La Russie est un pays, selon nos normes européennes, disproportionné en plus d'être immense. Considérez l'Ukraine, l'Ukraine d'avant le 24 février, que montre cette carte déjà désuète. L'Ukraine semble minuscule; et pourtant c'est, ou plutôt c'était, le plus vaste pays d'Europe si on exclue sa voisine de l'Est. L'échelle spatiale d'un Russe ne peut être celle d'un Français, sans parler d'un Belge ou d'un Maltais (essayez donc de trouver Malte sur cette carte). Si on compare, comme je vais le faire, la Russie à un navire, il faut alors choisir pour la personnifier un paquebot, un super-container ou un supertanker si on apprécie l'allusion à une citation de John Mac Cain qui a prétendu que la Russie est une station service déguisée en nation. Bien sûr, on ne manoeuvre pas un tel géant des mers comme on manoeuvre la felouque française ou le hors-bord des Helvètes, ou plutôt le you-you suisse puisque la rapidité  n'est pas le trait le plus saillant de nos voisins outre-jurassiens à ce qu'on m'a dit. Les questions de logistique, de transport, de communications et toutes les infrastructures allouées sont également sur une toute autre échelle. Arriver à ce qu'une information passe du point A au point B quand ces deux points sont distants de sept ou huit fuseaux horaires et traverse et surtout imprègne des régions aussi différentes culturellement que disons la Russie européenne et les peuples sibériens ou caucasiens (les différences qu'on pourrait trouver entre Bretons et Alsaciens par exemple deviennent alors microscopiques) est une réelle gageure. Donner de la cohérence et une direction à une pareille structure multiplie les problèmes selon une croissance qui n'est certainement pas simplement arithmétique. Les problèmes d'échelles que connaissent nombre d'entreprises quand elles passent de la maquette à la grandeur nature ne sont certainement pas inconnus des Russes, et cela simplement pour que leur Etat fonctionne. Mais la Russie, contrairement aux USA, est un très vieux pays, elle a donc eu largement le temps d'apprendre à gérer ce type d'inconvénients. De plus, de tels poids super lourds démarrent, accélèrent, virent et stoppent en beaucoup plus de temps qu'il n'en faut à de plus petits esquifs (je pense faire tous les synonymes de bateau avant la fin de cet article, s'il dure un peu longtemps). On voit donc que la dimension spatiale de la Russie a pour conséquence une dimension temporelle, ou disons un rythme différent. Tout demande plus de temps. C'est pourquoi les Russes ont appris la patience. La fin de la monarchie peut être datée en France par l'an Un du calendrier révolutionnaire, ou si vous préférez 1789, la fin des tsars n'a eu lieu qu'en 1917;  la tentative communiste n'aura duré, au mieux ou au pire, que cinq ans en France, soixante-quatorze en Russie (URSS). Dorénavant, alors que l'Europe a largement entamé sa longue descente vers les Limbes où elle pourra rêver tout à son aise sur sa splendeur passée avec les Grecs, les Égyptiens ou les Babyloniens, la Russie commence tout juste à s'éveiller, à savourer sa vigueur retrouvée, son triomphe sur les anciens empires de l'Occident. Sa puissance militaire actuelle, qui n'est un sujet de controverse que pour les ignorants et les insensés, n'est pourtant que la prémisse de sa nouvelle puissance économique, politique, culturelle, morale et spirituelle à venir.

De par ce simple fait, l'Histoire va être réécrite, le basculement sera complet et comme la Russie est un géant des mers, que les choses chez elle prennent plus de temps pour se mettre en branle mais durent aussi beaucoup plus longtemps un fois mises en branle,  son ère (aire) sera aussi plus importante.

Pour conclure sur une note plus légère, je note que la récente Opération Militaire Spéciale de la Russie en Ukraine (qu'on peut voir comme une sorte de guerre civile entre Ukrainiens de l'Ouest et Ukrainiens de l'Est ou bien comme le commencement de la troisième guerre mondiale par proxy si on est moins optimiste) et son résultat le plus certain qui est la perte du Donbass et de quelques régions littorales pour l'Ukraine (de l'ouest) rendra de facto à notre pays le titre glorieux de plus grand pays d'Europe. Ce nouveau record sera d'autant plus facilement homologué par tous les instituts de statistiques et de correction politique que les nouvelles mappemondes figurant sur nos prochains manuels scolaires de géographie ou d'Histoire revisités par nos commissaires politiques représenteront La Russie comme un vaste espace blanc, sans nom, nouvelle terra incognita livrée aux féroces ours blancs et à la banquise, disparue corps et biens à l'image de son drapeau qui dans toutes les manifestations officielles occidentales est représenté dorénavant par un rectangle blanc, comme vous avez dû le remarquer. Mais bien sûr, sur cette carte, l'Europe ne s'appellera plus Europe mais Oceania, juste la pointe la plus orientale d'Oceania, en vérité presque insignifiante.

Autres articles parlant de la Russie nouvelle vue de l'Ouest : ici et là.

samedi 2 juillet 2022

Sept Cercles De L’Enfer : Livres II, III et VI version "de luxe"

 

Peinture pour la couverture du livre

Ce volume agrémenté d'une dizaine de mes illustrations, comme la peinture montrée plus haut, rassemble toutes les novellas de la série Sept Cercles De L’Enfer qui comprend quatre romans de tailles inégales et donc ces trois novellas. Chaque livre de la série est conçu pour pouvoir être lu séparément. Il n’y a pas de continuité de l’intrigue, des personnages, du cadre et de l’époque de l’action au travers des différents tomes, seulement une récurrence dans le thème général, celui du cercle infernal, qu’il soit spatial ou temporel. Les livres sont numérotés selon leur ordre de publication, ordre généralement indépendant de la volonté de l’auteur, sans considérations d’ordre de lecture préférentiel (excepté pour le septième et dernier cercle qui voit le cercle se briser et devrait donc, si on aime les fins qui se terminent bien, être lu en dernier). Dans le cadre de cette présentation, il nous a donc paru licite d'ordonner les livres chronologiquement, de commencer donc par le premier écrit et terminer par le plus récent, qui est aussi l'avant-dernier de la série, paru en 2022, mais libre au lecteur de commencer par le livre de son choix.

Kólassy, la naufragée de l’espace, est la version personnelle de l’auteur, selon ses propres mots, du Pays De La Nuit de W. H. Hodgson, ce « plus grand roman raté de la littérature de l’imaginaire ». C’est à coup sûr l’histoire la plus dépaysante des trois, située dans le plus lointain futur. Il n’y a pas de cité pyramidale comme dans le roman de l’Anglais mais l’épave d’un immense vaisseau aux voiles d’or qui semble de toute évidence plus apte à utiliser les vents solaires pour traverser le cosmos qu’à voguer sur les flots. Néanmoins, à cette époque éloignée, la distinction semble s’être effacée et l’héroïne du récit, une fois remise de son amnésie, se considère comme une sorte de matelot. Comme dans le Pays De La Nuit, on trouvera ici beaucoup de monstres épouvantables, un étrange sauveur muet au pouvoir fantastique et une histoire d’amour romantique transcendant l’espace et le temps, et même, semblerait-il à bien y regarder, la barrière des espèces.

Outreterre se situe à des années lumières de la Terre, plus probablement à des dizaines, et donc dans un futur assez lointain selon toutes vraisemblances. De pareils voyages spatiaux sont terriblement risqués, il va sans dire, quel que soit l’avancement technologique des voyageurs, car on n’a aucune raison de supposer compte tenu de notre expérience passée que la psychologie humaine évoluera beaucoup. Ces voyages seront en effet presque certainement des billets aller simple et en tout cas d’une durée très excessive pour la psyché d’un humain. Et le pire est qu’il est impossible d’être assuré qu’au bout du compte on tombera sur la bonne planète, l’idéale, la seule pouvant accueillir la vie, le tirage parfait au sein d’un milliard de milliard de combinaisons possibles. Un tout petit hic dans n’importe quel paramètre et la vallée d’abondance se transforme en désert plus aride que l’Antarctique, le rêve se change en cauchemar et le paradis en enfer. Ici, l’élément fantastique, très inhabituel dans le cadre de la science-fiction dure, est une fée. Eh oui, elle possède même ce qui ressemble à une baguette magique !

Jeu de Mort est des trois textes le plus ouvertement fantastique, même si la première solution de cette intrigue semble pouvoir appartenir à la science-fiction. D’une manière générale, On trouvera toujours une dimension fantastique dans ces textes, à savoir au moins un événement de l’intrigue ne rentrant pas dans le cadre de la « Science » ni dans celui, plus large, de la raison, même dans une époque future lointaine, censément être beaucoup plus avancée que la nôtre, et permettant donc en principe un certain nombre de libertés narratives. L’époque ici est approximativement la nôtre et L’ODI (Objet D’Intérêt) a l’apparence d’une grande coquille semi sphérique apparue un beau matin au bord de la mer par une nuit très sombre. Toutes les hypothèses sont envisagées par les agents gouvernementaux autorisés qui enquêtent sur l’événement jusqu’au jour où un inconnu, qui se fait appeler Mordor, entre en contact, réclamant de parler au Chef de l’État, son Excellence Tommy. Et il semble en effet que ce soi-disant Mordor, habitant ou créateur de l’ODI, ait un goût très vif pour les flammes, virtuelles ou non, et soit très doué pour souffler le chaud et le froid.

Le livre est disponible ici, en version brochée pour le moment, grand format.

Sinon, voir ici, ici et ici pour les trois récits au détail.



samedi 11 juin 2022

USA, Europe, France : bientôt le meilleur des mondes (discours de notre bien-aimé Président du club des Homocidaires)

Certains parmi vous, chers Frères, pourraient croire que nous faisons de l’ironie avec ce titre aux perspectives grandioses. C’est bien mal nous connaître. Nous sommes au contraire d’un sérieux confinant à la sévérité, que dis-je, à la gravité. Nous n’aimons pas les plaisantins. Nous répugnons franchement à la légèreté qui prétend — faussement — à l’esprit. À l’altitude où nous évoluons, l’ironie, encore moins la plaisanterie, n’a sa place. L’humour est la marque de l’imperfection, de la faiblesse. Et bien que nous soyons déjà fort, nous cherchons encore la perfection. Si nous avions voulu être ironique, ce qui nous arrive dans nos (rares) accès de faiblesse, nous aurions sous-titré ce discours "entre Charybde et Scylla", ou mieux, "entre la peste et le choléra". "Entre Charybde et Scylla" est bon, certes, je ne vous le fais pas dire, mais trop poétique pour notre époque ; "entre le marteau et l’enclume" est déjà mieux sans être excellent, "entre peste et choléra" est juste parfait de par son caractère hygiénique et ses références évidentes à l’actualité, tout à fait moderne donc, et nous l’aurions privilégié. Mais de toute façon, cette digression n’a aucun sens puisqu’il n’est absolument pas dans notre intention d’annoncer à nos très chers confrères Homocidaires un avenir sombre mais au contraire le plus ensoleillé qui soit. Le meilleur des mondes dont nous parlons est à prendre non pas au sens de Huxley, satiriste laborieux et piètre romancier, ou de son traducteur, mais au sens propre, un monde qui suit nos préceptes Homocidaires, il va sans dire (pour les étourdis qui n’auraient pas encore étudié notre manifeste où sont promptement synthétisés les préceptes hygiéniques et moraux du nouvel Homocidaire en vingt-huit volumes, nous nous permettons de les renvoyer ici).

Non, ce que nous annonçons là est véritablement le grand changement que nous attendons tous, cet avenir radieux pour les élus, toujours rares, les petites fleurs et nos amis les loups, précisément dans la partie du monde indiquée plus haut.

Oui, vous avez bien lu, nous nous lançons dorénavant dans le grand style, dans la prédiction, l’oracle, et, n’ayons pas peur des mots, la prophétie zarathoustréenne.

Nous ne vous dirons pas quel événement se produira ici ou là, le 17 mars 2023 à 12 h 57, ou le 24 juillet 2024 à 5 h 09 car nous sommes bien au-dessus de tels minutiae, mais nous vous annoncerons les événement principaux à venir dans le bon ordre et dans leur exactitude.

Nous ne sommes certainement pas Cassandre car contrairement à elle, nous ne prédisons que des bonnes choses pour notre pays, et les seules nouvelles que nous annonçons sont empreintes de la joie la plus élevée, celle de l’élu passé au crible de la grande tribulation, contemplant le paradis depuis sa cabane dans les cimes verdoyantes et inviolées, ni plus ni moins.

Et nous sommes ravis de prédire que les USA, cette immense nation, et l’Europe, dont la grandeur temporelle compense pour le moins sa petitesse spatiale, sont maintenant vertueusement engagées dans la voie du meilleur des mondes, l’Homocide intégral et sans retour. Il n’est en effet plus de retour possible, tous les ponts sont brûlés derrière nous, la victoire devant nous est certaine.

Commençons toutefois par notre raisonnement à partir des faits, puis nous ferons nos prédictions.

Notre raisonnement est le suivant. Les USA, l’Europe, au bord d’une crise économique majeure, sont devant une alternative dont les deux termes nous semblent également exaltant, mais il en est pourtant un supérieur à l’autre, comme nous allons voir tout de suite. La première solution à cette alternative est de remonter fortement les taux d’intérêt pour diminuer l’inflation et favoriser ainsi ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose, au dépend de ceux qui ont beaucoup d’actifs (maisons, hôtels, bateaux, actions, obligations, etc.) puisque la remontée des taux fait diminuer la valeur réelle de tous ces biens. La seconde possibilité est de ne pas les remonter, comme dirait Monsieur de La Palisse, de remettre la machine à imprimer des billets en route et même de mettre la barre sur full speed (elle ne s’est jamais vraiment arrêtée mais des rumeurs incessantes nous signalent que certains agents séditieux, probablement russes, voudraient la freiner, voire l’arrêter, comme dans "When The Machine Stops" de Forster, un bon livre s’il avait été écrit selon le point de vue qui convient, qui est le nôtre) et de favoriser ainsi la classe la plus riche de la société, celle qui est généralement la plus enthousiaste pour se rendre aux urnes et qui, de plus et surtout, fait de généreuses donations à nos politiciens qui ont toutes ces excellentes idées. Pourquoi la seconde solution est bien meilleure, outre le fait qu’on n’a jamais vu des politiciens dans nos belles démocraties qui ne soient pas soucieux de leurs chers électeurs, est à cause de ceci : cette option fera flamber les prix, tous les prix, en particulier ceux des matières sataniques, tel le pétrole ou le gaz, la viande et les féculents. Et nous aurons de l’inflation, de la vraie, de l’hyperinflation comme on n’en a pas vu de mémoire d’homme sauf si vous avez vécu vraiment très très longtemps. Et cela est très bien car il y aura des protestations, des émeutes, puis des guerres civiles (les gens aimant rarement se sacrifier de leur plein gré même pour la plus noble des causes) et il y aura beaucoup de morts et donc de grands et beaux cimetières où les petits oiseaux viendront gazouiller joyeusement le jour et même la nuit. Et il y aura beaucoup plus de place pour les petites fleurs et nos amis les loups. Et nous, les Homocidaires agréés, rares élus de ce paradis, pourront nous réjouir pour l’éternité de ce merveilleux spectacle de l’harmonie retrouvée depuis nos cabanes dans les arbres, ou peut-être, depuis nos abris souterrains plus ou moins blindés. Ceci est ma première prédiction.

Et voici la seconde vision. Par la faute de nombreux mauvais esprits restant dans ce pays, les USA, je vois que malheureusement, là-bas, le meilleur des mondes sera quelque peu différé. Je pronostique en effet de longues et pénibles discussions, et même quelques bousculades assez serrées entre les partisans de la solution numéro 1 et la numéro 2, avant que cette dernière, bien entendu, ne finisse par l’emporter. Par bonheur, nous Européens, sommes beaucoup plus sages, beaucoup plus intelligents, et nous avons compris où est notre plus grand bien. Il est déjà évident que nous montrons un zèle plus vif que les Etasuniens dans l’application rigoureuse et rapide des préceptes de l’Homocide, comme le démontrent Sainte Greta et Saint Cretain, il est donc tout naturel que nous soyons les premiers à profiter de ce nouveau paradis sur Terre (et sous terre parfois). En tout, les Européens ont été précurseurs et le resteront donc… jusqu’à la fin : ce n’est pas une mince satisfaction.

Hélas, j’en viens maintenant à la partie la moins agréable de ces prophéties. Car si l’Europe, et avec un temps de retard, les USA (qui ne s’appelleront évidemment plus ainsi puisque, je vous l’annonce en passant, la Californie retournera au Mexique ainsi que les deux autres états du sud-ouest dont j’ai oublié le nom — déjà oublié ! c’est un signe — que l’Illinois, le Michigan et tous les états du Nord-Est s’allieront avec ce qui restera du Canada pour former le Grand Québec Libre (enfin !), et que tous les autres seront à peu près aussi désertiques que l’Alaska, ce qui nous évite la peine de leur chercher un nouveau nom), je dis hélas car il n’en va pas du tout de même pour les barbares de la steppe et de la taïga, je parle des Russes, Tatars, Mongols et autres mongoloïdes. Ces derniers seront précipités dans la plus grande calamité qui soit, la surpopulation, les villes enfumées, les usines mortifères, les marées noires, les autos pétaradantes, les bateaux, les avions, les fusées, tous marchant au pétrole démoniaque que nous leur avons laissé sans regret, et il y aura des ponts et des barrages construits sur chaque rivière, et des bruits de tronçonneuses et de tracteurs monstrueux dans chaque forêt et les gentils animaux ne pourront traverser une route où un sentier forestier sans se faire écraser dix fois.

Et pendant cela, nous, amis des calmes cyprès, nous respirerons l’air pur à pleins poumons en mâchant des pissenlits, en écoutant les petits oiseaux et en hurlant, parfois, comme nos amis les loups…


Les sources informées de cet article satirique, très sérieuses et recommandables, ainsi que de plusieurs articles précédents sont, pour l'essentiel, Jacob Dreizin from the Dreizin report pour l'économie, Alastair Crooke pour la géopolitique (hélas devenu difficile à trouver car son canal habituel, Strategic Culture, a été "cancelled" par le Haut Commissariat Européeen à la propagande) et Andrei Martyanov pour l'aspect martial.
Autre article du club des Homocidaires: ici.

lundi 6 juin 2022

Vladimir Poutine : une claire vision du monde (Interview intégrale donnée le 03 juin 2022)


Le texte qui suit est la traduction de la transcription intégrale (voir sur le Saker Blog par exemple) de l'entretien donné par Vladimir Poutine à la chaîne Rossiya TV le 03 juin dernier : photo ci-dessus. J'aurais pu traduire bien d'autres discours ou entretiens donnés par Poutine car leur qualité est assez égale mais il est peu probable que vous trouverez cet entretien en français dans les grands médias, et encore moins en intégralité (la tactique habituelle du journaliste MSM étant soit d'ignorer soit de sélectionner un court passage pour faire dire tout autre chose à l'ennemi numéro un actuel)).

Même ou plutôt surtout si vous n'aimez pas Poutine, sa personne, sa vie, son œuvre, je vous engage à lire cet entretien assez bref, histoire de savoir mieux de quoi vous causez et parce qu'il n'est jamais bon de méconnaître son adversaire. S'il vous reste un soupçon de bon sens, vous en tirerez au moins les conclusions suivantes:

1 Poutine n'est pas mort (pas encore)

2 Poutine n'est pas gravement malade, atteint de cancers divers et variés

3 Poutine n'est pas fou

4 Poutine est bien meilleur que les ectoplasmes qui nous servent par ici de leaders, quelle que soit la valeur que vous accordez à ses idées. Essayez dans le cadre d'un entretien, beaucoup plus délicat qu'un exercice écrit, même s'il est donné à un journaliste de bonne compagnie, d'arriver à cette simplicité, cette clarté, cette exactitude toujours documentée. Bien sûr, dans le cadre d'un exercice oral, il y a toujours quelques petites redites, possiblement quelques imprécisions dans certains détails (je crois en avoir repéré une ou deux pour la partie que je connais le mieux) mais dans l'ensemble, cela reste plus qu'acceptable pour un Président qui n'est certes pas censé être expert dans les domaines techniques. Pour les discours et les entretiens que j'ai pu voir et écouter, il est certain que Poutine ne lit pas de prompteur ou de texte imprimé, et se passe parfois même de notes.  Et surtout, ce qui frappe, c'est la qualité de son argumentation, son déroulement impeccable, et selon moi, c'est la meilleure et peut-être la seule façon de juger de la valeur d'un discoureur sur des événements dont on ignore en grande partie les tenants et aboutissants.

Dans la suite PZ est pour Pavel Zarubin, le journaliste et VP pour qui vous savez. Mes précisions, entre parenthèses, sont en vert.


PZ : M. le Président, nous venons de rapporter votre réunion avec le leader du Sénégal qui est aussi l’actuel Président de l’Union Africaine. Il a exprimé, et en fait depuis plusieurs semaines de nombreux pays avec lui, ses inquiétudes non pas tant à propos de la crise alimentaire que des famines à grande échelle prévisibles de par la hausse du cours des denrées alimentaires et de celles du gaz et du pétrole. Toutes ces questions sont liées.

Naturellement, l’Occident blâme la Russie pour ceci aussi. Quelle est la situation réelle à ce stade ? Comment elle se développe ? Et que croyez-vous qu’il se passera sur les marchés de l’énergie et de la nourriture ?


VP : En effet, nous assistons actuellement à une tentative de jeter le blâme sur la Russie pour les développements sur le marché mondial alimentaire et les problèmes croissant qu’on y observe. Je dois dire que c’est un nouvel essai de déplacer la faute sur quelqu’un d’autre. Mais pourquoi cela ?

D’abord, la situation n’est pas devenue pire hier ou même depuis le lancement de l’Opération Militaire Spéciale dans le Donbass, en Ukraine.

La situation a pris mauvaise tournure en février 2020 suite aux efforts pour contrer la pandémie Covid qui ont mis le moteur de l’économie mondiale au point mort et ensuite, quand on a dû le rallumer.

Les autorités financières et économiques des USA, entre autres choses, n’ont rien trouvé de mieux que d’allouer de vastes sommes pour aider les populations et certains secteurs économiques.

Nous avons fait presque la même chose mais je peux vous assurer que nous avons ciblé de façon beaucoup plus précise nos politiques d’aide ; nous l’avons fait de façon sélective et avons obtenu les résultats espérés sans affecter les indicateurs macro-économiques, ce qui inclut une croissance excessive de l’inflation.

La situation a été très différente aux USA. La distribution d’argent a augmenté de 5,9 billions de dollars en moins de deux ans, de février 2020 à la fin de 2021, due à une productivité sans précédent de la machine à imprimer des billets verts. L’approvisionnement de cash a augmenté de 38,6 %.

Apparemment, les autorités financières américaines pensaient que le dollar étant une devise mondiale, son excès se répandrait et se dissoudrait dans le monde entier comme à l’habitude, comme cela avait été le cas les années précédentes, et que les USA ne le sentirait même pas. Mais cela ne s’est pas passé ainsi cette fois. En fait, une personne honnête — il en existe aux USA — la ministre des finances US (NdT : pour Treasure Secretary) a récemment reconnu qu’ils avaient commis une erreur. Ainsi, c’est une erreur des autorités financières américaines et cela n’a rien à voir avec l’opération de la Russie en Ukraine, cela n’est pas du tout lié.

Et cela a été la première étape — pas la moindre — qui a conduit à la situation défavorable du marché alimentaire actuel parce que les prix se sont aussitôt mis à flamber. C’est la première raison.

La seconde raison est la politique à courte-vue de l’Europe, et particulièrement celle de la Commission Européenne concernant l’énergie. Nous voyons ce qu’il se passe là-bas. Personnellement, je crois que les politiques européens ont tiré avantage des craintes naturelles de leurs populations vis-à-vis du changement climatique pour pousser un agenda vert, y compris dans le secteur de l’énergie.

Tout cela semble bel et beau, sauf pour les recommandations infondées concernant les mesures à prendre dans le secteur de l’énergie. Les sources alternatives d’énergie sont surestimées : le solaire, le vent, l’hydrogène et autres — tout cela est peut-être prometteur dans l’avenir mais aujourd’hui elles ne peuvent être produites dans les quantités nécessaire, avec la qualité nécessaire, à un prix acceptable. En même temps, elles ont commencé à minimiser la nécessité de maintenir des sources d’énergie conventionnelles, en particulier et surtout les hydrocarbures.

Quel a été le résultat ? Les banques ont commencé à refuser des prêts pour ces opérations (l’extraction d’hydrocarbures : NdT). Les assurances ont refusé de sécuriser les accords commerciaux. Les autorités locales ont arrêté d’accorder de nouveaux terrains pour augmenter la production et pour des transports spéciaux, y compris les pipelines.

Tout ceci a conduit à une pénurie de l’investissement dans le secteur de l’énergie et à une hausse des prix. Le vent n’a pas été aussi fort que prévu l’année passée, l’hiver a fait de la résistance, et aussitôt les prix ont encore grimpé.

En plus de ça, les Européens n’ont pas écouté nos demandes répétées de maintenir les contrats à long-terme pour la livraison de gaz aux pays européens. Ils ont commencé à les réduire. Beaucoup sont encore valides mais ils ont commencé à en réduire le nombre. Cela a eu un effet négatif sur le marché européen de l’énergie. Les prix ont monté. La Russie n’a absolument rien à voir avec ça.

Mais aussitôt que les prix du gaz ont grimpé, le prix des fertilisants a suivi, puisque le gaz est utilisé pour la fabrication de plusieurs de ces fertilisants. Aussitôt que le coût des fertilisants a monté, de nombreuses entreprises — particulièrement dans l’Union Européenne — ont cessé d'être profitables et ont commencé à fermer. La quantité disponible de fertilisants sur le marché mondial a chuté et leurs prix sont montés en flèche, à la grande surprise de nombreux politiciens européens.

Ceci bien que nous les ayons avertis des conséquences. Et rien de ceci n’est lié en aucune façon à l'Opération Militaire Spéciale de la Russie dans le Donbass.

Mais quand nous avons lancé notre opération, nos soi-disant partenaires américains et européens ont pris des mesures qui ont aggravé la situation sur le marché alimentaire mondial et celui des fertilisants.

Soit dit en passant, la part de la Russie dans le marché mondial des fertilisants est de 25%. Pour ce qui est des fertilisants à base de potasse, Alexander Loukachenko (NdT : Président de la Biélorussie) m’a dit — c’est à vérifier bien sûr mais je pense qu’il dit vrai — que la Russie et la Biélorussie réunies sont à créditer pour 45% des exportations mondiales. C’est une quantité considérable.

Le rendement des récoltes dépend de la quantité de fertilisants mis dans le sol. Aussitôt qu’il est devenu clair que nos fertilisants ne seraient plus disponibles sur le marché mondial, non seulement le prix des fertilisants a grimpé en flèche mais aussi ceux des aliments de base, parce que s’il n’y a pas de fertilisants, il n’est pas possible de produire les quantités requises de produits agriculturaux.

Vous voyez, une chose mène à une autre et la Russie n’a rien à voir là-dedans. Nos partenaires ont fait quantité d’erreurs et cherchent maintenant quelqu’un sur qui porter le blâme. Bien sûr la Russie est la candidate idéale dans cette optique.


PZ : Accessoirement, on vient de rapporter que l’épouse du patron de la plus grande entreprise mondiale de fertilisants a été incluse dans le nouveau paquet de sanctions européennes. Que pensez-vous qu’il en sortira ?


VP : Cela empirera une situation déjà mauvaise. 

Les Britanniques puis les Américains — les Anglo-saxons — ont commencé par sanctionner nos fertilisants. Puis quand ils ont réalisé les conséquences sur leur économie, les Américains les ont levées mais les Européens ont continué, eux. Ils me disent durant nos contacts : oui, nous devons y penser ; nous devons faire quelque chose à ce sujet ; mais pour le moment ils ont seulement aggravé la situation.

Cela continuera de faire grimper le prix des fertilisants sur le marché mondial et donc les perspectives de récoltes seront beaucoup plus modestes et donc les prix (NdT : des céréales) vont continuer de grimper : voilà tout. C’est une politique complètement myope, erronée et je dirais stupide qui conduit à une impasse.

PZ : Des représentants européens accusent la Russie de bloquer les céréaliers dans les ports d’Ukraine.


VP : Ils bluffent et je vais expliquer pourquoi.

D’abord, je vais rappeler quelques faits objectifs. Le monde produit environ 800 millions de tonnes de blé par an. Maintenant, on nous dit que l’Ukraine est prête à exporter 20 millions de tonnes de blé. Donc, 20 millions de tonnes sur 800 millions comptent pour 2,5 %. Ensuite continuons avec le fait que le blé n’entre que dans 20% de tous les biens d’alimentation mondiaux — ce ne sont pas nos chiffres mais ceux de l’ONU — cela signifie que ces 20 millions de tonnes de blé ukrainien ne comptent que pour 0,5 % (NdT : de l’alimentation mondiale), c’est-à-dire presque rien. C’est le premier point.

Le second point. Ces 20 millions de tonnes sont des exportations potentielles. En réalité, les experts américains disent qu’aujourd’hui l’Ukraine pourrait réellement exporter 6 millions de tonnes. Selon notre ministère de l’Agriculture, ce serait plutôt 5, mais OK, admettons ce chiffre de 6. En plus, selon notre ministère de l’Agriculture, l’Ukraine pourrait exporter 7 millions de tonnes de maïs. On réalise que ce n’est pas tant que ça.

Durant l’année agriculturale 2021-2022, nous (NdT : la Russie) exporterons 37 millions de tonnes et je crois que nous porterons les exportations pour l’année 2022-2023 à 50 millions de tonnes, ce qui, je le note en passant, tombe bien.

Quant à ce qui est des navires céréaliers ukrainiens, nous ne les retenons pas. Il y a plusieurs moyens pour convoyer des céréales.

Premier moyen. Vous pouvez les convoyer par les ports contrôlés par l’Ukraine : Odessa et ses voisins. Nous n’avons pas miné l’entrée de ces ports ; l’Ukraine l’a fait.

J’ai déjà dit à tous nos collègues : laissons-les déminer le passage, laissons-les charger les vaisseaux en céréales et s’en aller. Nous garantissons un passage sûr vers les eaux internationales. Il n’y a aucun problème. Allez-y.

On doit enlever les mines et renflouer les navires qu’ils ont coulé à dessein dans la mer Noire pour rendre l’entrée difficile des ports du sud de l’Ukraine. Nous sommes prêts à nous en charger. Nous n’utiliserons pas l’opération de déminage pour initier une offensive de la mer ; je l’ai déjà dit. C’est le premier point.

Second. Il existe une autre opportunité : les ports de la mer d’Azov — Berdiansk, Maryupol — sont sous notre contrôle et nous sommes prêts à assurer la sortie sans problème de navires par ces ports, y compris pour des céréales ukrainiennes destinées à l’exportation. Je vous en prie : allez-y.

Nous sommes déjà en train de travailler à l’opération de déminage. À une époque, les troupes ukrainiennes ont disposé trois couches de mines ; le processus de déminage touche à sa fin. Nous créerons la logistique nécessaire. Ce n’est pas un problème, nous ferons tout ceci. C’est le second point.

Troisième point. Il est possible de convoyer des céréales (NdT : par rail) depuis l’Ukraine via la Roumanie.

Quatrième point. Cela est aussi possible en passant par la Hongrie.

Et cinquième point, il est possible aussi de passer par la Pologne. Je sais, il y a un problème de jauges différentes des rails (NdT : entre l’Ukraine et les pays à sa frontière occidentale) mais il suffit de changer les bogies : c’est l’affaire de quelques heures. 

Enfin, la route la plus facile pour transporter des céréales depuis l’Ukraine est via la Biélorussie. C’est la plus facile et la moins onéreuse parce que de là, les céréales peuvent être rapidement convoyées vers les ports de la Baltique puis vers n’importe quelle partie du monde.

Pour cela ils devront lever les sanctions contre la Biélorussie. Mais ce n’est pas notre problème. En tout cas, le Président de Biélorussie, Alexander Loukachenko l’a dit : "si quelqu’un veut résoudre le problème du convoyage des céréales ukrainiennes, si tant est qu’il y en ait un, je vous en prie, prenez la voie la plus simple, passez par la Biélorussie. Personne ne vous arrêtera."

Donc, vous voyez, il n’y a pas de problème de convoyage des céréales ukrainiennes.


PZ : Comment fonctionnerait la logistique pour convoyer les céréales depuis les ports que nous contrôlons ? Quelles seraient les conditions ?


VP : Aucune condition.

Les navires sont les bienvenus. Nous garantirons l’approche de ces ports en toute sécurité. Nous garantirons aussi l’accès et la traversée des mers Noire et d’Azov en toute sécurité et dans toutes les directions pour ces navires étrangers.

En passant, il y a plusieurs navires coincés dans les ports ukrainiens à ce stade. Ce sont des bateaux étrangers, plusieurs douzaines. Ils sont simplement bloqués et leurs équipages sont toujours tenus en otage (NdT : par l’armée ou les milices ukrainienne).


vendredi 25 mars 2022

L'Empire du mensonge

Par instinct, par goût puis par habitude, je me défie de la classe politique dans son ensemble, tout le spectre de couleurs, du rouge vif jusqu’au violet profond. Je ne fais pas d’exception. Ni pour les femmes, ni pour les noirs, les homosexuels, les trans, les pauvres (il paraît qu’il y en a !), les chrétiens, les musulmans, les juifs, les borgnes ou les paraplégiques. Instinctivement, sans réfléchir donc, le seul fait qu’ils soient politiciens suffit à les ranger dans la catégorie des détestables, des méprisables, des déplorables diraient certain(e)s. J’ai un penchant invincible à changer de chemin ou de chaîne TV dès que je vois apparaître une de leurs bobines malsaines. Et ce n’est pas l’expérience qui peut atténuer chez moi cette tendance. Plus les années passent, plus je suis confondu devant l’étalage toujours plus criant de leur ineptie, de leur incompétence, de leur corruption, de leur cynisme, de leur ignorance crasse, de leur médiocrité, et par-dessus tout de leurs mensonges. Néanmoins, je n’ai pas que des instincts primaires, j’ai aussi une cervelle et celle-ci me souffle que les politiciens devraient être les gens les plus brillants, les plus intelligents qui se trouvent dans l’humanité, loin devant les artistes ou les scientifiques, tant les problèmes qu’ils doivent ou devraient gérer sont complexes, bien plus évidement que ceux auxquels sont confrontés les physiciens sans même parler de ces grands benêts de mathématiciens (ce n’est pas du tout la même magnitude en terme de complexité que d’avoir à faire à des chiffres ou à des êtres vivants aux interactions presque infinies (et le presque est sans doute une prudence superflue de ma part)). Les seuls qui pourraient à la rigueur se comparer aux grands politiques sont les romanciers qui doivent concilier nombre de forces, d’éléments et d’intérêts contradictoires mais ceux-ci ont sur ceux-là un avantage de taille ; ils peuvent en dernier recours courber la "réalité" à leur volonté pour se plier aux intérêts de leur histoire, et la réalité devient donc celle qu'ils ont  choisie. Les politiques ne le peuvent pas même s’ils semblent le croire de plus en plus fort à en juger par la redéfinition de la réalité selon des termes arbitraires qu’ils tentent d’imposer à leurs populations à grand coups de propagandes et de lois restrictives, diverses et variées, annonçant l’extinction à grande vitesse de la liberté d’expression (profitons donc de ce qui en reste pendant qu’il en est encore temps ; ça ne va plus durer longtemps). Comment est-ce donc possible que des gens qui devraient être les phares de l’humanité soient dans la réalité, la nôtre en tout cas, en Occident et à notre époque, si sinistrement et collectivement médiocres ? J’insiste sur le collectivement puisqu’il est clair que pris individuellement, nous trouverions parmi notre classe politique des gens supérieurement intelligents, doués, lucides, parfaitement aptes à analyser la situation actuelle comme je le fais et probablement mieux ou en tout cas plus rapidement que je le fais. Après tout, tout le monde n’est pas aussi sénile que Joe Biden ni aussi idiot que GW Bush qui lui, au moins, n’avait pas besoin de feindre la bêtise pour plaire à ses électeurs. Il ne fait aucun doute qu’Obama, Merkel ou même le fanfaron Macron sont des personnes très intelligentes, au QI certainement proche du sommet de l’échelle, comme il ne fait aucun doute qu’il y a dans la classe politique des gens munis de processeurs d’une puissance et d’une rapidité peu commune : je parle de leur cerveau. Néanmoins, peu importe la puissance et la vitesse du calculateur; si ce qu'on y rentre est un tas d'âneries, il n'en sortira à coup sûr que des âneries à la puissance n : garbage in garbage out. Au bilan final et pris collectivement, nos politiciens sont d’une médiocrité accablante. J’expliciterai ce paradoxe plus loin.

Cette assez longue introduction pour dire ma surprise incrédule, ma totale stupéfaction quand, un jour, par hasard ou par ennui, je tombe sur le discours public d’un politicien, pertinent, compétent, argumenté, raisonnable, parfaitement clair, jouant très peu sur les émotions, et qui en plus parle bien, sans effet de manche et aboiement désagréable. Car vous aurez sans doute noté que le titre de cet article n’est pas de moi mais est la traduction d’une expression utilisée par un homme politique contemporain très célèbre, surtout en ce moment, pour qualifier le gouvernement des USA et ce qu’on appelle l’Occident en général. Il s’agit de Vladimir Poutine. Et je crois, mais il faudrait vérifier, qu’il a pour la première fois employé ces termes dans un discours de 2007, ou quelque part dans ces eaux-là, peu importe. L’expression est absolument judicieuse de mon point de vue et je ne peux pas en trouver de meilleure pour définir en quelques mots le type de société dans lequel nous vivons. Tout est devenu mensonge: pas seulement la politique, les médias, le journalisme, ce qui est presque normal tant on y est habitué, mais la justice, l'histoire, l'économie, la finance, les sexes, le sport, l'éducation institutionnelle dans son ensemble, la météo, la médecine et même les sciences plus dures où l'on peut maintenant publier absolument n'importe quoi dans n'importe quel journal revu par les pairs du moment qu'on a apposé dessus le cachet officiel du politiquement correct. Et tout est mensonge parce que tout est devenu politique et la politique est chez nous devenu l'art du mensonge, un point c'est tout. Et le modèle ultime est bien sûr les USA, "l'empire du mensonge". Un président américain moyen se serait contenté de parler de l’empire du mal, de l’axe du mal, ce qui n’a bien sûr aucun sens, rationnellement parlant, comme à peu près tout ce qui sort de la bouche d’un homme politique américain moderne. Mais Poutine définissait très précisément et très simplement dans ce discours quel est le cœur du problème de notre civilisation, qui est aussi un peu la sienne soit dit en passant, et il suffisait de l’écouter, de l’écouter réellement, pour comprendre que son diagnostic était essentiellement correct. Quelle différence avec la médiocrité de ses confrères européens et américains (et israéliens et japonais et coréens et australiens puisqu’ils sont englobés dans l’occident aussi orientaux soient-ils) ! On n’est tellement plus habitués à entendre de tels discours faisant appel à l’intelligence qu’on a d’abord du mal à en croire ses oreilles — surtout moi qui suis si défiant par nature envers cette gente — mais voilà un homme politique, me suis-je dit, qui sait de quoi il parle et qui témoigne d'une franchise et d'une simplicité relatives, aussi louables que rarissimes de nos jours dans la bouche d'un politicien. Son règne a plein de défauts, de gros défauts, je n’en doute pas, mais ses idées sont claires, pertinentes et ses actes sont conformes dans l’ensemble à ses paroles, autre chose à laquelle nous ne sommes plus habitués de la part des politiciens occidentaux. Quelqu'un qui tire ses paroles de ses idées et qui fait découler ses actes de ses paroles est une incongruité à notre époque dans la sphère politique. Jacques Chirac aurait probablement dit que c'est une imbécilité, lui qui a révélé au grand jour la maxime qui guide le politicien occidental normal : "les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent". L’invasion de l’Ukraine ne devrait donc avoir rien d’une surprise pour personne si on s’était donné la peine d’écouter les paroles de Poutine depuis au moins une décennie, c’est-à-dire de les prendre au sérieux. Il l’a  annoncée, expliquée, justifiée depuis des années, a donné tous les avertissements nécessaires et même plus qu’il n’en devait, avec une patience plus orientale qu’européenne. Et bien effroyablement, en occident, personne parmi la classe au pouvoir n’en a tenu compte. Rétrospectivement, on se frotte les yeux pour vérifier qu’on ne rêve pas, que ce n’est pas un cauchemar. Comment des annonces aussi claires venant du président d’une des deux ou trois forces militaires les plus puissantes de cette planète ont pu être tout simplement ignorées à multiples reprises, comme s’il s’agissait de la parole d’un fantoche d’Irak ou de Corée du Nord et nous retrouver maintenant en pleine guerre mondiale économique, très officiellement, en attendant pire ? Comment peut-on être à ce point sourds et aveugles ? C’est ce que j’expliquerai maintenant.


L’empire du mensonge désigne avant tout et presque uniquement les USA puisque tous les autres ne sont que des vassaux insignifiants (sauf sans doute Israël pour une raison que je donnerai plus loin) qui n’ont en réalité pas vraiment leur mot à dire ou ce qui revient au même, s’ils disent un mot, ne sont pas pris au sérieux et avec raison cette fois. Dans la liste de ces vassaux ineptes et inaudibles, il ne faut évidemment pas oublier de ranger dorénavant le Vatican de Bergoglio. Mais de tous, les Européens occidentaux sont probablement les plus grosses dindes de la bande (de la farce). Il est frappant de voir qu’à chaque fois que les Américains envoient un grand coup de pied au cul des Russes ou des Chinois, ou inversement, ce sont les Européens qui le reçoivent. Et maintenant, c’est en pleine figure. Et ils aiment tellement ça qu'ils s'en envoient tout seul quand il n'y a personne d'autres pour leur en donner. Beaucoup d’occidentaux, nombreux dans l’absolu mais relativement insignifiants comparés à la masse, les derniers résistants à la propagande incessante et à demi délirante qui nous sert maintenant de grands médias font en fait un diagnostic très proche de celui de Poutine. Toutefois, les avis divergent quant à la cause de l’effondrement de l’occident. Est-ce la stupidité, l’incompétence, l’ignorance crasse de nos leaders, voire du peuple lui-même ou est-ce plutôt du côté du cynisme, du machiavélisme, du mercantilisme forcené et de la corruption généralisée qu’il faut chercher ? Ou encore un mélange des deux ? Mon avis est que la réponse correcte, si on va au fond des choses, est... ni l’une ni l’autre. Bien sûr, on trouve de la stupidité, de l’ignorance la plus crasse, de la corruption la plus banalisée (voir l’affaire de la covid qu’on se dépêche d’enterrer pendant que les yeux sont ailleurs), de l’incompétence, du cynisme, du machiavélisme, de l’intérêt personnel ou mercantile (citez moi un peuple plus mercantile que les Américains des US) en abondance d’offre par chez nous. Mais ce n’est pas la raison de fond. Et ici, je dois séparer le cas américain du cas européen qui est fondamentalement différent.

D’abord, il y a une différence qui compte : les Européens, tous les Européens, contrairement aux Américains, mis à part peut-être les Suisses, savent ce qu’est une guerre, une vraie, celle qu’on a sur son propre sol. Cela évite bien des illusions. Mais la différence majeure est celle-ci : il y a belle lurette que les Européens ne croient plus en eux. Ils savent — pour les gens qui savent réfléchir et même peut-être pour les autres, moins consciemment — que leur date de péremption a expiré et qu’ils sont déjà entrés dans la longue et morne procession funèbre qui conduit au cimetière des civilisations disparues, où ils rejoindront Égyptiens, Grecs, Olmèques, Aztèques et autres Étrusques. Bref ils sont morts ou au stade de l’acharnement thérapeutique. Et comme ils ne croient pas en eux, il ne leur reste qu’à suivre leur maître Américain, sans conviction, mais jusqu’au bout, avec cette docilité qui est la marque des lâches, des dépressifs et des grands malades.

Eux, les Européens, savent mais ils ne peuvent rien faire : en tant que collectif (pas nécessairement en tant qu'individus) ils sont trop vieux, ils sont sans énergie, ils sont impuissants, ils sont finis. Ils voient clairement, au moins pour certains, l’impasse dans laquelle l’Occident s’est engagé, la destruction inéluctable qui les attend et pourraient expliquer à leur maître qu’il fait fausse route mais à quoi bon, on ne les écouterait pas ; on n’écouterait pas non plus son chien s'il s'avisait de vous donner des conseils. 

Pour les pays riches, soi-disant riches, d'Europe occidentale, qui se gargarisent de leur PIB, comparé à celui de cette pauvre Russie, et tout particulièrement la France, il faut inventer un nouveau sigle, le groupe des PVSD, les Pays en Voie de Sous-Développement. Et pour les amateurs d'acronymes, on aurait alors les FAIB : France, Allemagne, Italie, (Grande) Bretagne.

Le cas américain est très différent, diamétralement opposé en fait. Les Américains ne souffrent certainement pas d’un manque de confiance en eux, ils souffrent au contraire d’un excès de confiance qu’on peut appeler complexe de supériorité. Et il ne s’agit pas bénignement de se croire supérieur militairement ou économiquement mais intrinsèquement, dans l’absolu, ce qui est une maladie considérablement plus grave. Ce n’est pas la raison qui parle, évidemment pas car ils ne sont pas plus bêtes que les autres, c’est une croyance profondément ancrée en eux, qui n’a cessé de grandir depuis des décennies, plus probablement des siècles, qu’ils ont un destin à part du reste de l’humanité, qu’ils sont au-dessus des règles les plus universelles, que le jugement de leurs actions ne peut se faire à l’aune commune. C’est cette croyance étrange et infondée (mais qui a des racines évidentes que je dirai plus loin) qui explique leur aveuglement, qui explique à son tour leur mépris, leur indifférence, leur arrogance, leur irrespect collectif de tout ce qui n’est pas « américain » au sens le plus yankee du terme.

Très clairement, ils sont atteints collectivement du syndrome du peuple élu, le second par ordre chronologique mais pas le moindre, choisi par Dieu pour réaliser un destin spécial et incomparable.  Ils ont la certitude d'être les bons de l’Histoire, toute l’Histoire, et que tous ceux qui s’opposent à eux sont donc les méchants, et que rien, absolument rien, même les pires massacres commis par ou avec eux ne sauraient y changer quoi que ce soit. Mais là où les juifs peuvent fonder leur croyance similaire sur un livre, l’Ancien Testament, généralement considéré comme un des piliers majeurs de l’humanité (dicté par Dieu pour ceux qui prennent les Ecritures au pied de la lettre) et en tirer au moins quelques circonstances atténuantes, une excuse même, il n’y en a aucune en revanche, je le crains, pour le peuple mêlé des USA. Bien que de tradition chrétienne dans l’ensemble, ce peuple aussi bariolé qu’étrange ne lit évidemment pas la bible comme vous et moi (si vous la lisez). Quand un Américain lit les Commandements, comme mettons « tu ne tueras pas » ou « tu ne voleras pas » il est évident qu’il y a un astérisque invisible pour le commun des mortels qui renvoie en bas de page où il trouve cette addition « sauf si tu es Américain et que l’autre ne l’est pas ». Ainsi, il perpétue avec le sentiment de sa valeur supérieure, de sa vertu inaltérée ses vols et ses massacres habituels. Et comme la liste de ses crimes est toujours plus longue, c’est là une propriété bien pratique de la psyché de l’Américain moyen, et d’autant plus efficace qu’elle est en grande partie voire entièrement inconsciente. En plus du génocide des peuples amérindiens originels, et sans vouloir en faire la liste exhaustive qui serait interminable, on peut signaler parmi leurs actes les plus remarquables à cet égard, les bombardements inutiles et monstrueux de Dresde, Nagasaki, Hiroshima, les massacres commis en Corée, au Viêt-Nam, en Irak, en Yougoslavie, en Lybie, en Syrie, avec les résultats qu’on sait. Rien qu’en Irak, lors de la seconde guerre du Golfe, il est maintenant à peu près établi que les bombardement « chirurgicaux » ont fait plus d’un million de morts parmi les civils seulement, dont 500 000 enfants, guerre fondée sur la seule base d’un mensonge éhonté, si on peut appeler guerre le passage à tabac d’un avorton désarmé par un géant en armure, casque et fléau de masse d'arme. Le vol des ressources du pays détruit plutôt que conquis, pétrolières surtout, est une banalité qu’il n’est même plus la peine de relever. Dernier exemple en date : les champs pétrolifères de la Syrie. Si on ajoute les coups d’États et renversements innombrables directs et indirects commis par les USA sur le dernier siècle (dont le dernier s’est situé précisément en Ukraine, en 2014, puisque celui de Syrie a pour l’instant échoué*), on a la vision d’un monde sans cesse et partout déstabilisé pour le seul et unique profit de l’Empire Américain. Et encore je suis large ici car il n’est même pas sûr que les vassaux des USA en profitent beaucoup, sauf probablement Israël. 

Ce parallèle que je suis en train de faire entre les USA et Israël est évident ou devrait l’être, me semble-t-il. On retrouve le même sentiment d’impunité chez ces deux peuples, le même sens de son destin spécial, le même sens de sa vertu inaltérée, la même bonne conscience, quels que soient les tombereaux de morts laissés sur leur passage, la même capacité à mentir effrontément et de continuer à mentir, même mis devant l’évidence la plus indiscutable. Les juifs tirent leur psyché particulière du fait qu’ils sont le peuple élu par YHWH, ou du moins qu’ils l’ont été à une époque, et du fait qu’ils ont été l’objet d’un des génocides les mieux documentés de l’Histoire, ce qui semble leur conférer un statut de martyrs éternels et donc, croient-ils, un passe-droit pour leurs exactions sans fin dans le Moyen-Orient. Mais je ne vois rien de tel pour justifier, si on ose dire, les massacres commis par leurs braves émules américains. J’ai bien peur qu’à trop fréquenter Israël, ce brave Oncle Sam se soit cru en quelque sorte son héritier, son fils unique peut-être, avec tous les privilèges sacrés supposés se rattacher à ce statut douteux.

L’empire américain n’est pas éternel et il est peut-être même déjà en train de vaciller. Curieusement, c’est à ce moment précis où une civilisation s’écroule que l’aveuglement et la certitude d’être le bon de l’Histoire est le plus grand : il suffit de lire, de voir, ou d’écouter les médias mainstream américains et de ses acolytes habituels. Toute décence a presque disparu. Un torrent continu de mensonges ou d’inventions dignes d’un très mauvais romancier avec juste un léger saupoudrement de vérité ici et là pour faire moins invraisemblable. Poutine avait raison.

Bien sûr, la guerre, cette invasion de l’Ukraine, ou cette opération spéciale comme l’appellent bizarrement les Russes, est une très mauvaise chose. La guerre est la pire des solutions, oui, sauf quand il n’y en a plus d’autres. Et je crois bien que l’Empire, dans son arrogance et son aveuglement, sa folie même, a mis la Russie dans cette situation : faire la guerre ou disparaître.

Ce n’est pas Poutine, le plus fou, dans cette histoire.


* Correction du 01/05/22 : eh non, ce n'est plus le cas, le Pakistan vient tout juste de s'ajouter à cette liste interminable.


La vidéo qui suit est la retransmission intégrale du discours de Vladimir Poutine du 24/02/2022 annonçant l'opération spéciale. On ne peut imaginer ton plus mesuré et argumentation mieux construite pour une décision aussi cruciale : un discours politique d'une qualité littéralement inouïe, au moins pour le dernier demi-siècle, dans nos pauvres pays du futur tiers-monde. Pour ceux qui ne lisent pas l'anglais, il est possible de régler les sous-titres en français avec les icônes sur la barre inférieure (choisir traduire automatiquement puis choisir la langue).

Sur Odysee : c'est ici 

https://odysee.com/@MilanRR:e/Vladimir-Putins-Speech-on-Ukraine-and-US-Foreign-Policy-and-NATO--24-February-2022-ENG-Subtitles:d

Je laisse aussi le lien vers Youtube bien que la vidéo ait disparu comme preuve, s'il en faut encore, de la censure qui règne dans nos pays de grande démocratie.



https://www.bing.com/videos/search?q=putin%27s+speech+in+full&&view=detail&mid=0DC133E40B38CDBD276B0DC133E40B38CDBD276B&&FORM=VRDGAR&ru=%2Fvideos%2Fsearch%3Fq%3Dputin%2527s%2Bspeech%2Bin%2Bfull%26FORM%3DHDRSC3


dimanche 6 février 2022

La mémoire des rêves

   Les rêves sont une mine de surprises et de mystères. Personnellement, je considère la mémoire des rêves, celle où viennent puiser nos rêves, comme un des plus grands mystères des deux mondes réunis, celui de l’éveil comme celui du sommeil. La mémoire des rêves semble entièrement découplée de la mémoire éveillée (peut-être devrait-on dire les mémoires). Le seul moment où elle communique avec l’autre mémoire est cette période fugace et brumeuse où l’on se tient entre deux mondes, juste au bord, dans un équilibre précaire, sans trop savoir si on est encore en train de rêver ou déjà éveillé. C’est uniquement à cet instant qu’on peut se souvenir du monde des rêves. Et ces souvenirs sont toujours très parcellaires, voire étiques, comparés à l’incroyable abondance de détails que contiennent les rêves.

Car la mémoire des rêves — appelons-la ainsi pour le moment par un intérêt pratique, bien que le premier terme soit probablement erroné — contient un tel luxe de détails qu’on ne peut la comparer qu’à un film, où en un seul plan, il peut nous être fourni instantanément une foule presque indénombrable d’informations. Rien à voir avec un livre, où si l’on voulait faire tenir dedans autant de détails — simple figure de rhétorique car la chose est impossible — il faudrait un livre entier pour simplement planter une scène sans même parler d’aborder l’action proprement dite. Encore plus éloignée de la mémoire des rêves est celle qui nous sert à nous rappeler une scène vécue et qui explique que les témoignages dans les affaires criminelles soient si souvent suspects et contradictoires. En effet, la mémoire de l’éveil est considérablement plus sélective que la mémoire des rêves et considérablement moins fiable. À l’état éveillé, se souvenir avec précision et exactitude demande un effort que nous ne faisons pas volontiers. Dans la pratique, nous ne le faisons que dans un objectif très particulier, pour préparer un examen par exemple, et comme nous ne savons pas à l’avance que la scène dont nous sommes témoins va avoir de l’importance pour une enquête criminelle, nous n’en avons généralement qu’un souvenir flou et incertain.

Mon idée est que notre mémoire éveillée est aussi restreinte et sélective parce que tout comme la mémoire d’un ordinateur, quoique beaucoup plus souple et intelligente, elle est fortement limitée par la quantité d’informations qu’elle peut contenir. Je suis dans l’ensemble d’accord avec Sherlock Holmes qui estimait qu’à partir d’un certain âge, toute nouvelle information pour entrer dans notre mémoire doit en chasser une autre, même si c’est probablement un peu simpliste. La vérité est que nos souvenirs d’une scène vécue, ou d’un rêve (il s’agit ici de la mémoire de l’éveil qui se souvient d’un rêve), même les plus chers, se révèlent terriblement chiches en informations, qui plus est souvent entachés d’incertitude, confrontés à l’examen rigoureux.

Il en va tout autrement pour la mémoire des rêves. Elle contient un luxe de détails impensable pour notre mémoire ordinaire. Ce fait est prouvé dans la récurrence de certains rêves, très banale chez certaines personnes. Lorsque l’on fait ce type de rêve, non seulement on se souvient qu’on l’a déjà fait, mais on se rappelle des moindres détails même si on a fait ce rêve des mois, parfois des années auparavant ; on peut comparer les versions du rêve, savoir à quel point de l’histoire on se trouve et le point où on commence à diverger de l’ancien ou des anciens rêves. Une autre preuve est la capacité que nous avons à poursuivre un rêve entamé lors d’une même nuit quand nous nous éveillons un moment ou parce que notre sommeil est ainsi fait que les périodes de rêves sont entrecoupées de périodes dépourvues de rêves, périodes dites de sommeil profond. Il arrive certainement de faire un seul rêve durant une longue nuit, en plusieurs feuilletons pourrait-on dire, entrecoupés par ces périodes de sommeil profond. On peut donc s’étonner qu’une mémoire capable de retenir aussi fidèlement et complètement une telle masse d’informations semble totalement incapable de s’en souvenir passée la brève période crépusculaire dont j’ai parlé au début de cet article. Cela indique, selon moi, deux sortes de mémoires bien distinctes dans leur capacités et leur nature, et qui ne sont pas reliées la majorité du temps.

Avant de poursuivre davantage, il faut préciser que seuls certains rêves semblent avoir leur source dans cette mémoire miraculeuse. De nombreux autres rêves, en fait la plupart chez une grande majorité de personnes, surtout si elles ont dépassé un certain âge, n’offrent aucune des caractéristiques remarquables que j’ai décrites. Leurs rêves sont alors faits de bribes informes sans rime ni raison, sautant allègrement du coq à l’âne, dénués du moindre sens, n’ayant rien du fil continu dont je parlais, de cette histoire ou de ce film magique évoqué plus haut. Et généralement, nous nous empressons de les oublier aussitôt réveillés, sauf entraînement spécial. Et c’est pourquoi cette sorte de personnes affirment, probablement à tort, qu’elles n’ont pas de rêves. Ce sont des rêves tout petits, des rêves mesquins, des rêves gris, des rêves bas, des rêves venus de nos organes, de notre mauvaise digestion, disent certains.

Les rêves dont je parle sont au contraire des rêves supérieurs, des grands rêves, d’une richesse apparemment infinie. Dans ce cas, d’où viennent-ils ? Où se situe cette mémoire des rêves, si fantastique ?


Avant de répondre à cette question, je vais donner quelques éléments supplémentaires de réflexion. 

Lors de ces grands rêves, il n’est pas très rare de faire des actes que nous n’avons jamais faits dans la vie réelle, si on entend par vie réelle ce que nous faisons quand nous sommes éveillés. Cela est d’autant plus frappant quand ces actes sont en fait des opérations très complexes ou très éloignées de nos actes réels. Par exemple, de nombreux rêveurs volent quand ils dorment, parfois comme des oiseaux, parfois autrement. Et ils n’ont pas d’aile. Et ils ne sont certainement pas tous aviateurs, parachutistes ou adeptes du vol à voile. L’impression est pourtant saisissante de vérité par son étrangeté même par rapport à tout ce qu’on connaît. Dans mon cas, je ne vole pas comme un oiseau mais le plus souvent avec des mouvements de poisson ou de nage. Mon impression est plutôt qu’un vol porté par de l’air, il s’agit d’une libération de la gravité. Je pense que le peintre Bosch a dû expérimenter semblables rêves, qui lui ont inspiré ses poissons volants, étrangetés habituelles de ses tableaux. Je ne serais pas étonné que les auteurs de Matrix en aient eu aussi de cette sorte-là. Dans ces rêves, nous pouvons voler très bas, rasant les toits et les collines ou au contraire très haut, jusqu’à atteindre l’espace sans air ni lumière, sans plus de difficulté. Il m’arrive aussi de voler en pilotant un engin aérien, avion ou autre. Pourtant, je ne suis ni astronaute ni aviateur ni vélivole, je n’ai jamais piloté dans la vraie vie aucun de ces engins et je peux certifier avoir commencé à faire ce genre de rêves bien avant même d’être monté dans un avion en tant que passager. Autant que je sache, l’expérience et donc la mémoire qui va avec n’ont rien à voir avec ces rêves. On pourrait objecter que le seul fait de savoir que le vol est possible, par l’observation par exemple, suffit à créer ce genre de désir et donc à créer ce rêve. L’argument n’est qu’à demi convaincant. Cela n’explique en rien le principal à savoir comment la sensation de vol ou d’apesanteur est rendue. Si vous avez fait ce genre de rêve, vous savez comme moi à quel point les sensations sont réelles et n’ont rien d’abstrait, comme lorsqu’on cherche à imaginer l’impression que ça ferait si nous faisions quelque chose que n’avons jamais fait. Et l’expérience prouve que nous nous trompons toujours quand nous croyons pouvoir inventer de l’expérience à partir de nos petites facultés cérébrales. Pour donner davantage d’eau à mon moulin, je prendrai un autre grand rêve dans lequel nous nous trouvons faire une chose que n’avons jamais fait dans la vraie vie mais que nous ferons dans l’avenir. Pour prendre un exemple personnel — il m’est difficile d’en prendre d’autres — j’ai couché avec une fille bien avant de le faire dans la réalité et pour tout dire avant même de connaître bien des détails intimes de l’anatomie féminine (je n’ai jamais été curieux de ces choses). Et quand l’expérience m’en a été donnée, elle ne m’a pas détrompée quant à la validité de mon rêve. La question n’est bien sûr pas de savoir pourquoi on fait ce genre de rêve, question ridicule, mais toujours de savoir comment on peut le faire avec un tel degré de véracité ressentie.

Dans ces rêves, il m’arrive aussi de lire, si on peut dire, de lire des livres que j’ai écrit (dans le monde des rêves) avec un luxe de détails insensé. Ces livres au réveil, pour le peu que je m’en rappelle, n’ont à peu près aucun rapport avec ceux réels que j’écris. Je lis aussi des livres écrits par d’autres auteurs, de vrais auteurs, sauf qu’ils n’ont jamais écrits les livres que je lis dans ces rêves. Il m’est arrivé aussi de lire un livre entier, un roman, un livre relié portant un titre marqué dessus avec le nom et le prénom d’un auteur, sauf que je me suis aperçu au réveil que ni ce roman ni cet auteur n’existait. Plus étrange encore, je rêve parfois de musiques qui n’existent pas. Le rêve le plus intriguant à cet égard est celui où j’ai rêvé que je composais une œuvre musicale, dans tous ses détails, une œuvre qui m’apparut merveilleuse dans ce rêve (et qui l’était peut-être pour ce que j’en sais maintenant) et je pus même en fredonner encore une phrase quand je me tenais dans cet espèce de sas entre les deux mondes. Puis en m’éveillant complètement, j’oubliais totalement la musique et il ne m’est guère resté que le titre énigmatique, en anglais, de mon œuvre perdue : Out from the past. Ce qui rend le fait d’autant plus surprenant est que je n’ai jamais fait d’étude musicale, que je ne sais jouer d’aucun instrument, n’ai aucune idée de la manière d’écrire de la musique et qu’en plus je n’ai vraiment pas l’oreille musicale, à tel point que je suis incapable de répéter correctement même une phrase mélodique simple, même celles que je préfère, saut peut-être, à la rigueur, des comptines du genre À la claire fontaine.

Mais tout cela n’est rien. Dans certains grands rêves, il nous arrive de mourir. D’être enterré sous des monticules de terre. Et de continuer à vivre cependant d’une façon inexplicable et incompréhensible dès que nous nous réveillons bien que ce n’était nullement incompréhensible lorsque nous rêvions.


Peut-être voyez-vous où je veux en venir. Sans doute. Mais je vais quand même dire les choses clairement. Cette mémoire des rêves, des grands rêves, ne peut pas se situer en nous-mêmes, dans l’étroit habitacle de notre boîte crânienne. Nous sommes trop limités, de toutes parts, pour contenir autant de choses, et qui plus est des choses que nous n’avons ni vécues ni ressenties ni parfois même vues. La source de ces rêves doit venir d’ailleurs. Sans doute que le sommeil, un certain état qui ne peut se trouver que durant le sommeil, nous ouvre, de temps en temps, au moins pour certains, des perceptions extraordinaires, au sens propre. Comme si nous captions alors un canal impossible à capter autrement, un canal prenant sa source dans une mémoire universelle et infinie, située partout et nulle part.


Autre article sur la puissance du rêve : ici.